SCÈNE VIL
MYKTIE, CHEOl; LYSIS, apportant les tourterelles et la houlette.
LYSIS
, Vous les reverrez, vous les posséderez encore, enfans vertueux et sensibles. L'Amour vous rend vos victimes; Lamon vous remet son salaire. L'Amour et Lamon viennent de m'expliquer leurs volontés «
MTRTIL. ,.
Ociell
Théâtre. 2. 13
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LYSIS
Comme j'allais offrir ces tourterelles, comme je tenais lie couteau sacré sur leurs cœurs, une voix douce est sortie de là statue de l'Amour: Va, m'a-t-elle dit, va reporter à la jeune Gbloé les tendres oiseaux qu'elle m'avait offerts. Dis-lui que je ne reçois point son sacrifice , et que j'ai rendu la santé au bon Menaique. Assure-la , ainsi, que Myrtil j que je veille sur leurs; destins * que je les unirai bientôt * et que toujours je rends heureux ceux qui , en m'adorant, adorent encore la vertu.
m y 11 rit.
A&lmaChloé!
CHLOl
Cher Mvrttl g quel bonheur pour nous!
LTSIS.
A peine 1& dieu avait achevé ces parole» ; que le vieux Lamon est arrivé .: Ménalque est guéri , m'a-t-il dit : ce n'est point mon art,1 c'est ton dieu qui a fait un si grand prodige. Je ne puis prétendre à aucun salaire ; réporte à Myrtil lé don qu'il m'avait fait. En parlant ainsi, il m'a remis cette houlette. Reprenez-la, Myrtil. Chloé , reprenez vos oiseaux , et n'oubliez jamais l'un et l'autre qu'en sacrifiant tout à son devoir on est sûr d'arriver au bonheur.
FIS DE MYBTIL ET CHLOE.
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HËRO ET LÉANDRE,
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HÉRO ET LÉÀNDRE,
Le théâtre représente THellespont et le rivage de Sestos ; à droite , l'on voit une tour isolée, sur le haut de laquelle est un fanal allumé ; les flots baignent le pied de la tour. Il fait nuit , la lune est dans son plein , le plus profond silence règne sur les flots et sur la rive. Héro sort de la t^ur.
héro. *
Jfci is f in la nuit étend ses voiles sur toute la nature. Mon cher Léandre, voici l'heure où/ n'écoutant que ton amour et ton courage, tu vas t 'élancer dans les flots ; et , sans autre guide que ce fanal que je viens d'allumer pour toi ,' tes robustes bras fendront les ondes, et te porteront dans ceux de ta bien-aimée.
( Elle regarde le ciel et la mer, et reste un moment plongée dans la rêverie. )
Avec quelle douce volupté je considère ce calme profond ! Gomme la mer est paisible ! Comme l'air, est pur î Zéphire même n'ose l'agiter j tout se tait2 tout est tranquille. O
174 HÊRO ET LÉAffDRJE*
mon ami , tu ne dois entendre que la voix plaintive des alcyons , et le murmure des flots qui cèdent à tes efforts ; la lune bienfaisante te prête toute sa lumière ; l'onde , en la réfléchissant, semble vouloir la doubler..... Ah! toute la nature doit s'intéresser à l'amant qui expose sa vie pour voir son amante.
( Êile se promène avec l'air agité. ) Je ne sais quelle terreur secrète se glisse maigre' moi dans mon sein. Cher Léandre , ne
viens pas aujourd'hui , Ne viens jamais , si
tu risques de perdre le jour., Cette mer est si fatale ! . Hellé , la malheureuse Hellé , trouva la mort dans ses flots : le bélier doré put à
peine satrver.son frère Tu n'as rien, toi,
qùè itiès Vcfeui et ton courage.... S'il arrivait... Mais non, l'Amour, tous lés dièuX, doivent veiller sût tôî.
( Elle s'adresse à la lune. ) Belle Pheebé 9 ne quitte pas les cieux , éclaire la route dangereuse que mon amant doit parcourir , montre-lui tous les écueils , fais-lui voir toujours la terre, ne souffre pas que le moindre nuage te dérobe un moment à ses jeux ; souviens-toi des peines que te causa l'amour , et sauve un amant aussi fidèle , aussi tendre que 1 tétait Endymion.
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MONOLOGUE LYRIQUE. 17$ ( Elle écoute avec attention , et dit , après une grande pause :
J'ai cru lentendre j et ce u'est.quune vague qui a fait palpiter mon cœur.
(Avec passion. )
O mon ami , redouble tes efforts ; que le feu qui te consume te rende insensible au froid de l'onde. Hâtë-soi de sortir de cet élément perfide , viens rassurer ton épouse éperdue, viens la presser dans tes bras..'.. Je crois ^e voir : oui , je te vois ; tu fends les flots avec vitesse, tu laisses loin derrière toi un long sillon qui bouillonne ; les jeux toujours fixés sur ce fanal , tu reprends ^des forces à mesure que tu t'en approches : les astres , les étoiles , "guides ordinaires .du uautoaier, n'existent point pour toi ; ton seul astre,,. e!est ce ; .flambeau ; tu ne vois que lui dans le ciel , tu ne connais que moi sur la terre, et l'univers se réduit pour toi à la seule tour que j'habite. ( Avec inquiétude. )
Mais l'amour égare jmes sens. Lé&ndre ne vient point : je n'aperçois rien sur les flots., Peut-être n'est-il -pas aussi tard que je l'imagine ; je me suis trompée moi-même-, j'ai cru qu'il arriverait plus vite en allumant plus tôt le flambeau.
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176 HJERO ET LÉAWDRE,
( Elle retourne vers la mer, regarde, et écoute attentivement. )
Cependant il me semble qu'il n'a jamais tardé si long-temps. J'ai déjà calculé cent fois l'instant de son départ, la durée de son trajet; il devrait être ici..... Encore si la mer était agitée , je pourrais croire que la frayeur l'a retenu... Peut-être n'est-il point parti... peutêtre de nouvelles amours.... Ah! Léandre , pardonne, pardonne; j'ose douter de ton cœur : mais que le moindre vent trouble les eaux , et je n'accuserai plus que Neptune.. ( Avec colère. )
Pourquoi fâut-il que nous , qui n'avons qu'une âme, nous ayons deux parties? De quoi nous sert d'être si près l'un de l'autre , si nous sommes* toujours séparés ? Oui jVimerais mieux que l'univers entier fut entre nous deux.
( L'horizon commence à se couvrir de nuages, et la lune s'obscurcit. )
Mais le ciel devient plus sombre , la lune semble vouloir cacher sa tremblante lumière , mon cœur se serre. ... . Et si la tempête..... Éloignons de funestes idées.... Je me trompe sans doute ; la frayeur me fait voir des nuages qui n'existent point : j'ai si souvent éprouvé
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MONOLOGUE LYRIQUE. 177 que loin de mon amant le ciel ne m'a jamais paru beau î
( La tempête commence , et va toujours en augmenta nU )
Qu'entends - je ? non, ce n'est point une illusion ; un bruit sourd semble sortir de l'abîme; il s'avance avec les ténèbres, il devient éclatant, la mer s'agite, les vents commencent à mugir ; ils vont se déchaîner sur les vagues déjà blanchies.
( Avec l'accent de la douleur et de l'effroi. )
Dieux, tout-puissans ! .... les forces m'abandonnent ; chaque éclair, chaque coup de tonnerre porte la mort dans mon cœur Malheureuse L... il. sera parti,... il sera parti....
( Elle tombe épuisée sur un rocker, et se relève avec impétuosité, )
Cher Léandre , retourne , il en est temps encore..*., retourne vers ton rivage, ne songe qu'à sauver tes jours : je t'irai voir, l'amour me donnera des forces : je suis sûre de faire le trajet quand je t'aurai' pour but* de mon voyage. Je ne suis pas certaine du retour; mais je t'aurai vu , je t'aurai sauvé , je mourrai satisfaite.
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178 HfiRO ET LÉÀNDR&,
( La tempête est dans sa fias grande force. )
O dieux I quels éclats ! quelle tempête I les flots en fureur s'élancent contre les éclairs : le tonnerre se précipite. sur. les flots; les vagues et les airs ne sont plus qu'un chaos sillonné de traits de feu. Tous les élémens sont confondus , et mon amant combat peut-être seul contre toute la nature.
( Elle tombe H genoux, et s'écrie avec transport.)
O Neptune, ô Borée, apaisez-vous, épargnez-le ! il ne vous offensa jamais ; un jour n'a jamais fini sans qu'il vous ait adressé des vœux. Vous connaissez l'amour ; souvenez^ vous de Phîlvre ,' souvenez- vous d'Orithyie ; prenez pitié des maux que vous avez soufferts vous-mêmes. Que vous faut-il ? que voulezvous ? je n'ai point de victime ; mais , si le sang est nécessaire pour vous apaiser, dites un mot , un seul mot, et ce poignard va percer mon cœur. Parlez ; Léandre est en danger , Léandre succombe peut-être ; par pitié, hâtezvous de parler.
( ha tempête s'apaise. )
I4s m'ont entendue.... Les vents s'apaisent, la mer se calme, les flots retombent à leur place , le ciel redevient serein , et, je n'entends
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plus que le murmure des ondes qui gémissent encore de la fureur des aquilons.
( Avec l'émotion la plus tendre, )
Ah ! Léandre , mon cher Léandre , as-tu souffert cette tempête? Les dieux t'auront protégé; ils viennent de calmer la mer; c'est la marque sure de leur faveur., Léandre , tu vas venir, je vais te voir : ah.! comme je te presserai contre mon sein! combien tes périls vont ajouter de charmes à notre réunion !
{ Avec inquiétude et douleur1. )
Mais l'obscurité se dissipe , Ton voit déjà l'orient se teindre d'une couleur vermeille ; l'amante de Céphale chasse devant elle les ténèbres, et Léandre n'arrive point. Le calme eàt revenu sur les Ûots , il ne l'est pas dans mon cœur.
( On voit le lever de l'aurore et la naissance du jour* )
Brillante Aurore , daigne me pardonner si jamais je ne t'adressai des vœux. Léandre me quittait toujours à l'instant où tu paraissais ; pouvais^ e désirer de te voir? deviens aujourd'hui ma bienfaitrice , montre «moi mon amant; et que ce jour que tu précèdes soit beau pour moi comme il va l'être pour toute la nature.
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