SCÈNE PREMIÈRE
PSYCHÉ
Par quels noirs et fâcheux passages M'a-t-on fait descendre aux enfers?
TRAGÉDIE. 3o7
Ce ne sont qu'abîmes ouverts , A saisir de frayeur les plus fermes courages.
Ces lieux qui de la mort sont le triste séjour, Ne reçoivent jamais le jour ;
L'horreur en est extrême.
Mais tout affreux que je les voi , Qu'ils auraient de charmes pour moi , Si j'y rencontrais ce que j'aime !
N'y pensons plus , mon bonheur est changé; J'ai voulu voir l'Amour, et l'Amour s'est vengé.
Vous , que ces demeures affreuses
Couvrent d'une éternelle nuit,
Apprenez , Ombres malheureuses , Le déplorable étal où le ciel me réduit, D u plus heureux destin la gloire m'est certaine ; Et quand j'en puis jouir, sans craindre les jaloux , Lin désir curieux, dont la force m'entraîne, Me fait perdre l'objet de mes vœux les plus doux : Parmi tous vos tourmens , Ombres , connaissez-vous
Un supplice égal à ma peine ?
SCÈîvE IL LES TROIS FURIES, PSYCHE.
LES FUillES.
Où pcnses-lu porter tes pas ,
Téméraire mortelle 1' Quel destin parmi nous t'appelle?
Yiens-tu nous braver ici-bas ?
PSYCHÉ
Si j'ai passé le Slyx avant l'heure fatale , l*our venir aux enfers demander du secours ,
3o8 PSYCHÉ,
Quand je vous aurai dit ma peine sans égale, Vous plaindiez avec moi le maihem- de mes jours.
LES FURIES
Non , n'attends rien de favorable ; Jamais dans les enfers on ne fut pitoyable.
PSYCHE
Ah ! laissez-vous toucher à mes tristes douleurs. Je ne viens point dans vos demeures sombres Troubler le silence des Ombres , Je viens parler de mes malheurs.
LES FURIES
Non , n'attends rien de favorable ; Jamais dans les enfers on ne fut pito} able.
PSYCHÉ
Un ordre souverain , qu'il faut exécuter ,
M'oblige à chercher votre reine.
En me la faisant voir , vous finirez ma peine ;
Elle voudra bien m'écouter.
LES FURIES
Non y n'attends rien de favorable ; Jamais dans les enfers on ne fut pitoyable.
PSYCHÉ
Deux mots , et de ces lieux je suis prête à sortir. Condnisez-moi vers Proserpine.