‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 177 sur 256 · LE ROI, STÉNOBÉE, PHILONOÉ, ARGIE, CHŒUR DE PEUPLES · texte numérisé non relu

LE ROI, STÉNOBÉE, PHILONOÉ, ARGIE, CHŒUR DE PEUPLES

LE ROI

Venez-vous partager l'allégresse publique ?

Enfin pour nous le ciel s'explique , Neptune a reconnu Bellérophon pour fils*

TRAGEDIE. 3f.3

STÉNOBÉE.

Je sais tout. Dieux cruels , vous l'avez donc permis ?

LE ROI

Bellérophon cause t-il cette plainte:'

STÉNOBÉE.

C'est lui seul, il est vrai, qui fait mon désespoir. Du plus ardent amour j'eus pour lui Fâme atteinte; Et pour toucher son cœur j'ai manqué de pouvoir.

Toujours l'ingrat dédaigna ma teadresse ; Prête à le voir enfin épouser la princesse, J'ai voulu renverser vos odieux projets. Amisodar m'aimait , j'ai fait agir ses charmes ; Et le monstre pour lui remplissant tout d'alarmes , N'a versé que pour moi le sang de vos sujets.

LE ROI

Le traître ! qu'on l'arrête.

STÉNOBÉE.

Il s'est mis par sa fuite A couvert de votre poursuite ; ÎVlais il traîne avec lui son crime et son amour.

Quoi! le ciel souffre encor que vous voyiez le jour?

STÉNOBÉE.

J'ai prévenu tout ce que peut sa haine : La justice que je me rends , Me fait par le poison mettre fin à ma peine. Je le sens déjà qui coule de veine en veine; Déjà le jour se cache à mes regards mourans. Vous , de qui la rigueur m'a toujours poursuivie. Avec ses plus funestes traits , Dieux inhumains, j'abandonne la vie; Ltes-vous satisfaits .'*

364 BELLÉROPHON

Et toi , cruel Amour , reçois une victime Que tu cherchais à t'immoler ; Je meurs pour expier le crime Des feux dont tu m'as fait brûler.

Je n'ai pu m'affranchir de ton barbare empire ,

Qu'en renonçant au jour; Vois mes derniers soupirs , impitoyable Amour : J'expire.

PHILONOÉ.

Quel excès de fureur !

LE ROI

Sa mort en est le prix ; Mais oublions et son crime et sa peine : Voici Bellérophon que Pallas nous ramène , Son triomphe doit seul occuper nos esprits.

(On voit Pallas dans un char, et Bellérophon avec elle. Tandis qu'elle descend , le peuple marque sa joie par le son des timbales , des trompettes et de tous les autres instrumens. )

SCÈINE m.

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