DIMANCHE 9 AOUT
{CEavres de Pascal ^ IV, p. 444 " 4 'p)
Monsieur,
1. J'ai été ravi d'avoir eu des sentiments conformes à ceux de M. Pascal, car j'estime infiniment son génie et je le crois très capable de venir à bout de tout ce qu'il entreprendra: L'amitié qu'il m'offre m'est si chère et si considérable que je crois ne devoir point faire difficulté d'en faire quelque usage en l'impression de mes Traités.
Si cela ne vous choquoit point, vous pourriez tous deux procurer rette impression, de laquelle je consens que vous soyez les maîtres; vous pourriez éclaircir ou augmenter ce qui semble trop concis et me décharger d'un soin que mes occupations m'empêchent de prendre. Je désire même que cet Ouvrage paroisse sans mon nom, vous remettant, à cela près, le choix de toutes les désignations qui pourront marquer le nom de l'auteur que vous qualifierez votre ami.
2. Voici le biais que j'ai imaginé pour la seconde Partie qui contiendra mes inventions pour les nombres. C'est un travail qui n'est encore qu'une idée, et que je n'aurois pas le loisir de coucher au long sur le papier; mais j'enverrai succinctement à M. Pascal tous mes principes et mes premières démonstrations, de quoi je vous réponds a l'avance qu'il tirera des choses non seulement nouvelles et jusqu'ici inconnues, mais encore surprenantes.
Si vous joignez votre travail avec le sien, tout pourra succéder et
( ^ ) L'autographe de cette lettre a fait partie de la Collection Benjamin Fillon et a passé en vente le i6 février 1877 {Inventaire des autographes et des documents historiques composant la collection de M, Benjamin Fillon, séries I et II. Paris, Etienne Charavay, '^77ï P- 9-10). On trouve reproduit dans ce catalogue le § 1 de cette lettre, et de plus, facsimilés, la signature, la date et les mots « Vostre très humble et très obéissant serviteur », ces derniers supprimés dans Tédition.
s'achever dans peu de temps, et cependant on pourra mettre au jour la première Partie que vous avez en votre pouvoir.
Si M. Pascal goûte mon ouverture, qui est principalement fondée sur la grande estime que je fais de son génie, de son savoir et de son esprit, je commencerai d'abord à vous faire part de mes inventions numériques. Adieu.
Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Fermât.
A Toulouse, ce 9 aoûi 1654.
PASCAL A FERMAT
LUNDI 2t^ AOUT 165^.
(ra, p. 184-188.)
Monsieur,
1. Je ne pus vous ouvrir ma pensée entière touchant les partis de plusieurs joueurs par l'ordinaire passé, et même j'ai quelque répugnance à le faire, de peur qu'en ceci cette admirable convenance, qui étoit entre nous et qui m'étoit si chère, ne commence à se démentir, car je crains que nous ne soyons de différents avis sur ce sujet. Je vous veux ouvrir toutes mes raisons, et vous me ferez la grâce de me redresser, si j'erre, ou de m'affermir, si j'ai bien rencontré. Je vous le demande tout de bon et sincèrement, car je ne me tiendrai pour certain que quand vous serez de mon coté.
Quand il n'y a que deux joueurs, votre méthode, qui procède par les combinaisons, est très sûre; mais, quand il y en a trois, je crois avoir démonstration qu'elle est mal juste, si ce n'est que vous y procédiez de quelque autre manière que je n'entends pas. Mais la méthode (jue je vous ai ouverte et dont je me sers partout est commune» à