ÉLOGE DE BLONDIN
campagnes les alîmens de lear curiosité. Blôndin n'épargna tien pour satisfaire la sienne ; il herborisa dans toute la Picardie f dans la Normandie , dans l'ile de France : rien ne lui échappait de ce qui pouvait être soupçonné de cacher quelque plante , et les toits même des églises ne lui étaient pas inaccessibles*
Aussi trouya-t-il dans la Picardie seule, environ 120 plan te* qui n'étaient pas au Jardin royal , et que même on n'y connaissait pas } et il en découvrit en France plusieurs espèces que l'on croyait particulières à l'Amérique. Il faut que la botanique soit bien vaste , si après tant de recherches de tant d'habiles gens , on a pu prendre pour des productions d'un autre monde ce que l'on foulait ici sous les pieds.
En 1712 , Blondin entra dans l'académie en qualité d'élève de Reneaume. On n'a vu de lui qu'un seul écrit , oii il changeait à l'égard de quelques espèces de plantes les genres sous lesquels Toumefort les avait rangées. Il lui marquait tout le respect que son dbciple lui devait , et que même tout autre botaniste lui aurait dû ; et l'on peut bien combattre ces grands auteurs sans leur manquer de respect , pourvu que l'on reconnaisse qu'euxmêmes nous ont mis en état de le» combattre. On prétend que ce n'était là qu'une première tentative , que Blondin voulait aller plus loin , et qu'enfin il méditait un système des plantes différent de celui de son maître. Plus cette première tentative fut modeste , plus on a lieu de croire que le dessein n'était pas témérfiire } et enfin quand il l'eût été , ce n'était pas une témérité d'un médiocre botaniste.
Son grand savoir dans la botanique n'était pas stérile. Il composait plusieurs médicamens de plantes , dont les succès lui avaient acquis dans sa province la réputation d'habile médecin. Il avait été reçu docteur à Reims en 1708 , et il allait se mettre sur les bancs à Paris , ou il était déjà estimé des plus célèbres de cette faculté ; mais il mourut d'une grosse fièvre avec une oppression de poitrine, le i5 avril 17 13.
Il avait toute la candeur que l'opinion publique a jamais attribuée à sa nation ; et la vie d'un botaniste qui connaît beaucoup plus les bois que les villes , et qui a plus de commerce avec les plantes qu'avec les honunes , ne devait pas avoir endonmiagé cette précieuse vertu. Un semblable caractère renferme déjà une partie de ce que demande la religion , et il eut le bonheur d'y joindre le reste.
Il a laissé des herbiers fort amples et fort exacts , de grands amas de graines , quantité de mémoires curieux , et en assez bon ordre; et on assure qu'il en coûterait peu de travail pour mettre aa succession en état d'être recueillie par le public.