SCÈNE PREMIÈRE
ÉNÉE , ILIONÉE,
ILIONÉE.
JlLnfin , voici le jour qui donne à la princesse
Ou vous , ou Turnus pour époux ;
Le roi va choisir entre vous :
Chassez cette somhre tristesse , Vous pouvez vous livrer à l'espoir le plus doux.
Non , ne me flatte point d'une espérance vaine Les Troyens ne sont plus , Ilion est détruit ; Etranger en tous lieux , chef d'un peuple qui fuit ,
Les plus grands dieux m'accablent de leur haine . Et je pourrais ici voir la fin de ma peine ! De mes tendres soupirs je recevrais le fruit , Malgré l'heureux Turnus appuyé par la reine ! Non, ne me flatte point d'une espérance vaine ; Non, je connais trop bien le sort qui me poursuit.
ILîCXEE.
Vous êtes sûr du moins que ces rives heureuses Termineront enfin tant de courses douteuses ;
Mille crades en sont garans :
Quand vous ne seriez pas i'époux de Lavinie ,
Un autre hymen dans TAusonie.
Fixerait les Troyens errans.
ÉNÉE
Si je n'ohtenais pas ce que mon cœur adore , Si d'un objet charmant il fallait m'arracher , Ah ! serait-il encore Des biens qui pussent me toucher?
ILIONÉE.
Aimez , aimez sans esclavage , Un grand courage , Quoiqu'il soit amoureux , Se rend le maître de ses vœux.
ÉNÉE ET ILIONÉE.
Peut-on aimer ) ^^ns esclavage; Aimez , aimez )
Un grand courage ,
Dès qu'il est ) ^jno^re^^^
Quoiqu'il soit )
N'est plus ) le maître de ses vœux.
Se rend \
ILIONÉE.
Vous brûlez d'une ardeur nouvelle ; Pouvez-vous répondre d'un cœur Qui ne fut pas toujours fidèle ?
Il n'est que la première ardeur Que l'on puisse croire éternelle.
ÉNÉE
Je prenais pour un tendre amour
TRAGÉDIE. 4, g
Quelques feux languissans qui naissaient dans mon âme :
Mais le nouveau feu qui m'enflamme , M'apprend que je n'ai point aimé jusqu'à ce jour.