‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 113 sur 256 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

AGLAURE, CYDIPPE.

AGLAURE

HiNFiN , ma sœur, le ciel est apaisé , Et le serpent qui nous rendait à plaindre , Va n'être plus k craindre.

Tout pour le sacrifice est ici disposé ;

Psyché, pour l'offrir , va s'y rendre.

CYDIPPE.

Les peuples d'erreur prévenus La nommait une autre Vénus ; Sur la Divinité c'était trop entreprendre.

AGLAURE

Ils s'en sont vus assrz punis Par les maux infinis Que du serpent nous a causé la rage.

CYDIPPE.

Ne songeons plus à nos malheurs passés ; Le serpent en ces lieux ne fait plus de ravage , Ce sont des malheurs effacés.

aSe PSYCHÉ,

AGLAURE

Après un temps plein d'orages , Quand le calme est de retour.

Qu'avec plaioir , d'un beau jour.

On goûte les avantages !

CYDIPPE.

Tout succède à nos désirs ; Si des rigueurs inhumaines Nous ont coûté des soupirs , On ne connaît les plaisirs Qu'après l'épreuve des peines.

AGLAURE

Mais d'où vient qu'avec tant d'attraits , Psyché n'aima jamais ?

Qui brave trop l'Amour, doit craindre sa colère.

CYDIPPE.

Il est un fatal moment

Où l'objet le plus sévère

Se rend aux vœux d'un amant ;

Et plus la belle diffère ,

Plus elle aime tendrement.

AGLAURE

Lychas vient à nons.

CYDIPPE.

Son visage Nous marque une vive douleur.

SCÈP^E II.

AGLAURE, CYDIPPE, LYCHAS.

LYCHAS

Ah ! Princesses !

AGLAURE

De quel malheur Ce soupir est-il le présage ?

LYCHAS

I;^norez-vous encor le destin de Psyché

CYDIPPE.

Qu'avons-nous à craindre pour elle t

LYCUAS.

La disgrâce la plus cruelle , Dont vous puissiez jamais avoir le cœur touché.

Tandis que chacun en soupire ,

Elle seule ignore son sort ,

Et c'est ici qu'on lui va dire Que le ciel irrité la condamne à la mort.

AGLAURE ET CYDIPPE.

A la mort ! et le roi n'y mettrait point d'obstacle T

LYCOAS.

Le roi d'abord nous a caché l'oracle ; Mais maljjTé lui le grand-prêtre a parlé.

Ah ! pourquoi n'a-t-il pu se taire ?

Voici ce qu'il a révélé ,

Et l'arrêt qui nous désespère :

« Vous allez voir augmenter les malheurs >♦ Qui vous ont coûté tant de pleurs , » Si Psyché sur le mont , pour expier son crime, » N'attend que le serpent la prenne pour victime. »

CYDIPPE.

El Psyché ne sait rien de ce funeste arrêt?

LYCHAS

Pour se rendre Vénus propice , Elle croit n'avoir intérêt Qu'à venir en ces lieux offrir un sacrifice.

aSa PSYCHÉ,

AGLAURE

Voilà l'effet de ce nom de Vénus , On traitait Psyché d'immortelle :

CYDIPPE.

C'est de là que nos maux et les siens sont venus î Qui croirait que ce fût un crime d'être Lelle ?

AGLAURE ET CYDIPPE.

Ah! qu'il est dangereux De trouver un sort heureux Dans une injuste louange !

En vain on veut se flatter , Tôt ou tard le ciel se venge, Quand on ose l'irriter.

LYCHAS

Voyez comme chacun , regrettant la princesse , Abandonne son cœur à l'ennui qui le presse.

TOUS TROIS

Pleurons , pleurons : en de si grands malheurs On ne peut trop verser de pleurs.

(Une troupe de personnes désolées viennent vers la montagne de'plorer la disgrâce de Psyché. Leurs plaintes sont exprimées par une femme et par deux hommes affligés. Us sont suivis de six personnes qui jouent de la flûte , et de huit autres qui portent des flambeaux semblables à ceux dont les anciens se servaient dans les pompes funèbres. )

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