ACTE II. SCÈtfE IV
colin, l'examinant.
Puisque nous savions la Vôtre, vous étiez sûr de nous voir.
LE MARQUIS
Ah! je vous vois trop tard.
PJût au ciel ne lavoir jamais vu !
(1/ se fait un moment de silence.)
COLIN
Vous ne reconnaissez pas ma sœur ?
LE MARQUIS
Je suis le plus malheureux des hommes : je dépends de ma mère , ma fortune est son ouvrage ; je lui dois tout , je lui dois même le sacrifice de mon bonheur. Ne me haïssez pas... Ne me méprisez pas.. . Si vous saviez.. . cous.
Vous me faites pitié : croyez-moi, terminons un entretien pénible pour tous : vous craignez de nous reconnaître ; et nous ne vous reconnaissons plus. Adieu. (Ils s'en vont,)
LE MAKQUiS.
Arrêtez , je vous supplie. ''
Colette, retenant Cotitu Mon frère , il veut vous parler.
LE MARQUIS
Ayez pitié de moi, Colette 5 ne m'accablez pas de votre mépris. Oui , je sens bien que je Théâtre, t. 16
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18a JEANNOT ET COLIN,
l'ai mérité : la fortune , l'ambition , m'ont aveuglé. J'ai manqué à l'amour, à l'amitié ; j'ai désiré de vous oublier, j'ai voulu vous arracher de mon cœur ; je le sais , je sais que je n'ai point d'excuse. Mais je me suis vu dans un nouveau monde, j'ai cédé au torrent qui m'entrainait , à l'ascendant que ma mère a sur moi ; elle n'était occupée que d'éloigner tout ce qui pouvait rappeler notre ancienne pauvreté ; elle me défendit de penser à vous.
COLETTE
Lorsque autrefois vous étiez pauvre, et que je l'étais moins que vous, mon père me défendit aussi de vous aimer : vous savez comment je lui obéis.
LE MARQUIS
Ah! croyez que votre image n'a pas quitté mon cœur. Dès que j'ai entendu prononcer votre nom, tout mon amour s'est réveillé; votre présence achève de me rendre à moi-même. En vous parlant , eu vous regardant , je redeviens tel que vous m'avez vu : chaque coupd'œil que vous jetez sur moi me rend une vertu que j'avais perdue; et, dès que vous ouvrez la bouche , mon cœur palpite , comme autrefois quand vous étiez fâchée contre moi , et que j'attendais mon pardon.
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