JUPITER, MERCURE
MERCURE
N'en doutez point, Neptune à sa flamme renonce Sur Toracle qu'ici je vous ai rapporté, J'ai voulu du Destin apprendre la réponse. Par mes avis il l'avait consulté.
JUPITER
Quel oracle cruelj! que je suis agité !
J'ai puni mon rival ; Thétis ambitieuse Aurait pu l'oublier après quelques soupirs : Mais d'un fils trop puissant la naissance odieuse Serait l'effet de mes désirs.
Mon trouble est extrême , Vous m'entraînez tour à tour ,
Trop charmant amour, Doux attraits du rang suprême.
Hélas! faut- il que dans mon cœur, Dans le cœur de Jupiter même , L'amour balance la grandeur?
MERCURE
Le cœur de Jupiter n'est fait que pour la gloire , L'amour n'y peut long-temps disputer la victoire.
JUPITER
Non , il ne la dispute plus ;
C'en est fait, ces nœuds sont rompus.
TRAGÉDIE. 4ol
Pour monter sur ce liône où le ciel me révère ,
J'en fis tomber mon père ; Un fils ambitieux le vengerait sur moi : Je connais les désirs qu'un si beau rang inspire : Mon propre exemple doit suffire Pour me remplir d'effroi.
Mais quel souvenir me retrace
Des charmes trop doux et trop chers?
Ma grandeur disparaît , tout son éclat s'efface ;
Faudra~t-il succomber et rentrer dans mes fers ?