SCÈNE VII
selle Lucette , il est permis de tout oublier : elle vous ressemble beaucoup.
MÀTHURISE.
Ab î monsieur Duval , vous lui volez cette douceur-là. Pour ne plus vous obliger à mentir , parlons d'autre chose. Où est ce titre avec lequel je pourrais réclamer les biens de famille d'Arlequin.
i>uvàl.
Le voici, madame ( Elle veut le prendre, Duval s'y oppose, ) Mais je ne peux vous le laisser qu'autant que vous en ferez usage , et que mon oncle sera chargé du procès. Telle est sa volonté , que je n'ai pu faire changer. Si , par exemple, vous veniez à marier mademoiselle votre fille , et que vous fussiez bien aise d'augmenter sa dot en lui abandonnant ce titre , alors mon oncle se ferait un plaisir . de vous le céder..
MATH U-ni NE.
On ne peut pas être plus obligeant. Mais, monsieur Duval , ce titre est personnel à moi ; c'est à moi seule qu'il appartient h il ne pourrait servi*.' à ma fille que dans le cas où je la ferais mon héritière en la mariant.
duval.
Cela va sans dire.: mais personne ne doute de vos intentions a ce sujet. On vous connaît
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trop bien, madame Matliurine, pour n'être pas sûr que vous donnerez tout à mademoiselle Lucette, que vous lui laisserez choisir l'époux qui lui plaira , et qu'enfin vous n'avez amassé vos richesses que pour avoir le plaisir de lui en faire une dot.
mathurine.
Il est certain que , sans moi , ma fille n'aurait pas grand'chose. Son père était pauvre quand je l'épousai , je fis sa fortune : plaisir bien doux, monsieur Duval , plaisir que je n'ai éprouvé qu'une fois , et qui est le,plus grand , sans doute , que la richesse puisse donner ! duval.
Vous retrouverez ce plaisir, madame Mathurine, vous le retrouverez quand vous direz à l'époux qu'aura choisi mademoiselle Lucette : Mon ami , tu es aimable , et ma fille t'aime ; c'est son métier : mais tu es pauvre , et je te donne toute ma fortune ; voilà le mien. En prononçant ces paroles, vous remettrez dans ses mains vos contrats, vos baux, vos billets, votre argent ; vous jouirez de sa surprise, de sa reconnaissance. Ah ! quel moment, madame Mathurine ; quelle satisfaction pour monsieur votre gendre et pour vous ! Tenez, moi , je suis né très sensible , et mon cœur est ému à cette seule idée. Il me semble que je
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SCÈNE VII. 35 vois tout cela; et je sens la joie les transports le plaisir Oh I c'est un beau moment , madame Mathurine !
M ATHURINE.
J'en conviens. Mais je n'ai pas trente-quatre ans , j'ai un cœur tout comme un autre : il est possible que je trouve quelqu'un qui me plaise ; il est encore possible que je plaise à quelqu'un. N'est-il pas vrai , monsieur Duyàl ?• On a vu des choses plus extraordinaires.
du val.
Pour cela, madame, ce ne serait point du tout singulier.
MATHURINE
Hé bien , si , après avoir mis d'un côté le bien qui revient à ma fille, je mettais d'un autre le reste de ma fortune , qui est quatre fois plus considérable, et par là -dessus le titre que vous tenez; que je vinsse avec cette dot trouver un aimable garçon , comme vous , je suppose ; il ne faut pas que cela' vous fâche , ce n'est qu'une supposition; et que je vous disse : Mon cher ami, vous me plaisez, c'est votre métier; je vous épouse, c'est le mien; je vous donne tout ce que j'ai, c'est mon plaisir ; et qu'en prononçant ces mots je vous misse en possession de tous mes biens, de tout mon argent, de tous mes contrats : c'est une
supposition, comme vous entendez bien; mais vous conviendrez que dans cette supposition là je jouirais bien mieux de la surprise , de la joie, de la reconnaissance de celui que j'enrichirais. Ah ! quel moment , monsieur Duval , quelle satisfaction pour mon époux et pour moi ! Tenez , je ne le cache pas , je suis encore sensible , et mon cœur tressaille un peu à cette idée; il me semble que j'y suis.... et je sens.... en vérité.... Oh! c'est un joli moment, monsieur Duval !
DUVAL
Oui , oui , madame Mathurine , et plus joli encore pour celui qui le passerait avec vous que pour vous-même;
MATHURINE
Allons donc, vous vous moquez. Parlons de quelqu'un qui vaut bien mieux que moi, de ma fille : car si je m'occupe jamais de la supposition que j'ai faite, ce ne sera qu'après l'avoir établie. Tous mes arrangemens sont pris là-dessus : l'argent qui lui revient est prêt; j'y ajouterai même quelque chose , parce qu'une mère est toujours- obligée de faire plus que son devoir; on, me permettra.de disposer ensuite de ce qui nue reste en faveur de la personne que mon cœur aimera le plus.
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