‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 127 sur 256 · SCÈNE II. VÉNUS, PSYCHÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE II. VÉNUS, PSYCHÉ

PSYCHÉ

Que fais-tu? montre-toi, cher objet de ma flamme.

Viens consoler mon âme.

La beauté de ces lieux est un enchantement ; Tout m'y paraît charmant :

Mais je n'y vois point ce que j'aime Ah ! qu'une absence d'un moment , Quand la tendresse est extrême , Est un rigoureux tourment !

( Apercevant Venus. )

Par quel art dans ce lieu vous rendez-vous visible ? On m'y parle souvent sans qu'on s'y laisse voir.

vÉ^us.

Le Dieu que vos bcaulés ont rendu si sensible,

TRAGÉDIE. 3r,,

Pour vous entretenir m'a laissé ce pouvoir.

C'est à moi, Psyché, qu'il ordonne De garder ce palais où tout suit votre loi.

PSYCHÉ

Nymphe , le croiriez-vous , que lui-même empoisonne

Tous les honneurs que j'en reçoi ?

Il refuse toujours de se montrer à moi

Dans tout l'éclat qui l'environne.

Et ce refus blesse ma foi.

Je l'aime , et je voudrais pouvoir tout sur son âme ; Je voudrais avoir lieu du moins de m'en flatter ; Quand je forme des vœux qu'il ose rebuter,

Je suis réduite à douter de sa flamme , Kt rien n'est plus cruel pour moi que d'en douter.

VÉT^VS.

Mais chaque instant vous marque sa tendresse.

PSYCHÉ

Ah ! malgré les soupirs qu'un amant nous adresse ,

Malgré tous les soins qu'il nous rend , 11 ne faut , pour troubler le bonheur le plus grand , Qu'un peu trop de délicatesse.

Vous n'êtes pas les plus heureux.

Vous dont l'amour est si pur et si tendre , Si tout votre repos est réduit à dépendre Du moindre scrupule amoureux; Vous dont l'amour est si pur et si tendre. Vous n'êtes pas les plus heureux.

VÉNUS

Que ne m'est-il permis de vous tirer de peine !

PiiYCHÉ.

Ah! ne me tenez point plus lonjç-tcmps incertaine; Satisfaites mes yeux , vous avez ce pouvoir.

PSYCHÉ

VÉ>US

V ous me découvrirez.

PSYCHÉ

Ne craignez rien.

VÉNUS

Je n'ose.

Quoi 1 rien en ma faveur ne vous peut émouvoir ?

VÉNUS

Hé bien , je vais pour vous oublier mon devoir. Entrez ; c'est dans ce lieu que votre amant repose,

Goûtez le plaisir de le voir ;

Cette lampe que je vous laisse

Peut servir à vous éclairer.

PSYCHÉ

Que ne vous dois- je point ?

VÉNUS

Il faut me retirer , Ma présence nuirait au désir qui vous presse.

scÈisE m.

PSYCHÉ, L'AMOUR endormi.

PSYCHÉ

A la fin je vais voir mon destin éclairci , Je vais voir cet amant dont mon âme est éprise.

( Psyché lève le rideau qui ferme l'alcove, et l'on voit l'Amoure dormi sous la figure d'un enfant. )

Approchons. Dieux ! que vois-je ici P C'est l'Amour ! quelle douce et charmante surprise! C'est l'Amour qui pour moi s'est blessé de ses traits. jNIaître de l'univers , il vit sous mon empire.

TRAGÉDIE. Zo?,

Ce que l'Amour à tous les cœurs inspire , Il l'a senti pour mes faibles attraits. Si le plaisir d'aimer est un plaisir extrême, Quels charmes n'a-t-il pas quand c'est T Amour qu'on aime î Quoi ! c'est l'Amour que j'aime ? Quel bonheur ! Ah ! pour ie reconnaître , Sans le voir dans l'éclat cù je le vois paraître , Ne suffirait-il pas de cette prompte ardeur Qu'il a si vivement fait naître dans mon cœur? Si le plaisir d'aimer est un plaisir extrême, Quels charmes n'a-t-il pas quand c'est l'Amour qu'on aime !

Jamais amant ne fut si beau , Si digne de toucher un cœur fidèle et tendre. Et le moyen de se défendre De l'adorer jusqu'au tombeau?

Si le plaisir d'aimer est un plaisir extrême. Quels charmes n'a t-il pas quand c'est l'Amour qu'on aime ! Mais quel brillant éclat se répand en ce lieu ?

l'amour.

Tu m'as vu , c'en est fait ; tu vas me perdre; adieu.

( Lorsque la lamps c'iincelle, TVinoiir s'eveille et se d'robe en s'envolaiit aux yeux de Psyclie'. La décoration change dans le même instant, et ne laisse plus voir qu'un alfreux de'sert. )

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