DIMANCHE 2 JUIN 165B
(D., lU, 4:; Bib. oal. fr. 3ï8o, n. acq., f- 57-61.)
Monsieur,
1. Je suis si passionné pour la gloire de M. Descartes que vous ne pouvez m'obli^er plus sensiblement qu'en combattant les opinions du sceptique qui s'oppose à ses sentiments. Mais prenez garde, Monsieur, qu'il importe de conduire votre travail jusques au bout, et de renverser entièrement sur leurs auteurs tout ce que vous appelez ou paralogismes ou sophismes. Il ne suffît pas de dire que le sens de M. Deseartes a été mal pris par ceux qui le reprennent; il faut prouver que l'explication que vous lui donnez va tout droit et sans détour à sa conclusion, et qu'enûn sa preuve est démonstrative.
2. Nous avions cru que la balle qui conserve sa direction et sa ronli> ne perd point sa détermination, et nous l'avions avec quelque raison inféré de la différence que M. Descartes établit entre le mouvement et la détermination. Mais, sans nous empresser davantage ù prouver la conséquence que nous tirions de son raisonnement, nous nous tenons |>our suirisammcnt avertis de sa pensée et de la votre, qui veut « que la détermination d'un mobile soit réputée changer, non seulement quand il quitte la ligne dans laquelle il se mouvoil auparavant, ou quand il se meut à contre-sens dans la même ligne, mais encore en se mouvant du même sens dans la même ligne droite, pourvu que ce soit moins loin qu'il n'étoit déterminé d'aller en ce sens-là.
Et c'est en cette troisième façon », dites-vous (*), « que la quantité de la détermination de la balle est devenue moindre autant que le
(>) Réponse aux Lettres XCIU et XCIV.
(«) UUreXCIV, 3.
mouvement », lorsqu'elle se meut sur la ligne HBG de la page 17 de la Dioptrique (*). Mais prenez garde que ce ne soit tomber dans la pétition du principe.
Vous entendez donc, dans la page 17, que la toile n'étant aucunement opposée à la détermination de gauche à droite, ces paroles veulent dire que cette détermination avance autant vers la droite qu'elle faisoit auparavant. C'est ce que je nie et qu'il faut prouver icar, bien que la toile n'empêche point que la balle n'avance toujours vers la droite, elle ne laisse pas d'avancer vers. la droite, soit que ce progrès soit plus lent, soit qu'il soit plus vite qu'auparavant. Or, de cela seul que la toile n'empêche pas le progrès vers la droite, vous en inférez que ce progrès doit être justement le même, c'est à dire ni plus ni moins vite qu'auparavant. C'est donc cuhri^oL aiTTQfjiaToç, et il faut de deux choses l'une : ou que le médium soit le même que la conclusion, ou que la conclusion en soit mal tirée.
Peut-être direz-vous que le mot aucunement fait tout le mystère, et qu'en disant que la toile ne lui est aucunement opposée en ce sens-là, tout le reste s'en déduit aisément. Mais il en faut toujours revenir là : si par le mot aucunement vous entendez que la toile n'empêche pas que la balle ne continue sa marche vers la droite et que son progrès ne se fasse également et en temps égal, je le nie et c'est ce qu'il faut prouver; si vous entendez que la toile ne lui est aucunement opposée, c'est à dire qu'elle n'empêche pas que la balle ne continue d'avancer vers la droite, sans assurer encore si son progrès doit se faire en temps égal, vous ne trouverez jamais votre compte dans la conclusion.
D'où il suit clairement que M. Descartes a voulu donner des paroles pour des choses, et qu'en traitant deux propositions différentes sur le sujet de la réflexion et de la réfraction, il a voulu accommoder son raisonnement à la première qu'il savoit et à la seconde qu'il a peutêtre trop légèrement crue.
3. Ce n'est pas, comme je vous ai déjà souvent protesté, que sa pro-
(») Voir lig. 56, page 118 ou 399.