CXV. - 21 MAI 1662. i
sur le sujet de la démonstralion de M. Descartes, il n'y en a point de plus véritables en aucun endroit de vos lettres.
(]ar si cette démonstration est dans les règles des démonstrations certaines et infaillibles, il n'est rien de plus vrai sinon que ceux qui n'en sont pas convaincus ne l'entendent point. La qualité essentielle d'une démonstration est de forcer à croire, de sorte que ceux qui ne sentent pas cette force, ne sentent pas la démonstration même, c'est à dire qu'ils ne l'entendent pas.
Je n'attribue donc, Monsieur, qu'à un excès de courtoisie et de civilité cet adoucissement que Messieurs de votre Assemblée vous ont inspiré, et je vous eu rends très humbles grâces.
Pour la question principale, il me semble que j'ai dit souvent et ii M. de la Chambre et à vous que je ne prétends ni n'ai jamais prétendu être de la confidence secrète de la Nature. Elle a des voies obscures et cachées que je n'ai jamais entrepris de pénétrer; je lui avois seulement offert un petit secours de géométrie au sujet de la réfraction, si elle en eût eu besoin. Mais puisque vous m'assurez. Monsieur, qu'elle peut faire ses affaires sans cela et qu'elle se contente de la marche que M. Descartes lui a prescrite, je vous abandonne de bon cœur ma prétendue conquête de physique, et il me suffit que vous me laissiez en possession de mon problème de géométrie tout pur et in abslraclu, par le moyen duquel on peut trouver la route d'un mobile qui passe [tar deux milieux différents et (jui cherche d'achever son mouvement le plus tôt qu'il pourra.
Et je ne sais pas même si la merveille ne sera point plus grande, en supposant que j'ai mal deviné le raisonnement de la Nature; car peut-on s'imaginer rien de plus surprenant que ce qui m'est arrivé? J'écrivis, il y a plus de dix ans('), iiM. de la Chambre que jecroyoisque la réfraction se devoit réduire à ce problème de géométrie, et j'étois pour lors tout-à-fait persuadé que l'analyse de ce problème me donneroil une proportion différente de celle de M. Descartes. Et néanmoins,
(M FaïU-il lire « six ans »? La lettre LXXXVI n'est pas antérieure à 1657.
\S\ (EUVRES l)i: IKRMAT. - CORRESPONnANCE.
(-11 liMitaiit le [irolili'ino, (jui os( assoz diilicilc, dix ans après, j'ai (roiivc jiisItMiuMit la même proportion quo M. Doscartes.
Si j'ai dil un inonsongo, n'ai-jo pas([n('l(|n(' raison de prétcnilre (\uc c't'sl nn do cos inonsongos fainonx dos(|nrls il es! dil dans le Tasse, coninio je vous ai déjà éerit (') :
(jiuuuld sai'i'i ii vei'o Si hcllo. cho si possa a ti prrporre?
l'Ai voilà de rcsle, je croise les armes. Penueltez-nioi seuienienl, s'il vous plait, d'assurer ici M. Chanut et M. l'abbé d'Issoire, son tils, de mon obéissance très humble : je n'ai pas l'Iionneur d'être connu du [)i're, mais pourquoi serois-je le seul de toute l'Kurope (|ui n'anrois pas une entière vénération pour lui?
Je suis, 3Ionsieur,
Votre (ri^s humble e( très obéissant serviteur,
Fermât.
(' I f'oir ci-dessus, page 367.