‹ Œuvres de Fontenelle (volume 2)Chapitre 64 sur 86 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L'impression de cette seconde partie des Dialogues des Morts , a été retardée par diverses rencontres , dont le détail serait fort indifférent au public. J'ai suivi le dessein de la première partie , et même l'ordre des trois espèces de Dialogues. Le premier tome a été si heureux que , quoique je souhaite plus de mérite à celui-ci , pour me rendre digne de l'indulgence qu'on a eue pour moi , je ne lui souhaite pas plus de bonheur. Il pourra en avoir beaucoup moins , et être encore traité assez favorablement. Je n'y ai rien négligé , ni pour le choix des matières , ni pour celui des traits d'histoire , ni pour celui des personnages , ni pour la diction. On m'avait reproché qu'elle était négligée ; j'ai tâché à me

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corriger de ce défaut , autant que nie l'a pu permettre Textréme naïveté dont le Dialogue doit être. Quelques personnes , mais peu , ce me semble , avaient dit que les assortimens des personnages étaient quelquefois trop bizarres , celui d'Auguste et d'Arétin , par exemple. J'avoue que je n'ai pas remédié à celaj mais je prie ceux qui ont fait cette critique , de vouloir bien considérer que souvent tout l'agrément d'un Dialogue , s'il y en a, consiste dans la bizarrerie de cet assortiment j qu'elle donne moyen d'offrir à l'esprit des rapports qu'il n'avait peut-être pas aperçus , et qui aboutissent toujours à quelque moralité ; que j'ai Lucien pour modèle et pour garant , et qu'enfin tout le monde se rencontre dans les CliampsElysées. Ce n'est pas que je n'aie mis quelquefois ensemble des personnages assez semblables, mais encore' a-l-il fallu faire naître entre eux des oppositions j il faut toujours du contraste , comme disent les peintres. J'ai prétendu garder les caractères;, je ne sais si je l'ai fait. Il y en a de certains qui ne sont point marqués dans l'bistoire par aucun trait consîdérablej j'ai usé de ceux-là selon le besoin que j'en ai eu ; mais je me suis assujéti aux autres. A cela près que tous mes morts sont un peu raisonneurs , et qu'ils savent des choses qu'ils n'ont pu apprendre que dans la conversation d'autres morts , je crois qu'on les peut reconnaître pour ce qu'ils étaient pendant leur vie. S'ils ont changé de sentimens après leur mort , on en est instruit par eux-mêmes. Raphaël d'Urbin , qui était un grand peintre , parle ici d'autre chose que de peinture j mais beaucoup d'habiles gens m'ont assuré qu'ils en avaient encore conçu une plus grande idée que celle d'un grand peintre , et qu'il n'y avait rien de trop élevé , pour êlre mis dans la bouche de Raphaël d'Urbin. Le public m'apprendra , ou excusera mes fautes mieux que personne.

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