PRIÈRE POUR LE ROI
Toi qui laisses briller sur le front des monarque?
Un rayon de la majesté ; Qui les fais reconnaître à d'éclatantes marques Pour les vivans portraits de ta divinité; Toi , de qui les bontés passant notre espérance ,
Nous ont fait don d'un si grand roi , Qu'on voit tout l'univers envier à la France
Le bonheur de suivre sa loi:
Parmi tant de périls où l'entraîne un courage Qui se reprocherait un moment de repos.
Daigne conserver ce héros, Et tu conserveras ton plus parfait ouvrage.
( Le prix fui remporté par M. DE LA Monnoye.)
POÈME
PRÉSENTÉ POCR LE PRIX DE l'aCADÉmIE FRANÇAISE DE 1677. L'éducation de Monseigneur LE Dauphin.
France, de ton pouvoir contemple l'étendue , Vois de tes ennemis l'union confondue ; Ils n'ont fait, après tout, par leurs vains attentats , Que te donner le droit de dompter leurs états. Florissante au dedans , au dehors redoutée , Enfin au plus haut point ta grandeur est montée. Mais ce rare bonheur , France , dont tu jouis , N irait pas au-delà du règne de Louis ; Ton empire chargé des dons de la victoire. Succomberait un jour sous l'amas de sa gloire , Si Louis , dont les soins embrassent l'avenir. Ne te formait im roi qui sût la soutenir.
Il faut tout un héros pour le rang qu'il possède ; A moins qu'on ne l'imite, en vain on lui succède. Que le sceptre est pénible après qu'il l'a porté ! Par tant d'états soumis son poids s'est augmenté, Et par un si grand roi ces provinces conquises , Dans les mains d'un grand roi veulent être remises. Peut-être était-ce assez pour remplir ce destin, Que le sang de Louis nous donnât un dauphin. Sorti d une origine et si noble et si pure , Que de vertufecn lui promettait la nature ! Et qui ne se fût pas reposé sur sa foi? Mais comme elle aurait pu ne faire en lui qu'un roi, Louis fait un héros si digne de l'empire , Que nous l'élirions tous, s'il se devait élire. Peuples , le croiriez-vous ? de cette même main Dont le foudre vengeur ne part jamais en vain, Sous qui l'audace tremble , et l'orgueil s'humilie , Il trace pour ce fils l'histoire de sa vie , Ce long enchaînement , ce tissu de hauts faits , Qu'aucuns momens oisifs n'interrompent jamais. Ne nous figurons point qu'il la borne à décrire Un empire nouveau qui grossit notre empire. Nos drapeaux arborés sur ces superbes forts D où Cambrai défiait nos plus vaillans efforts, Et d'Espagnols défaits ses campagnes couvertes, Et la riche Sicile ajoutée à leurs pertes; Exploits trop publiés, et dont il veut laisser 'L'exemple à tous les rois, s'ils l'osent embrasser. Mais les profonds secrets de sa haute sagesse , Ce n'est qu'à son dauphin que ce héros les laisse. Tous ces vastes desseins qu'exécute un instant , Et dont il ne nous vient que le bruit éclatant , Les yeux seuls de son fils découvrent leur naissance.
II les voit lentement mûrir dans le silence, Et recevoir toujours cl insensibles progrès, Tant que tout à l'envi réponde du succès, El que de tous côtés la fortune soumise Se trouve hors d'état de trahir Tentreprise, Tremblez, fiers Espagnols; Belges, reconnaissez De quoi par ces leçons vous êtes menacés. Quand Louis affrontant vos feux et vos machines, De vos murs abattus entasse les ruines. Que rien ne se dérobe à son juste courroux, Peut-être n'esl-il pas plus à craindre pour vous, Que quand avec les soins de l'amour paternelle Il s'attache à former son fils sur son modèle. Dans ce présent qu'il fait à ses peuples charmés , Combien d'autres présens se trouvent lenfermés! Il nous donne en lui seul des victoires certaines , Il nous donne l'Ibère accablé de nos chaînes. Combien , heureux Français , devez-vous à Louis , Pour toutes les vertus dont il orne ce fils ! Mais s'il fallait encor qu'à ces vertus guerrières, Les Muses, les Beaux- Arts prêtassent leurs lumières. Combien lui devez-vous pour le grand JNlontauzier, Qu'à ce noble travail il daigne associer! Il est cent et cent rois, dont peut être l'histoire Dans la foule des rois cacherait la mémoire , Si de leurs successeurs Findigne lâcheté Ne leur donnait l'éclat qu'ils n'ont pas mérité ; Princes de qui les noms avec gloire survivent. Parce qu'on les compare avec ceux qui les suivent. Quelquefois même un roi qui ne se répond pas Que d'assez longs regrets honorent son trépas , Par un tour politique en secret se ménage D'un indigne héritier le honteux avantage.
TiLère dut l'empîre à ses heureux défauts ; Auj^ste eût pu d'ailleurs craindre peu de rivaux: INIais enfin aux Romains sa vertu fut plus chère , Quand elle eût le secours des vices de Tibère. Tu dédaignes, Louis, ces maximes d'état; Tu veux qu'un successeur augmente ton éclat : Mais loin qu'à ses dépens ton grand nom se soutienne Tu veux que par sa gloire il augmente la tienne. Animé de ton sang, formé par tes leçons, De disciple et de fils réunissant les noms. Quelles hautes vertus peut-il faire paraître , Qu'il n'hérite d'un père, ou n'apprenne d'un maître ? Les peuples compterons au rang de tes bienfaits Le bonheur dont sa main comblera leurs souhaits : Et par son bras vainqueur nos ennemis en fuite , N'imputeront qu'à toi leur puissance détruite. Déjà tous nos Français , spectateurs de tes soins. Dans ces voix d'allégresse à l'envi se sont joints. Notre jeune dauphin de beaux désirs s'enflamme : Louis par ces leçons lui transmet sa grande âmej Il attend qu'il le suive un jour d'un pas égal, Et dans son propre fils se promet un rival.
( Le prix fut remporté par M. DE la MonnoyB.
POÈME
PRÉSENTÉ POUR 1.E PRIX DE l'aCADÉHUE FRANÇAISE DE 1687.
Le soin que le Roi prend de l'e'ducalion de la noblesse dans ses places et dans Saint-Cyr-
Noblesse , heureux hasard , digne de nos hommages , Toi qui par un beau titre ornes les grands courages, Toi qui leur prescrivant de glorieuses lois, Sur eux à la vertu donnes de nouveaux droits,
DIVERSES. ao9
Malgré ton juste orgueil et les fières promesses, Hélas ! que deviens-tu sans Tappui des richesses f Indispensable appui pour tes plus beaux desseins , Nécessité fatale et honteuse aux humains ! Souvent aux champs de Mars ceux que ta voix convie , Cultivant des sillons, seul espoir de leur vie. Sous de rustiques toits inconnus et cachés , A des emplois trop vils sans relâche attachés, Passent des jours sans gloire ; et dans ces soins champêtres , Ce sang si généreux reçu de leurs ancêtres. S'avilit jusqu'au point qu'il ne regrette pas Les lauriers dont Louis couronne ses soldats.
Plus tristement encore un beau sang dégénère. L'avoûrai-je en ces vers? ce sexe né pour pour plaire , Et combattre toujours contre ce qui lui plaît, Peut , dans de longs malheurs , oublier ce qu'il est. Il n'apprend point assez à repousser les armes Des ennemis flatteurs qu'il se fait par ses charmes. Et n'est-ce pas un piège alors pour la beauté, Qu'un rayon de fortune à ses yeux présenté? Ah ! faut-il que l'Amour , dont la force est si grande , Pour séduire les cœurs jusqu'à cet art descende? Mais c'est Louis qui règne; il ne s'occupe plus Qu'à fixer parmi nous l'empire des vertus. Le sort leur livre en vain des attaques cruelles. Ce héros s'est chargé de le vaincre pour elles.
O vous , dans vos tombeaux , qui vous intéressex A l'honneur des neveux que vous avez laissés. Sur la foi de Louis vous ne devez plus craindre Que de vos noms par eux l'éclat vienne à s'éteindre. Ce roi devient leur père ; ils en sont adoptés, Des que par leurs malheurs ils lui sont présentés :
Il fait valoir leur sang, et dans leur impuissance, Louis remplit en eux leur iliusJre naissance. Quel essaim de jeunesse excité par ses seins i Délivré désormais des indignes besoins, Vole où s'apprend sous lui l'art qui mène à la gloire, Lieux consacrés à Mars, écoles de victoire, Terreur de nos voisins , à qui s'offrent de près De leurs futui-s vainqueurs les menaçans progrès! Tous ces jeunes guerriers instruits de ce qu'ils doivent Au bras qui les soutient , au secours qu'ils reçoivent , Fiers de porter le nom d'élèves d'un héros , Brûlent de quitter l'ombre et le sein du repos. De ses nobles leçons qu'il leur demande compte, Que sa justice exige une vengeance prompte. Ils partent , et soudain mille périls bravés , Vont montrer sous quel maître ils furent élevés, Et par leurs vifs efforts , des provinces nouvelles V ont payer , s'il se peut , ses bontés paternelles. Miis des mêmes bontés , il offre encore à nous D : plus charmans effets , des ouvrages plus doux. Dans les murs de Saint-Cyr, asile solitaire, LouTs montre encor plus le tendre cœur d'un père. Là , dans un plein repos , au milieu des bienfaits , Que sa puissante main y répand pour jamais , On voit couler les jours d'une troupe nombreuse Que formèrent les cieux , aimable et malheureuse , Et pour qui leurs faveurs et leurs dons les plus beaux Etaient peut-être encore une source de maux. Là, d'un trop doux péril une entière ignorance, Permet que la beauté règne avec l'innocence : Difficile union , mais qu'on doit au pouvoir Du modèle fameux qui souvent s'y fait voir! La vertu , sous le nom d'une illustre héroïne ,
Descend dans ce séjour, y préside, y domine, Telle que Ton a dit que ses charmes puissans Des mortels étonnés auraient tous les encens ; Attireraient les vœux des cœurs les moins sensibles , Si ces charmes jamais pouvaient être visibles. Heureux qui de l'hymen prêt à suivre les lois , D'une épouse en ces lieux viendra faire le choix ! Que sa noble douceur, sa Cijnduite fidèle, Que tout rendra Saint-Cyr recommandable en elle ! Mais plus louable encor celle qui dans ces murs Se vouera tout entière à des devoirs plus purs!
Ainsi s'étend à tout l'auguste intelligence Qui veille sans relâche au bonheur de la France. Le héros dont le bras ne cesse de tenir Un foudre toujours prêt à soumettre ou punir, Lui qui pour commander à l'Europe alarmée , N'a qu'à laisser agir sa seule renommée , Est le même héros qui sait former nos mœurs , Par qui la piété règne dans tous les cœurs. Par qui l'unique foi dompte Thydre à cent têtes. Nos plus divines lois, nos plus belles conquêtes. Ont la même origine , et partent d'un seul roi. Siècles , à nos discours ajoulerez-vous foi , Lorsque dans le passé notre liistoire enfoncée , Par un lointain confus sera presque effacée , Peut-être les esprits faussement pénétrans Feront-ils de Louis deux héros différons.