SCÈNE PREMIÈRE
PAN, UN SATYRE, ENDIMION, EURILAS.
PAN
Bergers , croirai-je un bruit qui vient de se répandre r Diane a-t-elle protégé L'amour dans vos chants outragé ?
ENDIMION ET EURILAS.
Elle-même a paru pour le venir défendre.
PAN
Ah ! j'obtiendrai le prix que mérite ma foi. A l'amour désormais Diane est moins rebelle ; J'ose seul soupirer pour elle , Ce changement ne regarde que moi.
Avec bien de l'amour on est toujours aimable.
La beauté que je sers était impitoyable.
Je sais que je dois peu compter sur mes appas ;
PASTORALES. i53
Mais mon cœur m'assurait d'un succès favorable ; Je l'aiciu sur sa foi, je ne m'en repenspas. Avec bien de l'amour on est toujours aimable.
LE SATYRE
Aimez , aimez , j'approuve enfin vos feux , Puisqu'ils vont être heureux.
Quand on porte sans fruit une chaîne étemelle, Quand on aime à languir pour les yeux d'une belle , Avec le cœur on a l'esprit blessé :
Mais il n'est rien de plus sensé , Que d'être amant, et même amant fidèle. Quand on est bien récompensé.
PAN
Je veux , je veux marquer ma joie à la déesse ;
Que les faunes s'assemblent tous ;
Qu'ils viennent, rempHs d'allégresse. L'applaudir dès ce jour d'un changement si doux.
ENDIMION.
Quoi ! déjà votre amour s'apprête A faire éclater sa conquête ?
EURILAS.
L'amant d 'une fière beauté
Doit ménager sa vanité :
S'il fait des progrès , il doit feindre
De ne pas s'en apercevoir ;
Il faut qu'il ait l'art de se plaindre
Au milieu du plus doux espoir.
PAN
Hé bien , sans montrer que j'espère , Rendons hommage à ses attraits ; Et par des soins qui ne peuvent déplaire , Contenions des transports qu'il faut tenir secrets.
i54 POÉSIES
SCÈINE IL ENDlJVnON,EURILAS.
ETSDIMION.
Quel coup affreux, quel coup terrible Vient combler tous les maux qui tourmentaient mon cœur l
Je me flattais d'aimer une insensible , Je ne puis conserver un si cruel bonheur.
Que la fierté xle Diane était belle!
Mais qu'elle a fait un choix indigné d'elle ! Si ses appas me faisait soupirer, Sa gloire me charmait plus que ses appas même ;
Et je perds le plaisir extrême
Que je sentais à l'admirer.
EURiLAS.
Suivez moins un transport que la rsdson condamne ; Ce n'est point un indigne choix , Que le puissant dieu de nos bois.
EISDIMION.
Non , ce n'est point à lui d'oser aimer Diane,
Ses charmes les plus grands ne lui sont pas connus;
Elle n'en reçoit point les vœux qui lui sont dûs.
EURILAS.
Toujours rempli de confiance, Peut-être il en croit trop une faible apparence.
EÎÎDÏMION.
Diane a de l'amour, et \-ient nous l'annoncer ; Quand un autre que Pan aurait pu la forcer
A quitter son indifférence , Ce n'est pas moi , du moins on ne le peut penser.
Vengeons-nous , vengeons-nous d'une injure mortelle ;
Il ne me reste plus que ce funeste bien: Otons à l'infidèle un cœur tel que le mien.
EURILAS.
Quelle fidélité Diane vous doit-elle ?
Vos cœurs n'ont pas été dans un même lien.
Elle devait m'être fidèle ,
Du moins en n'aimant jamais rien.
Toi-même tu m'as dit qu'en épousant Ismène ,
Et son amour et mon devoir Se fussent opposés au penchant qui m'entraîne ;
Je veux essayer leur pouvoir.
Je veux redemander Ismène à la déesse , Heureux si de ses mains je pouvais recevoir
Ce qui doit venger ma tendresse !
EURILAS.
Oubliez-vous qu'on ignore vos feux ?
Vous parlez toujours de vengeance.
ENDIMION.
Hélas! de mes transports quelle est la violence! Que me dis-tu ! Que je suis malheureux !
D'où vient que mon ardeur ne s'est pas découverte Aux yeux qui m'avaient enflammé !
Peut-être que Diane eût icssenti ma peiic, Bien qu'elle ne m'eût pas aimé.
EURILAS.
La vengeance est inutile ; C'est assez de se guérir.
Pourvu que vous soyez tranquille , Qu'importe qu'une ingrate ait peine à h' sinfr: li .' La vengeance est inutile ; C'est assez de se iruérir.
i56 POÉSIES
Si je ne suivais pas ce conseil salutaire,
Tous les dieux devraient m'en punir.
lia déesse paraît , je vais te satisfaire ; A mon repos Ismène est nécessaire , Je vais tâcher de l'obtenir.