SCÈNE XV
ISABELLE LINVAL.
LINVAL.
Mademoiselle, la conduite de mon oncle doit vous paraître bien extraordinaire ; il vous conduit ici sans votre aveu , sans doute , et veut vous marier à un homme qui peut-être vouS déplaît.
ISABELLE
Monsieur, vous n'êtes point fait pour déplaire.
LINVAL , à part.
O ciel ! elle m'aime ^ c'est fait de moi.
ISABELLE
J'aurais à plus juste titre la même chose à vous dire. Monsieur votre oncle n'a pas sans doute consulté votre goût.
LINVAL.
Mademoiselle t vous devez être du goût de tout le monde.
ISABELLE , à part.
O^ ciel! il m'aime , je suis perdue*
LINVAL.
Si pourtant un mortel plus heureux avait eU le secret de toucher votre cœur, c'est à celui-là, je crois , qu'il faudrait vous marier*
ISABELLE
Si cependant votre coeur avait déjà fait choix d'une personne plus aimable.
LINVAL.
Plus aimable!.... cela n'est pas possible.
IS.VBELLE.
{à part.) Que je suis malheureuse! (haut)- S'il ne fallait qu'une personne aimable pour faire notre bon^ heur, je ne pourrais me plaindre du sort que monsieur votre oncle me destine.
LINVAL , k part
C'en est fait, je ne l'échapperai pas.
ISABELLE
Mais, malgré tous les avantages que des parens peuvent trouver dans l'union de leurs enfans, je pense que rinclination devrait être consultée , et en cela ,^ monsieur votre oncle......
LINVAL.
Sur cet article-là , mademoiselle , si nous voulons étFe francs , nous n'aurons pas a nous plaindre de mon oncle.
ISABELLE, avec embarras.
Eh bien, monsieur, sur quoi dois-je vous répondre?
LINVAL.
Comment désirez-vous que je m'explique? -
ISABELLE
Vous pourriez éclaircir un doute.
LINVAL.
Vous pourriez me tirer d'un embarras
ISABELLE
Si vous vouliez vous expliquer
LINVAL.
Si nous voulions faire un aveu bien siacère
96 LE JOCKEÏ,
ISABELLE
Un aveu, monsieur?
ISABELLE
Une fille honnête et timide , Sur ce point ne peut commencer 3 Bien souvent son cœur se décide , Sans qu^elle ose le prononcer.
LINVAL.
Quoîqu^on veuille se faire entendre ^ Il arrive plus d'une fois , Qu'un jeune homme sensible et tendre N'ose point expliquer son choix^ (^àparU) Elle se tait....
ISABELLE, à part.
Que veut-il dire ?
LINVAL, à part.
Le Cœur me bat.
ISABELLE, à part.
Son cœur soupire*
LINVAL.
Eh bien , mademoiselle ?
ISABELLE
Eh bien?
LINVAL.
IMTentendez-vous ?
ISABELLE
Je n'entends rien<
O trouble ! ô peine extrême ! Je me flattais en vain :
C) ^ . 7 ^ • qu'elle . est moi , c est moi ^ ,.1 aime :
' qu il '
Mon malheur est certain*'
Si nous parlions ayee fra^ichise ?
ISABELLE
Que youlez'vous que je vous dbe ?
LIIÏVAL.
Daignez avouer, entre nous....
ISABELLE
Parlez clairement.
LINVAL.
Aimez-vous?
iSABEIXE.
fiTaime , je ne puis m'en défendre.
Et vous ?
LINVAL.
«Taime d'amour bien tendre , Et vous?....
ISABELLE
L'amour a tous mes vœuxi
LIIÏVAL.
Ëh bien ! nous aimons tous les deux.
O trouble ! etc.
LINVAL.
Enfin , achevez de m'instruîre ; Quel est rol>jet de votre amour?
ISABELLE
Pourrais-je connaître , à mon tour f L^ôbjet que votre cœur désire ?
LINVAL, déterminé.
En vous voyant , sans doute on doit être charmé ; Mais avant de vous voir, Linval avait aimé.
ISABELLE, vwemenL Vous aimiez ? ô moment prospère !
Eh bien , j'en fais aussi l'ayeu le plus sincère :
tHXATEB. T. n. 1
98 LE JOGKEI,
Avant qu^on me parlât de cet engagement 9 Mon cœur était lié par un antre serment.