‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 170 sur 256 · SCÈNE IL ARGIE , AMISODAR · texte numérisé non relu

SCÈNE IL ARGIE , AMISODAR

Il faut , pour contenter la reine ,

Rendre le monstre à l'éternelle nuit.

Bclléroplion , au désespoir réduit.

S'apprête à le combattre , et sa perte est certaine : Mais cette prompte mort finit trop tôt sa peine. Quand un fatal oracle est contraire à ses vreux , S'il ne souffre long-temps , il n'est point malheureux. Puisqu'un fils de Neptune épouse la princesse , I^aissez vivre l'ingrat dans ses jaloux trans[)orts. Voir aux mains d'un rival l'objet de sa tendresse ,

C'est tous les jours endurer mille morts.

AMISODAR.

Le laisser vivre ! ô Dieux ! que faut-il que je pense ? Je vois pour lui la reine s'alarmer ,

356 BELLÉROPHON

Lorsque sa mort est prête à remplir sa vengeance : Est-ce le haïr ou l'aimer ?

ARGIE

Montrez que votre cœur ne cherche qu'à lui plaire ;

Pourquoi pénétrer dans le sien ?

Quand l'objet aimé parle , un amant doit tout faire , Et n'examiner rien.

AMISODAR.

Non , non , que mon rival périsse ; Est-ce à moi d'empêcher qu'il ne perde le jour ?

ARGIE

Il faut faire à la reine encor ce sacrifice , Ou renoncer à votre amour.

VOIX derrière le the'âtre.

Tout est perdu , le monstre avance ; Sauvons-nous , sauvons-nous.

AMlSODAR.

Le monstre approche , éloignez-vous.

ARGIE

Ciel , contre sa fureur , embrasse ma défense !

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