‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 212 sur 256 · JUPITER, MERCURE · texte numérisé non relu

JUPITER, MERCURE

MERCURE

N'en doutez point, Neptune à sa flamme renonce Sur Toracle qu'ici je vous ai rapporté, J'ai voulu du Destin apprendre la réponse. Par mes avis il l'avait consulté.

JUPITER

Quel oracle cruelj! que je suis agité !

J'ai puni mon rival ; Thétis ambitieuse Aurait pu l'oublier après quelques soupirs : Mais d'un fils trop puissant la naissance odieuse Serait l'effet de mes désirs.

Mon trouble est extrême , Vous m'entraînez tour à tour ,

Trop charmant amour, Doux attraits du rang suprême.

Hélas! faut- il que dans mon cœur, Dans le cœur de Jupiter même , L'amour balance la grandeur?

MERCURE

Le cœur de Jupiter n'est fait que pour la gloire , L'amour n'y peut long-temps disputer la victoire.

JUPITER

Non , il ne la dispute plus ;

C'en est fait, ces nœuds sont rompus.

TRAGÉDIE. 4ol

Pour monter sur ce liône où le ciel me révère ,

J'en fis tomber mon père ; Un fils ambitieux le vengerait sur moi : Je connais les désirs qu'un si beau rang inspire : Mon propre exemple doit suffire Pour me remplir d'effroi.

Mais quel souvenir me retrace

Des charmes trop doux et trop chers?

Ma grandeur disparaît , tout son éclat s'efface ;

Faudra~t-il succomber et rentrer dans mes fers ?

Page 1