SCÈNE PREMIÈRE
LAVINIE, CAMILLE
LAVINIE
Toi qui souvent nous marques ta présence
Dans ce bois qui t'est consacré, Faunus , toi dont mon père a reçu la naissance , Permets à mes soupirs de troubler le silence
De ce séjour si révéré.
Le destin contre moi s'est enfin déclaré ;
Du malheur qui m'attend j'ai l'entière assurance :
Reçois la triste confidence Des secrètes douleurs d'un creur désespéré. Permets à mes soupirs de troubler le silence
De ce séjour si révéré.
CAMILLE
Pourquoi dans ce lieu solitaire Venez-vous de vos pleurs entretenir le cours? Si Junon poursuit toujours Le héros qui sait vous plaire , La déesse des amours N'est pas un faible secours.
LAVINIE
Ah ! que peut-il attendre
Du secours de Vénus?
Elle a causé les maux qui vinrent me surprendre ; Je l'aime , je le plains , et ne puis rien de plus.
Ah ! que peut-il attendre
Du secours de Vénus?
Lorsque du haut des cieux Junon vient de descendre , Pour armer contre lui mon père avec Turnus ,
L'objet d'une flamme si tendre N'a pour lui que ces pleurs que tu me vois répandre , Et qui lui sont même inconnus.
Ah! que peut-il attendre ~ •
Du secours de Vénus?
CAMILLE
En vain Junon impitoyable D'une guerre nouvelle a donné le signal; Le roi paraît plus favorable A ce héros qu'à son rival.
LAVI^IE.
Hé puis-je douter que la reine Dans un parti cruel à la fin ne l'entraîne ? Non, je ne verrai plus l'objet de mon amour,
Mes yeux vont être chaque jour Les malheureux témoins d'une injuste vengeance; Turnus me vantera sa barbare valeur,
4^6 ÊNÉE KT I.AVINIE,
Et peut-être obtiendra ma main pour récompense D avoir su me percer le cœur.