‹ OEuvres de Fermat (volume 2)Chapitre 206 sur 222 · D., III · texte numérisé non relu

D., III

Monsieur,

No croyez pas que ce soit à dessein de troubler la paix que vous présentez à tous les Descartistes, que je prends aujourd'hui la plume à la main. Los conditions sous lesquelles vous la leur offrez leur sont trop avantageuses, et à moi en particulier trop honorables, pour ne la pas accepter; et si tous ceuK qui ont jamais eu des démêlés avec leur maître étoient aussi sincères que vous, vous la verriez bientôt établie partout au contentement de tous les partis.

Il y avoit encore deux sortes d'esprits à satisfaire au sujet de la réfraction :

Les uns, peu versés dans les Mathématiques, qui ne pouvoient comprtMidre une raison prise de la nature des mouvemcns composés, et vous leur avez fait entendre raison, en leur proposant un autre principe plus plausible en apparence et plus proportionné à leur portée, ;» savoir qu(( la nature agit toujours par les voies les plus courtes et les pins simples;

J^es autres qui y étoient trop adonnés et qui ne pouvoient se rendre aux raisons pures et sim[)les de la métaphysique, qu'il faut pourtant nécessairement joindre avec celles-là pour leur donner la force de la conviction, et vous leur avez ôté cet obstacle en conduisant votre principe par un raisonnement purement géométrique.

Et comme ces deux sortes de personnes étoient sans doute beaucoup plus en nombre que les autres, vous méritez aussi sans difficulté une plus grande part dans la gloire qui est due à une si belle et si importante découverte.

Je ne vous l'envie [loint, Monsieur, et vous promets de le publier

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pai((>ii( cf (le coiifosscM' liautement ([uc je n'ai rien vu de plus ingénieux ni (le mieux (rouvé (|ne la (iéinnnsiration (|ue vous avez ajjpor- {ée. Pormottez-moi seulement de vous dire ici les raisons (|u'un l)escartiste un peu zélé pourroil alléguer pour maintenir l'iionneur et le droit de son maître, et pour ne pas relâcher si tôt ;i un autre la possession 011 il est, ni lui céder le premier pas.

1- Le [)rineipe (jue vous prenez pour l'ondenienl de votre <lémonstration, à savoir que la nature agil (oujours par les voies les plus courtes et les plus simples, n'est (|u'un principe moral i-l non point physi(jue, qui n'es! point et (|ui ne peul élre la cause d'aucun ellet de la nature.

Il ne l'est point, car ce n'est point ce principe (|iii la fait agir, mais bien la force secrète et la vertu (jui est dans chaque chose, qui n'est jamais détcrminét^ à un (el ou tel effet par ce principe, mais par la force qui est dans toutes les causes qui concourent ensemble à une même action, et par la disposition qui se trouve actuellement dans Ions les corps sur lesquels cette force agit.

l^t il ne le peut être, autrement nous su|)[)oserions de la c(uinoissance dans la nature : et ici. par la nature, ncnis entendons seulement cet ordre et cette loi établie dans le nnuide l(d qu'il est, laquelle agit sans prévoyance, sans choix, et par une détermination nécessaire.

2. (^e même principe doit mettre la nature en irrésolution, ii ni' savoir ;i quoi se déterminer, quand elle a ii faire passer un rayon de lumière d'un corps rare dans un plus dense. (]ar je vous demande s'il est vrai (|ue la nature doive toujours agir pai' les voies les plus courtes et les plus sim[des. puis(|ue la ligne droite est sans doute el plus c(uirte et plus siuiple (|ue pas une autre, (|uand un rayon de lumière a à partir d'un point d'un corps rar-e pour se terminer dans un |)(tint d'un corps dense, n'y a-t-il pas lien de l'aire hésiter la nature, si vous voulez (|n'(dlo agisse parce [)rincipe à suivre la ligne droite aussitôt ([lie la rom|)ue, puisque si celle-ci se trouve plus courte en temps,

Kmout. — II. ')()

l'autre se trouve plus courte et plus simple en mesure? Qui décidera donc et qui prononcera là-dessus?

3. Comme le temps n'est point ce qui meut, il ne peut être non plus ce qui détermine le mouvement, et quand une fois un corps est mù et déterminé à aller quoique part, il n'y a nulle apparence de croire que le temps plus ou moins bref puisse obliger ce corps à changer de détermination, lui qui n'agit point et qui n'a nul pouvctir sur lui. Mais comme toute la vitesse et toute la détermination du mouvement de ce corps dépend de sa force et de la disposition de sa force, il est bien plus naturel et c'est, ;i mon avis, parler plus en physicien de dire, comme fait M. Descaries, que la vitesse et la détermination de ce corps changent par le changement qui arrive en la force et en la disposition de cette force, qui sont les véritables causes de son mouvement, (|ue non pas de dire, comme vous faites, qu'elles changent par un dessein que la nature a d'aller toujours par le chemin qu'elle peut parcourir plus promptement, dessein qu'elle ne peut avoir, puis(ju'elle agit sans connoissanee, et qui n'a nul elTet sur ce corj)s.

4. (]omme il n'y a que la lign(! droiti^ qui soit déterminée, il n'y a aussi ({ue cette ligne-lii seule où la nature tende dans tous ses mouvemens et, bien (jue parfois un corps par son mouvement décrive actuellement une autre ligne, néanmoins, ii considérer l'un après l'autre tous les points qu'il a parcourus, ils sont plutôt les points d'autant de lignes droites qu'il quitte successivement que ceux d'une ligne courbe qu'il tende à décrire, et il les a plutôt parcourus comme tels qu'autrement, puisque, sitôt que ce corps est laissé et abandonné à la force qui le meut en chaque point, il se porte à suivre la ligne droite à laquelle ce point appartient, et pointdutoutla ligne courbe qu'il a décrite (y/'^. loi).

Cela étant, s'il est question de porter un rayon de lumière du point M au point H, il est certain que la nature l'envoiera tout droit par la ligne MH, si cela se peut, et de fait, (juand le milieu est semblable et égal, elle n'y manque jamais. Mais (juand le milieu par où la lumière

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