ACTE II, SCÈNE V
me regrettera cent fois plus ; et l'idée de l'affreux marché que vous m'avez proposé vous ôtera pour jamais sa tendresse, et peut-être son estime. Serez- vous heureux , monsieur Giraut ?
GIRAUT
Je ne suis pas si grand raisonneur que vous, monsieur Firmin; vous passez vos journées à lire tous les beaux livres du château, et vous me répétez ici ce que vous avez lu ce matin. Je ne lis- rien , moi , qus mon livre de compte; et je n'ai pour me conduire que le bon sens que m'a donné raa mère.
FIRMIN
Vous avez eu une mère?
GIRAUT
La belle, demande ! apparemment.
firmin; D'après la proposition que vou6 m'avez faite , je ne l'aurais pcas cru«
GIRÀTTT.
Tout cela et rien, c'est la même chose. Il ne >'agit que de deux partis, c'est que votre mère aille en- prison, ou bien que j'épouse Agathe. Voilà sur quoi il faut' me répondre. Qu'Agathe ensuite m'aime ou me haïsse , me fasse enrager -, ou tout ce qu'il lui plaira , c'est mon af-
faire, entendez-vous? la votre, c'est uc vous décider.
FI RM IN.
Mais , monsieur Giraut , vous aimez l'argent , n'est-il pas vrai ?
GIRAUT
L'argent! l'argent a son mérite. Après?
FI RM IN.
Agathe n'a rien; et , pour épouser une fille qui n'a rien , vous perdez encore mille écus. Au lieu de cela , écoutez ce que je vous propose : laissez-moi Agathe , laissez-moi ma mère ; et je m'engage à vous servir toute ma vie , je serai votre domestique , le clernier de vos valets. Je labourerai vos champs, j'aurai soin de vos attelages , je ferai l'ouvrage de deux : vous ne me paierez pas. Je suis fort et robuste , je travaille bien , achetez-moi , je me vends à vous.
GIRÀUtf.
Pardi ! je le crois bien : le marche ne serait pas mauvais. Vous vous estimez donc mille écus?
FI RM IN.
Hélas ! je ne m'estime rien ; et j'estime tout ma mère et" Agathe. Laissez-les-moi toutes deux, et employer marie entière à tout ce que vous voudrez.
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