TOM. MI
ii8 DES CAUSES
chose souverainement ridicule que la question abstraite et spéculative des Causes occasionnelles fut en droit d'evciter <les passions et des tempêtes tlans le coeur humain : quand serions-nous donc de sang-froid? Quelquefois, en voyant nos grands hommes disputer avec tant d'aigreur, et, qui pis est, avec si peu de bonne foi , j'admire leurs raisounemens, et j'ai pitié de leur raison. Ils parlent de philosophie, mais ils ne parlent pas eu philosophes.
Vous prétendez que j'ai supposé ce qui était en question. Je ne répondrai point précisément à toutes vos paroles : cela commencerait une dispute où le public n'entendrait rien , et où peut-être nous ne nous entendrions pas nous-mêmes. 11 vaut mieux que je remette dans une nouvelle forme qui prévienne votre difficulté, l'argument que vous trouvez faux dans le livre des Dciites. Puisque, selon le P. Malehranche et vous, les corps n'ont nulle force de faire passer les uns daus les autres, par le choc, les raouvemens qu'ils ont reçus de Dieu , et qu'il a fallu que Dieu ait établi une Cause occasionnelle de la communication des mouvemens , il a pu établir pour Cause occasionnelle quelque autre chose que le choc : car rien ne peut être de sa nature Cause occasionnelle de quoi que ce soit; cène peut être que par institution.
.Je veux donc que Dieu, au lieu d'établir le choc Cause occasionnelle de la communication des mouvemens, en ait élabli Cause occasionnelle le passage de deux corps à une certaine distance l'un de l'autre; par exemple, a une ligne qui sera moyenne proportionnelle entre leurs diamètres. Tout Tordre de l'univers matériel roulerait sur ce nouveau principe.
OCCASIONNELLES. iiy
Alors quand je viendrais à examiner la question des Causes occasionnelles selon la méthode que j'ai tenue dans le troisième chapitre des Doutes , je dirais : Le passage de deux corps à cette distance supposée est-il véritablement la Cause occasionnelle de la communication de Içurs mouvemens? Et pour le découvrir, je supposerais qu'avant que Dieu eût fait le décret qui établirait ce passage prétendu Cause occasionnelle de la communication des mouvemens, il voulut simplement mouvoir les deux corps ^ et B, tant que rien pris hors de lui ne s'y opposerait.
Je trouverais que les deux corps A eX. B seraient mus toute l'éternité sans nul changement ; et j'aurais beau les concevoir passant à une distance l'un de l'autre, qui serait moyenne proportionnelle entre leurs diamètres, je ne concevrais jamais que ce passage eût aucune liaison naturelle et nécessaire avec le changement de leurs mouvemens.
Je conclurais : Ce passage est donc une vraie Cause occasionnelle de la communication des mouvemens, puisqu'avant que Dieu lui ait donné cette qualité , qui n'est que d'institution, il n'avait de lui-même nulle liaison avec la communication des mouvemens.
Appliquez ce raisonnement au choc , vous trouverez tout le contraire.
Dieu, avant que d'avoir établi le choc cause occasionnelle de la communication , veut mouvoir les deux corps A ex. B dans les circonstances que j'ai marquées; et ce que je n'ai pas assez marqué, il les veut mouvoir tant que rien pris hors de lui ne s'y opposera. Remarquez bien , s'il vous plait , qu'on peut supposer que Dieu ait fait un décret sur le mouvement de deux