SCÈNE PREMIÈRE
STÉNOBÉE, ARGIE.
ARGIE
Que vous faites couler et de sang et de larmes Dans ces tristes climats !
Tout tremble , tout est en alarmes , On voit régner partout Timage du trépas ; Et le monstre , animé par la force des charmes , Marque de mille morts la trace de ses pas.
STÉNOBÉE.
Lieux désolés et remplis de carnage , (Campagnes où le monstre a semé tant d'horreur ,
346 BELLEROPHON
Ne me reprochez point ma jalouse fureur^ Dont votre embrasement est le fatal ouvragée : L'amour désespéré, qui règne dans mon cœur. Vous venge assez de ce ravage.
ARGIE
Quoi! vous ne goûtez point la secrète douceur D'avoir trouLlé l'hymen qui vous outrage ?
STÉNOBÉE.
Impuissante vengeance ! inutile secours !
De quoi peux-tu serWr, quand on aime toujours .
Les plus cruels transports que la fureur inspire ,
Consolent m al un amour outragé :
Ce malheureux amour , après s'être vengé , N'en fait pas moins sentir son tyrannique empire. Impuissante vengeance ! inutile secours ! De quoi peux-tu servir , quand on aime toujours !