SCÈNE IL ARGIE , AMISODAR
Il faut , pour contenter la reine ,
Rendre le monstre à l'éternelle nuit.
Bclléroplion , au désespoir réduit.
S'apprête à le combattre , et sa perte est certaine : Mais cette prompte mort finit trop tôt sa peine. Quand un fatal oracle est contraire à ses vreux , S'il ne souffre long-temps , il n'est point malheureux. Puisqu'un fils de Neptune épouse la princesse , I^aissez vivre l'ingrat dans ses jaloux trans[)orts. Voir aux mains d'un rival l'objet de sa tendresse ,
C'est tous les jours endurer mille morts.
AMISODAR.
Le laisser vivre ! ô Dieux ! que faut-il que je pense ? Je vois pour lui la reine s'alarmer ,
356 BELLÉROPHON
Lorsque sa mort est prête à remplir sa vengeance : Est-ce le haïr ou l'aimer ?
ARGIE
Montrez que votre cœur ne cherche qu'à lui plaire ;
Pourquoi pénétrer dans le sien ?
Quand l'objet aimé parle , un amant doit tout faire , Et n'examiner rien.
AMISODAR.
Non , non , que mon rival périsse ; Est-ce à moi d'empêcher qu'il ne perde le jour ?
ARGIE
Il faut faire à la reine encor ce sacrifice , Ou renoncer à votre amour.
VOIX derrière le the'âtre.
Tout est perdu , le monstre avance ; Sauvons-nous , sauvons-nous.
AMlSODAR.
Le monstre approche , éloignez-vous.
ARGIE
Ciel , contre sa fureur , embrasse ma défense !