‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 129 sur 256 · VÉNUS, PSYCHÉ · texte numérisé non relu

VÉNUS, PSYCHÉ

PSYCHÉ

Ah! Nymphe, venez-vous soulager mes ennuis?

VÉNUS

Crains tout, ouvre les yeux , et connais qui je suis. C'est Vénus que tu vois.

PSYCHÉ

Dieux ! se pourrait-il faire Que Vénus , pour me perdre , eût pu se déguiser ?

vÉ^'us.

Dans l'ardeur de punir ton orgueil téméraire ,

Exprès j'ai voulu t' abuser.

Après que , pour flatter ta beauté criminelle , Mes honneurs m'ont été ravis , Je souffrirai qu'une simple mortelle Porte ses vœux jusqu'à mon fils.'*

PSYCHÉ

Déesse , suivez moins une aveugle colère ; Voyez pour qui j'ai consenti d'aimer.

L'Amour peut-il chercher à plaire , Qu'il ne soit sûr aussitôt de charmer ?

VÉNUS

Non, je te punirai de lui paraître aimable,

TRAGÉDIE. 3o5

Tes charmes Tont réduit à t' aimer malgré moi ; Et je te tiens seule coupable Des soupirs qu'il pousse pour toi.

PSYCHÉ

Vous ne m'écoutez point , et cependant , Déesse , Tout ce que je vous dis vous l'avez trop senti. Quoi ! vous condamnez ma tendresse !

Et votre cœur s'en est-il garanti !

Il a payé ce tribut nécessaire.

Le mien est-il si fort qu'il s'en doive exempter f Si l'Amour sous ses lois a pu ranger sa mère, Est -ce à Psyché de résister ?

VÈTsUS.

En vain de ton orgueil tu prétends fuir la peine,

Le sort te soumet à ma haine :

Ecoule , et ne réplique pas.

Pour fléchir la rigueur où mon courroux s'obstine, Vers les rives du Styx il faut tourner tes pas,

Et m'apporter la boîte où Proserpine Enferme ce qui peut augmenter ses appas ; C'est l'emploi qu'à tes soins ma vengeance destine.

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