SCÈNE V
sonnet lui dirait : J'aime Lucette. En conséquence, je l'ai tiré de sa cage, je lui ai attaché à la patte le plus beau ruban de ma mère , et j'ai été pour le porter à mademoiselle votre
fille Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! c'est bien
à présent qu'il n'y a plus d'espérance. ( Il pleure. )
MATHURINE
Hé bden , as-tu vu ma fille ?
arlequin.
Sûrement , je l'ai vue ; je l'ai rencontrée avec M. Du val qui s'en allait à la danse. Pardi ! ils chantaient tous deux comme deux rossignols; cela m'a fait un peu de peine; mais cependant je n'ai pas dit autre chose que d'ôter mon chapeau, et j'ai présenté le sansonnet à mademoiselle Lucette. Ah ! c'est là , c'est là que j'ai bien vu que j'étais perdu.
M ATHURINE.
Explique toi donc, car tu m'impatientes. Que t'a dit ma fille ?
ARLEQUIN
Ce qu'elle m'a dit ? je le sais bien ce qu'elle m'a dit , et je m'en souviendrai long-temps.
MATH.UHINE.
Mais si tu veux que je le sache, il faut aussi me le dire.
Hosted by
3o LA BONNE MÈRE.
ARLEQUIN
Elle m'a dit qu'elle n'aimait point tous ces animaux -là qui disaient toujours la même chose. Ainsi, a-t^elle ajouté, vous et votre sansonnet pouvez vous aller promener, je vous donne la clef des champs. En disant ces paroles , elle a lâché le ruban , et le sansonnet s'est envolé en répétant : J'aime Lucette, j'aime Lucette.
MATHURINE
Ce trait-là n'est pas de ma fille. Et qu'as-tu fait ?
ARLEQUIN
Moi , je n'ai pas pu m'envoler , je suis resté pétrifié ; et , malgré cela , mon cœur disait toujours comme le sansonnet, J'aime Lucette.
MATHURINE
C'est ce malheureux Duval qui a sûrement engagé ma fille à une si mauvaise action.
ARLEQUIN
Oh ! madame Mathurine , tout est fini : ce dernier trait me fait voir clair , votre fille ne m'aime plus du tout. Il faut que je prenne mon parti , et il est pris.
MATHURINE
Je n'ose te donner beaucoup d'espérance, il ne m'en reste guère à moinmême. Cependant