‹ Œuvres de Fontenelle (volume 4)Chapitre 230 sur 256 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LAVINIE, CAMILLE

LAVINIE

Toi qui souvent nous marques ta présence

Dans ce bois qui t'est consacré, Faunus , toi dont mon père a reçu la naissance , Permets à mes soupirs de troubler le silence

De ce séjour si révéré.

Le destin contre moi s'est enfin déclaré ;

Du malheur qui m'attend j'ai l'entière assurance :

Reçois la triste confidence Des secrètes douleurs d'un creur désespéré. Permets à mes soupirs de troubler le silence

De ce séjour si révéré.

CAMILLE

Pourquoi dans ce lieu solitaire Venez-vous de vos pleurs entretenir le cours? Si Junon poursuit toujours Le héros qui sait vous plaire , La déesse des amours N'est pas un faible secours.

LAVINIE

Ah ! que peut-il attendre

Du secours de Vénus?

Elle a causé les maux qui vinrent me surprendre ; Je l'aime , je le plains , et ne puis rien de plus.

Ah ! que peut-il attendre

Du secours de Vénus?

Lorsque du haut des cieux Junon vient de descendre , Pour armer contre lui mon père avec Turnus ,

L'objet d'une flamme si tendre N'a pour lui que ces pleurs que tu me vois répandre , Et qui lui sont même inconnus.

Ah! que peut-il attendre ~ •

Du secours de Vénus?

CAMILLE

En vain Junon impitoyable D'une guerre nouvelle a donné le signal; Le roi paraît plus favorable A ce héros qu'à son rival.

LAVI^IE.

Hé puis-je douter que la reine Dans un parti cruel à la fin ne l'entraîne ? Non, je ne verrai plus l'objet de mon amour,

Mes yeux vont être chaque jour Les malheureux témoins d'une injuste vengeance; Turnus me vantera sa barbare valeur,

4^6 ÊNÉE KT I.AVINIE,

Et peut-être obtiendra ma main pour récompense D avoir su me percer le cœur.

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