‹ Œuvres de FontenelleChapitre 110 sur 112 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

De T Auteur des Doutes à ^*** , pour répondre à une difficulté qui lui avait été objectée.

Je ne voudrais pas , Monsieur , pour tonte la métaphysiqne dn monde , avoir trouvé mauvais que vous ayes fait réponse à im de mes argumens. Ce serait une chose souverainement ridicule

OCCASIONNELIiES. 6S7

ipie la qiieaCîoii abstraite et spéculative des Cauaei occasUnneilei Àt en droit d'eaoiter des patsÎMW et des tempêtes dans le cœur humain : quand serions-nous -donc de sang- froid? QHcli|ttefeîs, en ToyaBt sot ^ands honuoes ^U^mier avec tant d'aigre«r , et , qui pis est , avec si peu de bonne foi , j'admire leurs raisonne* ' mens , et j'ai pitic de leur raison. Us parlent de pUlpsc^ûe , mais ils ne parlent pas en philosophes.

Yons prétendes que j'ai supposé ce qui était en queat&OB. Je ne répondrai point précisément k toutes tos paroles : cela coni«> mençerait une dispute ou le public n'ekiteodrait rien , et oii penfriire BOUS ne nous entendrions pas nous-mêmes. Il vaut mieux c|ue je remette dans une nouvelle forme qui prévienne votre difficulté , farf ument que vous trouves faux dans le iivre des DùuU9* Puisque , selon le P. Bîalebranchê et vous , les corps n'ont nnlle force de faire passer les uns dans les autres , par le choc y les mouvemens qu'ils ont reçus de Dieu , et qu'il a fallu quje Dieu ait établi une Cause oocasiomieHe de la communication des mouvemens y il a pu établir pour Cause oocasionneUe quelque au tre chose que le choc : car rien ne peut être de sa nature Cause occasionnelle de quoi que ce soit ; ce ne peut être que par institution.

Je veux donc que Dieu , au lieu d'établir le choc Cause occa«- «ionnelle de la communication des mouvemens , en ait établi Cause occasionnelle le passage de deux corps à une certaine di^ tance f un de l'autre ; par exemple , à une ligne qui sera moyenne proportionnelle entre leurs diamètres. Tout l'ordre de funiveiis matériel roulerait sur ce nouveau principe.

Alors quand je viendrais k examiner la question des Canses occasionnelles selon la méthode que j'ai tenue dans le troisième chapitre des Doutée, je dirais : Le passage de deux corps k oette distance «opposée e»t-il véritaUemenct la Cause occasionnelle de la communication de leurs mouvemens? Etponr le découvrir, )e supposerais qu'avant que Dieu càt fait le décria qui établirait ce passage prétendu Cause occasionnelle de ïm communication des mouvemens , il vouiât simplement mouvoir les deux corps A et B , tant que-rien pris hors de lui ne s'y éoppoaerait.

le trouverais que les deux corps A et B seraient m^ toule 4'étemité sans n«l changeuMot; «t j'aurais beau les concevoir passant à une distance l'un de l'autre, qui serait moyenne proportionnelle entre leurs diamètres , je ne concevrais jamais que ce passage eût aucune liaison naturelle et nécessaire avec le changement de leurs mouvemens.

Je concluerais : Ce passage est donc une vraie Cause occasionnelle de la communication des mouvemens , puisqu'avant que

6i8 DES CAUSES OCCASIONNELLES.

Dieu lui ait donné cette qualité , qui n'est que d'institutioti « il n'avait de lui-même nulle liaison avec la communication de» mouvemens.

Appliques ce raisonnement au choc y vous trouvères tout le contraire.

Dieu , avant que d'avoir établi le choc Cause occasionnelle de la communication , veut mouvoir les deux corps A et B dans les circonstances que j'ai marquées ; et ce que je n'ai pas assez marqué , il les veut mouvoir tant que rien pris hors de lui ne s'y opposera. Remarquez bien , s'il vous plait , qu'on peut supposer que Dieu ait fait un décret sur le mouvement de deur corps , sans en avoir fait un sur la communication de leurs mouvemens, parce que la première de ces deux ehoses n'enferme point la seconde.

A et B viennent à se choquer. Jusqu'ici tout s'est pu fiaire par le simple décret qui a mis A et B en mouvement.

Mais ici , au point du choc , je vois qu'il faut de nécessité absolue qu'il arrive un changement , quel qu'il soit.

Et la nécessité de ce changement est prise , non de la volonté de Dieu , car , selon l'hypothèse , il remuerait enore A et B de la même façon , si rien pris hors de lui ne s'y opposait : mais elle est prise de la nature des corps et de leur impénétrabilité , qui s'oppose absolument k la continuation du mouvement de A et de B , tel qu'il était.

Il y a donc une liaison nécessaire entre la nature de A et de B, et un changement , quel qu'il soit.

La nature des corps , ou le choc , ce qui revient au même y sera donc Cause véritable , et non pas Cause occasionnelle de ce changement.

Voilà le raisonnement que j'avais fait dans les doutes ; mais rendu plus clair et plus sensible par le parallèle que j'ai imaginé du choc et du passage à une ligne , etc. Attachez-vous , je vous prie y à ce parallèle d'opposition , et examinez attentivement d'oti natt la différence. Je vous prie de mettre dans le même journal où vous insérerez tout ceci , la réponse que vous y ferez, et de me marquer bien précisément le point où je me serai trompé. Est-il possible que jamais , à force de dispute , on ne conviendra de rien ? Je voudrais avoir vu cela arriver une fois en ma vie , fût-ce à mes dépens.

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