SCÈNE VI
BELLÉROPHON, PHILONOÉ.
BELLÉROPUON.
Dans quel accablement cet oracle nous laisse !
PHILONOÉ.
Ah ! cruelle surprise !
BELLÉROPHON
O funeste revers !
Quoi ! je vous perds , belle princesse !
ENSEMBLE
Hélas! n'avons-nous eu le destin favorable,
Que pour mieux ressentir le coup qui nous accable ?
BELLÉROPHON
Mes vœux allaient être contens.
PHILONOÉ.
Jamais sort n'eût été plus heureux que le nôtre.
ENSEMBLE
Qui croirait que deux cœurs , si tendre et si constans ? Ne fussent pas destinés l'un pour l'autre?
'V^ous ne serez donc point à moi ?
Quel prix d'une ardeur si fidèle !
PHILONOÉ.
N'y pensons plus.
BELLÉROPHON
Quoi ! vous pourrez , cruelle , Engager ailleurs votre foi.-*
PHILONOÉ.
Brisez , brisez une fatale chaîne.
Quand jai reçu l'hommage de vos vœux, Je croyais que le ciel consentirait sans peine
354 BELLÉROPHON
Que Thymen nous rendît heureux ; Et je n'attendais pas l'oracle rigoureux Qui nous sacrifie à sa haine.
BELLÉROPHON
Non , non , quoi qu'il ait ordonné , On ne verra jamais que mon amour s'éteigne. Je n'examine point ce qu'il faut que je craigne De l'oracle fatal qui vient d'être donné. Que le destin, jaloux d'une flamme si belle, JVIe porte encor des coups plus rigoureux;
Au moins je puis être fidèle,
Si je ne saurais être heureux.
PHILONOE.
Se peut-il que le ciel, contre un amour si tendre, Exerce toutes ses rigueurs ?
De ses ordres cruels l'amour doit-il dépendre .^
ENSEMBLE
Aimons-nous , malgré nos malheurs ; Ce n'est pas au destin à séparer les cœurs.