COSME II DE MÉDICIS , BÉRÉNICE
COSME DE mÉdICIS.
Je viens d'apprendre de quelques savans, qui sont
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morts depuis peu, une nouvelle qni m'afflige beau coup. Vous saurez que Galilée , qui était mon mathématicien, avait découvert de certaines planètes qui tournait autour de Jupiter, auxquelles il donna en mon honneur le nom d'astres de Médicis. Mais on m'a dit qu'on ne les connaît presque plus sous ce nom là , et qu'on les appelle simplement satellites de Jupiter. Il faut que le monde soit présentement bien méchant et bien envieux de la gloii-e d'autrui.
kÉrÉmce.
Sans doute, je n'ai guère vvi d'eff'ets plus remarquables de sa malignité.
COSME DK mÉdICIS.
Vous en parlez bien à votre aise , après le bonheur que VOUS avez eu. Vous aviez fait vœu de couper vos cheveux , si votre mari Ptolomée revenait vainqueur de je ne sais quelle guerre. Il revint, ayant défait ses ennemis; vous consacrâtes vos cheveux dans un temple de Vénus, et le lendemain, un mathématicien les fit disparaître , et publia qu'ils avaient été changés en une constellation , qu'il appela la chevelure de Bérénice. Faire passer des étoiles pour des cheveux d'une femme, c'était bien pis que de donner le nom d'un prince à de nouvelles planètes. Cependant votre chevelure a réussi, et ces pauvres astres de Médicis n'ont pu avoir la même fortune.
BÉRÉNICE
Si je pouvais vous donner ma chevelure céleste , je vous la donnerais pour vous consoler , et même je serais assez généreuse pour ne prétendre pas que vous me fussiez forl obligé de oc présenl-là.
COSME DE mÉdICIS.
Il serait pourtant considérable, et je voudrais que mon nom fut aussi assuré de vivre que le vôtre.
BÉRÉNICE
Hélas! quand toutes les constellations porteraient mon nom , en serais-je mieux ? Ils seraient là-haut dans le ciel, et mpi, je n'en serais pas moins ici-bas. Les hommes sont plaisans; ils ne peuvent se dérober à la mort, et ils tâchent à lui dérober deux ou trois syllabes qui leur appartiennent. Voilà une belle chicane qu'ils s'avisent de lui faire. Ne vaudrait-il pas mieux qu'ils consentissent de bonne grâce à mourir eux et leurs noms?
COSME DE mÉdiCIS.
Je ne suis point de votre avis : on ne meurt que le moins qu'il est possible, et tout mort qu'on est, on tâche à tenir encore à la vie par un marbre où l'on est représenté , par des pierres que l'on a élevées les unes sur les autres , par son tombeau même. On se noie, et on s'accroche à tout cela.
BÉRÉNICE
Oui , mais les choses qui devraient garantir nos noms de la mort, meurent elles-mêmes à leur manière. A quoi attacherez-vous votre immortalité? Une ville , un empire même ne vous en peut pas bien répondre.