ai
3a2 £LOG£
Employé souvent à des ouvrages de particuliers , il s'y conduisait toujours d'une manière dont sa famille «eale pouvait se plaindre ; il ne voulait que réussir , et il mettait de son propre argent pour hâter ou pour perfectionner les travaux : loin de faire valoir ses soins et ses peines , il en parlait avec une modestie qui enhardissait à le récompenser mal^ et ce n'était jamais un tort avec lui que le peu de reconnaissance*
Ce qu'il a fait de plus considérable a été à Coulanges la Fineuae , petite ville de Bourgogne , à trois lieves d'Auxerre. Coulanges est riche en vins , et de là vient son épithëte y <pii lui convient d'autant mieux , qu'elle n'avait que du vin , et point d'eau. Les habitans étaient réduits à des mares ; et comme elles étaient souvent à sec -, ils allaient fort loin chercher an puits qui tarissait aussi , et les renvoyait à unfe fontaine éloignée de là d'une lieue. Afin que l'on ne manquât pas d'eau dans les incendies y chaque habitant était obligé , par ordonnance de police , à avoir à sa porte un tonneau toujours plein ; ei mal* gré cette précaution , la ville avait eu trois grands incendies en trente ans , et à l'un on avait été obligé de jtter du vin sur le feu. Ils avaient obtenu en 1716 un arrêt du conseil qui leur permettait de laver sur chaque pièce de vin qui sortiraât de leur territoire , un impôt dont le produit serait enaployé à cbtrcher de l'eau , et à toutes les dépenses nécessaires : mais tous les in- 'génieurs qui avaient tenté cette entreprise , l'avaieirt tentée saos succès , quoique vivement animés , et par l'utilité «t par la gloire. D'Aguesseau , alors procurani^énéral , et aujourd'hui chancelier de France , ayant acquis le domaine de cette ville , voulut faire encore un effort y ne fât-ce que pour s'assurer qu'il n'en fallait plus faire ; et en 1705 , il s'adressa à Couplet , qui partit pour Coulanges au mois de septembre. Ce mois est ordinairement un des plus secs de toute l'année : 170$ fut une année fori sèche ) et si l'on pouvait alcHV trouver de l'eau , il n'était pas à craindre qu'on en manquât jamais.
£n une infinité d'endroits de là terre , il court des veines d'eau qui ont efiectivement quelque rapport avec le sang qui coule dans nos veines. Si ces eaux trouvent des terres sablonneuses , elles se filtrent au travers:, et , se perdent ; il faut des fonds qui les arrêtent, tels que sont des lits de glaise. Elles sont en pliis grande quantité selon la disposition des terrains. Si , par example 9 une grande plaine a ^ une pente ver» un coteau , et s'y termine , toutes les eaux que 1^ plaine recevra du ciel seront déterminées à couler vers ce coteau « qiû.les rassemblera encore, et elles se trouveront en abondance au pied. Ainsi la recherche et la découverte des eaux dépend d'un examen de terrain fort
DE COUPLET. 3a3
ccadjrt assez fin ; il faut im coop d'œil juste et guidé par une longue eipérieace.
Cooplet 9 arrivé à quelque distance de Coulanges , mais sans la voir encore , et s'étant seulement £ait montrer vers quel endroit elle était , mit toutes ses connaissances en usage , et enfin promit hardiment cette eau si désirée, et qui s'était dérobée à tant d'autres ingénieur». Il marchai^ son niveau à la main } et dès qu'il put voir les maisons de la ville , il assura que l'eau serait plus haute. Quelques-uns des principaux hàbitans , qui par impatience ou par curiosité étaient allés au-devant de lui , cou-^ rureut porter cette nouvelle à leurs concitoyens , ou pour leur ivtBcer lajoie , ou pour se donner une e^ce de part k la gloire de la découv^te. Cependant Couplet continuait son chemin en marquant avec des piquets les endroits où il fallait fouiller , et eo prédisant dans le même temps à quelle profondeur précisément on troaTC^ait l'ean ^ et au lieu qu'un autre eût pu prendre un air imposant de divination , il^ezpliquait naïvement les principes de son art ^ et se privait de toute apparence de merveilleux. 11 entra dans Coulanges 9 oii il ne vit rien qni traversât les idées qu'il avait prises; et il repartit pour Paris après. avoir laissé les instructions aécessaires ponr les travaux qui se devaient faire en stm absence. Il qestaijb à conduire l'eau dans la ville par des tranchées et par des^can^ix , à loi nténager des canaax de décharge en cas de besoin , et tout cela esiportait mille détails de pratique sur quoi il ne laissait rien à désirer ; il promit de revenir au mois de décembre pour mettre à tout la dernière main.
Il revint en effet; et enfin, le 21 décembre l'eau arriva dans la Tille. Jamais la plus heureuse vendange n'y avait répandu tant de )oie. Honunes , femmes , enfaaa , tous couraient à cette eau ponr en boire , et .ils eussent youln ^j pouvoir baigner. Le premier înge de la v3le , devenu aveogle., n'en crut que le rapport de ses naains ^ qu'il y ^plongea plusieurs fois. On chanta un Te Dfum , où les cloches furent sonnées avec tant d'emportement, que la pins grosse fnt démontée ; l'allégresse publique fit cent folies. La ville auparavant toute défigurée par des mai- Mas AirèUes •quV>n* ne réparait. point, a pris une face nou- T^c : on y bîtit; on yient même s'y établir, au lieu qu'on Tabandonsait peu à peu } et pour tout cela Couplet n'a pas fait 3,000 liv. de dépense ii cette même ville qni aurait été ravie de se charger d'un iOQqpôt perpétuel- : aussi cml-elle bien lui devoir une inscription et ttne devise. L'inscription est ce ^ue latiii ;
iVofi erat antè flnens populis sitientibiis unda ; Ait dédit mtemas aru Cuptetut a^uas.
La devise représente un Moïse qni tîre de l'eau d'un rocîier entouré de ceps de vignes , avec ces mots : uiiie dulci.
Auxerre et Courson , qui sont dans le voisinage de Coulanges, se sentirent aussi de son voyage ; il donna à Auxerre les moyens d'avoir de meilleure eau , et à Courson ceux de retrouver un« source perdue.
C'est dans ces sortes de fonctions et dans celles qu'il devait à l'académie et à sa charge qu'il a passé une vie toa^ours occupée et toujours laborieuse. tJne complexion d'une force singulière le soutenait dans ses fatigues. Enfin , âgé de soixante-dixneuf ans, il eut une première atteque d'apoplexie, et quelque temps après une seconde , auxquelles succéda une parai jsie , qui tomba particulièrement sur la langue et sur Toesophage , de sorte qu'il ne pouvait ni parler ni avaler sans beaucoup de peine. Il fut deux ans k languir , mai» avec courage. D empbn toujours à des prières et à des discours édifians le peu qui loi restait d'usage de la parole, et il mourut le 25 juillet 1722 , âgé de quatre-vingt-un ans. *
Ce qu'on appelle précisément bonté était en Ini à un haut point , et avec cet avantage qu'elle était sensiblement marquée dans sa physionomie , dans son air , dans ses manières | on se fût fié à lui sans autres garans que ceux-là. Heureuses, da moins par rapport aux effets extérieurs , les vertus dqlit la preuve est courte et prompte ! Il était trésorier de l'académie , titre trop fastueux et asset impropre : il était plutôt le contraire d'un trésorier ; il n'avait point de fonds entre les mains , mais il faisait des avances asses considérables par rapport à sa fortune , et ne le» retirait pas sans peine. Il a laissé un fils , qui lui a succédé dignement dans cette place.