SUR UN CLAIR DE LUNE
Quand l'Amour nous fait éprouver Son premier trouble avec ses premiers charmes y Contre soi-même encor c'est lui prêter des armes
Que d'être seul et de rêver.
La dominante idée, à chaque instant présente ,
N'en devient que plus dominante ; Elle produit de trop tendres transports ;
Et plus l'esprit rentre en lui-même ,
Libre des objets du dehors ,
Plus il retrouve ce qu'il aime.
Je conçois ce péril , et qui le connaît mieux ? Tous les soirs cependant une force secrète
M'entraîne en d'agréables lieux ,
Oii je me fais une retraite
Qui me dérobe à tous les yeux.
Là, vous m'occupez seule, et dans ce doux silence, Absente je vous vois , je suis à vos genoux ; Je vous peins de mes feux toute la violence; Si quelqu'un m'interrompt, j'ai le même courroux
Que s'il venait par sa présence Troubler un entretien que j'aurais avec vous. Le soleil dans les mers vient alors de descendre, Sa sœur jette un éclat moins vif et moins perçant; Elle répand dans l'air je ne sais quoi de tendre ,
Et dont mon âme se ressent.
Peut-être ce discours n'est guère intelligible , Vous ne l'entendrez point , je sais ce que j'y perds ; Un cœur passionné voit un autre univers ,
Que le cœur qui n'est pas sensible.
Sur un portrait rie feu iiiadaine la duchesse de Blauloue.
Toi que pour son rival Apollon même avoue,
Lnmortel cygne de IVIantoue', Quoique pour vivre ici le destin t'ait marqué Le plus beau temps de la grandeur romaine , Que je te plains d'avoir manqué Ce sujet pour tes chants, et celle souveraine!
A Madame la D. . . DE M. . .
Sur son mariage, qui fut consouriaé dans une hôtellerie d'une petite ville.
Du beau sang dont vous êtes née , Un souverain vous est dû pour époux ; Mais vos appas aussi donnent des droits sur vous A l'ennemi de l'hyménéc.
' Virgile
Le sérieux Hymen , par un grave décret , Vous met entre les bras (Vun prince d'Ausonie ;
L'autre pour donner un trait
Qui tienne de son génie ,
Sans pompe , et presque en secret ,
Conclut la cérémonie
Dans un méchant cabaret.