OTHON, EDGARD
EDGARD
Othon, voilà une belle journée qui se prépare; la fête en sera plus brillante , et votre présence ne contribuera pas peu à nous la rendre agréable.
OTHON
Respectable Edgard, puis-je me réjouir d'une fête qui va me donner tant de rivaux ! Je vous ai fait Faveu de mon amour pour votre fille. J'ai quitté l'Hibernie pour me rendre à votre cour; fier de votre amitié, j'ai eu l'ambition d'aspirer à être votre gendre; mais dans la foule des amans que ses charmes attirent , la belle Ina daîgnera-t-elle me distinguer ?
EDGARD
Si ma fille a mes sentimens, le choix sera sans doute en votre faveur. Mais je suis père , et certain que le penchant du cceur ne peut se commander, je laisse ma fille absolument libre sur son choix. Un prince, un simple chevalier, tout m'est égal , si d'ailleurs il est digne d'elle.
OTHON
La voix d'un père est bien persuasive i son autorité
EDGARÙ.
L'autorité ne peut rien sur le cœur, elle agit sur les devoirs, jamais sur les affections.
OTHON
Ainsi donc , si l'un de mes rivaux a- le secret de plaire à votre fille
DAAME. l63
EDGARD
Vous serez toujours mon ami , fieiais ce rival sera
mon gendre.
OTHON
Pardon, seigneur, je m'étais trompé; je croyais qu'un père pouvait, devait même prescrire à sa fille un, choix plus digne d'elle.... Vos lois, d'ailleurs, laissent aux parens un pouvoir si absolu sur leurs enfans...
EDGARD
Les lois n'ont pu supposer qu'un père voulût faire le malheur des êtres qu'il dt>it chérir le plus. C'est violer une loi que de la faire servir à la persécution.
OTHON
Mais avec cette sagesse , cette humanité , de quel oeil voyez-vous quelques-unes de vos lois si sévères^ je dirai même cruelles?
EDGARD
On a tort de se plaindre de leur sévérité ; on est toujours maître de ne pas faire ce qu'elles défendent.
OTHON
Mais, par exemple (pardonnez si j'insiste sur
ce point, ) que dites -vous de cette ancienne loi qui condamne à la mort une fille trop sensible, qui, séduite par son amant , le recevrait furtivement pendant la nuit.
EDGARD
Une telle loi conserve les mœurs, elle retient les âmes faibles , elle effiraie les corrupteurs , et prépare des mariages heureux. Mais puisque vous me citez cet exemple de la sévérité de nos usages , firémissez d'un événement qui vient d'arriver près de nous , et qui nous prouve combien les pères doivent craindre de
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contraindre Tinclination de leurs enfans. La fille d'un de mes officiers, jeune, belle, sensible, aimait, était aimée. Son père voulut lui donner pour époux un homme qui n'avait rien de recommandable que ses richesses. 11 allait le lendemain la faire traîner à l'autel. Victime de l'avarice d'un père, cette fille égarée , éperdue , oublia^ ^s devoirs , projetta une évasion , et reçut furtivement et dans la nuit Tamant qu'elle préférait. Sa faute fut connue , la loi la condamnait à la mort : elle ne put supporter la honte d'un supplice, et eette fille intéressante autant que coupable , se perça k sein devant ce père même qui causa son malheur. Jugez maintenant si nous devons exposer ncfS filles aux égaremens d'une passion dangereuse , et au désespoir que donne la persécution.
OTHON
C'en est assez , seigneur, je suis instruit. Il ne me reste qu'à mériter un bien qu'un père ne peut me promettre.
EDGARD
C'est dans cette fête que ma fille doit déclarer son vainqueur, votre nom est assez éclatant pour vous ôter toute défiance. Je désire que le choix de ma fille resserre notre amitié; mais je vous le répète , je désire , et je ne puis commander.
jtIR,
D'un hymen qui fit mon bonheur , Il ne m'est resté qu'une fille :
Elle seule elle est ma famille,
Elle seule elle a tout mon cœur.
Nature est une bonne mète \ Elle sait mieux que les parens
DBAME. l65
Quel choix un jeune cœur doit faire :
Ne forçons point les sentimens , ^ Ne séchons pas dès le printemps • , Une fleur si tendre et si chère : Ah ! sans Tamour de ses enfans , #
Quel mortel voudrait être père ?
DW hymen qui fit mon bonheur, etc.
Si mon amour paraît extrême ,
Et si Ton ose m^accuser
De trop aimer Tenfant qui m^aime j *
Loin de vouloir m^en excuser,
Je leur dirai , comme à vous même :
* D^un hymen qui fit mon bonheur , Il ne m'est resté quWe fille :
Seule elle est toute ma famille , Mais dW père elle a tout le cœur. (^11 sort)