‹ Œuvres de FontenelleChapitre 64 sur 112 · DE MER Y. S · texte numérisé non relu

DE MER Y. S

saircs dans la dispute ^ il ne donnait point k entendre qu'un fait rtippattè était faux% qu'on sentiment était absurde : i\ le disait ; mais cet excès de naïveté et de sincérité ne blessait pas tant dans l'intérieur de l'académie. Et si les suites assec ordinaires du savoir n'y étaie&t excusées , oii le seraient-elles ? On y a remarqué avec plaisir , que Mery , quelque attaché qu'il fdt à ses sentimens y en avait changé en qndques occasions. Par exemple, il avait d'abord fort approuvé l'opératif^n du frère Jacques , et il se rétracta dans la suite. Il étut de bonne grâce d'avoir commencé par l'approbation. Un anatomiste de la con»* pagnte raconte qu'il a convaincu Mery sur certains points qui hii avaient paru d'abord insoutenables ; et il le raconte pour la gloire de Mery , et non pour la sienne.

Ce même anatomiste prétend que Mery a entrevu la valvule d'Eoatachins , connu les glandes de Couper lonj^-tempf avant Couper même. Mais il faut laisser les découvertes aux noms qui ea soiit en possession ; et quand même ce ne serait qne la faveur d« sort qui les leur anrah adjugéea plutôt qu'à d'autres , il vaut mieux n'en point appeler.

Malgré une constitution très-ferme , et une vie toujours très* réglée d'un bont à l'autre , Mery se sentit presque tout d'un coup abandonné de ses jambes vers 4'âge de soixante-quinze ans , sans avoir noUe autre incommodité. D fut réduit à se renfermer absolument chez Ini , oh il s'était tant renfermé volontaire» ment. Tous cenx de l'académie qui pouvaient se plaindre de quelques-unes de ces sincérités dont nou$ avons parlé , allèrent le voir pour le rassurer sor l'inquiétude oii il eût pu être à leur égard , et renouveler une amitié qm , à proprement par* ; ^ 1er V n'avMt pas été interrompue. 11 fut sensiblement touché , et de ces avances qu'il n'attendait peuWtre pas , et de ces sentimens qu'il méritait plus qu'il ne se les était attirés ^ et il ne pouvait se lasser d'en marquer sa joie k Yarignon , son fidèle ami , et de tous les temps.

ïl s'affaibliâsait toujours , quoiqu'en conservant un esprit sain; et enfin il mourut le 3 novembre 1722 âgé de soixante-dix-sept ans. n a laissé six en fans de Catherine-Geneviève Carrere , fille de Carrere , qni avait été premier chirurgien de feue Madame.

Il a eu toute sa vie beaucoup de religion , et des mœm's telles qne la religion les demande } ses dernières années ont été uni* quement occupées d'exercices de piété. Nous avons dit de fen Cassini , qne les deux lui racontaient sans cesse la gloire de leur créatear ; les animaux la racontaient aussi k Mery. L'astrono* ' mie , l'anatomie sont en effet les deux sciences ou sont le plus sensiblement marqués les caractères du souverain être : l'une

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annonce son imiiietisité par celle des esjMrce» célestes , l^otn son intelligence infime par la mécanique des anhnan. On peut même croire que ranatomie a quelque ayantage ; TînteUigence prouye encore pins que l'immensité.

PlERRB VARtGifoif naquit à Gaen en i654 d'un architecte

entrepreneur, dont la fortune était fort médiocre. Il «yatt deni frères , qui suivirent la profession du père , et^il étudia pour être ecclésiastique.

' Au milieu de cette éducation commune qu'on donne aox jeunes gens dans les collèges , tout ce qui peut les occuper un jour plus particulièrement vient par dÛftérens«basards se présenter à leurs yeux , et s'ils ont quelque inclination naturelle bien déterminée , elle ne manque pas à& saisir son objet dès qu'elle le rencontre. Comme les architectes , et quelquefois les simples maçons savent faire des cadrans , Varignon en vit tracer de bonne heure, et ne le vit pas indifféremment. Il en apprit la pratique la pins grossière , qui était tout ce qu'il pouvait apprendre de ses maîtres ; mais il soupçonnait que tout cela dépendait de quelque théorie générale, soupçon qui ne servait qu'à l'inquiéter et à le tourmenter sans fruit. Un jour , pendant qu'il était en philosophie aux Jésuites de Caen , feuilletant par amusement diffiareas livres dans la boutique d'un libraire, il tomba sur nn Euclide, et en lut les premières pages , qui le charmèrent non-seulement par l'ordre et l'enchainement des idées , mais encore par la facilité qu'il se sentit à j entrer. Comment l'esprit haunata n'aimerait^il pas ce qui lui rend témoignage de ses talens? Il emporta l'Euclide ches lui , et en fut toujours plus charmé par les mêmes raisons. L'incertitude étemelle, l'embarras sophistique , l'obscurité inutile et quelquefois affectée de la phikB^Aie des écoles , aidèrent encore à lui faire goûter la elferté , la liaison, la sûreté des vérités géométriques. La géométrie le conduisit aux ouvrages de Descartes ; et il fut frappé de cette notrelle lumière, qui de là s'est répandue dans tout le monde pensait. H prenait sur les nécessités absolues de la yie de quoi acheter des livres de cette espèc^ , ou plutôt il les mettait au nombre des nécessités absfidues : il fallait même , et cela pouvait encore irriter la passion , qu'il ne les étudiât qu'en secret; car flerparens , qvi s'apercevaient bien ^ne ce n'étaient pas là les livres ordinaires dont les autres faisaient usage , désapph>uvaient beaucoup y,et traver-

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MÎeat âe tout leur pouvoir l'application qu'il j donnait. Il passa en théologie; et quoique l'importance des matières , et la néce^ iité dont elles sent pour un ecclésiastique, le fixassent davantage, sa passion dominante ne leur fut pas entièrement sacrifiée.

Il allait souvent disputer à des thèses dans les classes de philosophie , et il hri liait fort par sa qualité de bon argumentateur , k laquelle concouraient et le caractère de son esprit, et sa cous* titation corporelle ; beaucoup de force et de netteté de raisonne* menC d'un côté , et de l'autre une excellente poitrine et une voix éclatante. Ce fut alors que l'abbé de Saint-Pierre , qui étudiait en phîlotophie dans le même collège , le connut. Un goût commun pour les choees de raisonnement , soit physiques , soit métaphysiques j et des disputes continuelles, furent le lien de leur amitié* Ils avaient besoin l'un de l'autre pour approfondir , et pouf s'aararer que tout était vu dans un sujet. Leurs cstractères dtiGtrens faisaient un assortiment complet et heureux : l'un par une certaine vigueur d'idée , par une vivacité féconde , ef par une fougue de raison ; l'autre par une analyse subtile , par une préosion scrupuleuse , par une sage et ingénieuse lenteur k dis* cuter tout.

Lt'abbé de Saint-Pierre , pour jouir plus k son aise de Varignon, se logea avec lui; et enfin, toujours plus' touché de son mérite, il résolift de lin faire une fortune qui le mit en état de suivre pleinement ses talens et son génie. Cependant cet abbé , cadet de Normandie , n'avait que 1800 livres de rente ; il en détacha 3oo , qu'il donna par contrat à Yarignon. Ce peu , qui était beaucoup par rapport aux biens du donateur , était beaucoup aussi parrapport aux besoins et aux désirsdu donataire. L'un se trouva riche, et l'antre encore p.his d'avoir enrichi son ami.

L'abbé, persuadé qu'il n'y avait point de meilleur séjour que Paris pour des philosophes raisonnables , vint en r686 é*y établir avec Yarignon dans une petite maison du faubourg Saint-Jacques. Là , ils pensaient chacun de son côté; car ils n'étaient plus tant en communauté de pensées. L'abbé , revenu des subtilités inutiles et fatigantes , s'était tourné principalement du c6té des réflexions sur l'homme , sur lès mœurs et sur les principes du gouvernement. Yarignon s'était totalement enfoncé dans les mathématiques. J'étais leur compatriote, et allais les voir assex souvent , et quelquelbis passer deux on trok jours avec eux : il y avait encore de la place pour un survenant , et même pour un second , sorti de la mtme province , atijourd'hui l'un des principaux membres de l'académie des belles-lettres , et fameux par les histoires qui ont pam de lui. Noua nous rassemblions avec un extrême plaisir, jeunes , pleins de la première ardeur de savoir , fort unis., et ce

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• que nous ne comptions peut-être pas alors ponr un assez grand bien , peu connus. Nous parlions k nous quatre une bonne partie des différentes langues ^de l'empire de$ lettres , et tous les sujets de cette petite société se sont dispersés de là dans tontes ki «cadémies.

Yarignon , dont la constitution était robuste , an moins dans «a jeunesse , passait les journées entières au travail ; nul divertissement , nulle récréation , tout au plus quelque promenai à laquelle sa raison le forçait dans les beaux jours. Je hiî » ouï dire que , travaillant après souper , selon sa coutume , il était souvent surpris par èeê clocbes .qui lui annonçaient deux beures après minuit, et qu'il était ravi de se pouvoir dire k laîjnéme , que ce n'était pas la peine de se concber ponr se relever à quatre heures. U ne sortait de là ni avec U tristesse que les matières pouvaient naturellement inspirer, ni même avec la lassitude que devait causer la longueur seule de l'applicatûm : il en sortait gai et vif, encore plein des plaisirs qu'il avait pris, impatient de recommencer. Il riait volontiers en parlant de géométrie , et à le voii^ on eût cru qu'il la fallait étudier peur se bien divertir. Nulle condition n'était tant à envier qœ h sienne ; sa vie était une possession perpétuelle , et parfaitement paisible , de ce qu'il aimait uniquement .X)ependant si on eAt ca à chercher un homme heureuK , on Teùf été chercher bien loni de lui , et bien plus haut ; mais on ne l'y eAt pas trouvé.

Dans sa solitude du faubourg Saint-Jacques , il ne laissait pss de lier commerce avec plusieurs savans , et des plus illustres, tels que du Hamel , du Yemey , de la Hire.

. Du Yerney lui demandait asses souvent ses lumières sur ce qu'il y a en anatomie , qui appartient à la science des mécaniques : ils examinaient ensemble des positions de mnscles , leurs points d'appui , leurs directions ; et du Yerney apprenait beaucoup d'anatomie à Yarignon , qui l'en payait par des raisonnemeils mathématiques , appliqués a l'anatomie.

Enfin , en 1687 il se fit connaître du public par son projet d'une nouvêile mécanique y dédié à l'académie des sciences. £lie était nouvelle en effet. Découvrir des vérités , et en découvrir les sources , ce sont deux choses qui pavent d'abord paraître inséparables , et qui cependant sont souvent séparées , tant la nature a été avare de connaissMices à notre^gard. £n mécanique dont il s'agit ici , on démontrait bien la nécessité de l'équilibre dans les cas ou. il arrive ; mais on ne savait pas précisément ee qui le causait. C'est ce que Yarignon aperçut par. la tiiéorie desmoovemens composés , et ce qui fait tout le sujet de.'Sott Myte. l^ principes essentiels une fois trouvés , les vérités coulent avec une

facilité délicieme jioiir l'esprit ; lear endiainement est plus simple , et en même temps plus étroit ; le spectacle de leur gênération , qui n*a plus rien de forcé , en est pins agréable , et cette mime génération , phis légitime en quelque sorte , est aussi plus féconde.

La nouvelle mécanique fut reçue de tous les géomètres avec applaudissement , et elle valut à son auteur deux places considérables : Tune de géomètre dans cette académie en 1688 , l'autre de professeur en mathématiques au collège Mazarin. On voulait donner du relief à cette chaire , qui n'avait point encore été remplie , et il lut choisi.

n mit an four en 16^ ses naupeUes cot^êctareê 9ur ia pegan^ tewr. Il conçoit une pierre posée dans l'air , et il demande pourquoi elle tombe vers le centre de la terre. L'air est un liqmde dont par'conséquent les différentes parties se meuvent en tous les sens ioiaginables ; et une direction quelconque étant déterminée, il tt*ett pas possible qu'il n'y en ait un grand nombre qui s'accord«nt à la suivre. On peut imaginer toutes celles qui s'accordent dms une même direction , comme ne faisant qu'une même colonne. La pierre est donc frappée par des colonnes qui la poussent d'orient en occident , d'occident en orient , de bas en haut, du haut en bas. Les colonnes qui la poussent latéralement d*orient en occident , ou au contraire , sont égales en longueur , et par conséquent en force , et il n'en résulte à la pierre aucune impression. Mais celles qui la poussent de haut en bas sont beaucoup pins longues que celles qui la poussent de bas en haut , et cela , à quelque distance de la terre ou la pierre ait jamais pu être portée. Elle sera donc poussée avec plus de force de haut en bas que de bas en haut , et elle tombera vers le centre de la terre , ou , ce qui est le même , perpendiculairement à sa surface, parce que les colonnes latérales égales en force l'empêchent de s'écarter ni k droite , ni k gauche. Si la pierre était k une égale distance et de la terre , et de la dernière surface de l'air , elle demeurerait en repos; plus loin , elle monterait. Ce qu'on a dit de l'air, on le dira de même de la matière subtile , et de tout autre liquide oit des corps seront posés. TeHe est en général l'idée de Varignon sur la cause de la pesanteur. Plusieurs grands hommes ont prouvé par l'inutilité de leurs efforts l'extrême dîfficnlté de cette matière , et j'avoue qu'il pourrait bien aussi l'avoir prouvée. Du moins ce système tt^t^l peu de sectateurs ; et quoique simple , bien lié , bien suivi , il est vrai qu'un physicien , même avant la discussion , ne se sent point portt à le croire. L'auteur l'aurait plus aisément défendu que persuadé. Aussi ne i'**t-«l point donné «lec cette confiance et cet air triomphant ,

qui ont accompagne tant d'autres systèmes. Le titre modeste de conjectures répondait sincërenaent à sa pensée : il ne croyait point qu*en matière de physique, et principalement sur les premiers principes de la physique , on pût passer la conjecture; et il semblait être ravi que sa chère géométrie eût seule la certitude en partage.

Dans ces recherches mathématiques , son génie le portait toa« jours à les rendre les plus générales qu'il fût possible. Un paysage dont on aura vu toutes les parties Tune après TanU^e, n'a pourtant point été vu ^ il faut qu'il le soit d'un lieu assez élevé , où tous les objets auparavant^ dispersés se rassemblent sous un seul coup d'œil. Il en va de même des vérités géométriques : on en peut voir un grand nombre dispersées çà et là , sans ordre entre elles, sans liaison ; mais pour les voir tontes ensemble et d'un coup d*œil , on est obligé de remonter bien haut , et cela demande de l'effort et de l'adresse. Les formules générales algébriques sont les lieux élevés oii l'on se place pour découvrir tout à la fois un grand pays. Il n'y a peut*«tre pas eu de géomètre , ni qui ait mieux connu , ni qui ait mieux fait sentir le prix de ses formules, \fxt Varignon.

Il ne pouvait donc manquer de saisir avidement la géométrie des infiniment petits dès qu'elle parut ^ elle s'élève sans cesse au pins haut point de vue , à l'infini , et de là elle embrasse une étendue infinie. Avec quel transport vit-4i naître una nouvelle géométrie et de nouveau! plaisirs I Quand cette belle et sublime méthode fut attaquée dans l'académie même (i), car il fallait qu'elle subtt le sort de toutes les nouveautés , il en fnt un des plus ardentf défenseurs } et il força en sa faveur son caractère naturel , ennemi de toute contestation. 11 se plaignit quelquefois à moi que cette dispute l'avait interrompu dans des reClwTcbes sur le calcul intégral , dont il aurait de la peine à reprendre le fil. Il sacrifia les infiniment petits à eui!-mémes ; le plaisir et la gloire d'y faire des progrès ^ au devoir, plus pressant de les défendre.

Tous les volumes que l'académie a imprimés rendent covnpte de ses travaux. Ce ne sont presque jamais des morceaux âAhchés les uns des autres , mais de grandie» théories complètes sur les lois du mouvement , sur les forces centrales , sur la résistance des milieux au mouvement. Là, par le moyen de ses formules générales , rien ne lui échappe de ce qui est dans l'enceinte de la matière qu'il traite. Outre les vérités nouvelles , on en voit d'autres déjà ^:onnue8 d'ailleurs , mais détachées , qui viennent de toutes parts se rendre dans sa théorie. Toutes ensemble font (i) Voyez FHist. de 1701 , page 89 et fut?. , lecoiMe édidon.

corp$9 et les vides qu'elles laissaient auparavant entre elles se trouvent remplis.

La certitude de la géométrie n'est nullement incompatible svec l'obscurité et la confusion , et elles sont quelquefois telles qu'il est étonnant qu'un géomètre ait pu se conduire sùreqient dans le labyrinthe ténébreux ou il marchait* Les ouvrages de Tarigaon ne causent jamais cette désagréable surprise : il s'étudie à mettre tout dans le pins grand jour; il ne s'épargne point , comme font quelquefois de grands honunes , le travail de l'arranpment, beaucoup moins flatteur , et souvent plus pénible que celui de la production mcme } il ne recherche point , par d^ sous-entendus hardis , la gloire de paraître profond.

11 possédait fort l'histoire de la géométrie. Il l'avait apprise , non pas tant précisément pour l'apprendre , que parce qu'il avait voulu rassembler des lumières de tous côtés. Cette connaissance historique est sans doute un ornement pour un géomètre ^ mais , de plus , ce n'est pas un ornement inutile. £n général y plus l'esprit a été tourné et retourné en difFéreas sens sur une matière , |»lns il en devi«it fécond»

Quoique la santé de Varigaon parât devoir être k toute épreuve, l'assiduité et la contention du travail lui causèrent, en 1705 , «ne grande maladie. On n'est guère si habile impunément. U fut m mois en danger, ejb trois ans dans une langueur qui était UB épuisement d'esprit visible. U m'a conté que quelquefois , dans des accès de fièvre , il se croyait au milieu d'une foret ou il Yojait toutes les Cesiîlles des arbres couvertes de calculs algé^ bnques. Condamné par ses médecins, par ses amis et par lui-^ même , à se priver de tout travail , il ne laissait pas , dès qu'il était seul dans sa chambre , de prendre un livre de mathémaT tiqnes , qu'il cachait bien vite , s'il entendait venir qi^elqu'un. U reprenait la contenance d'un nialade , et n'avait pas besoin de le jouer beaucoup.

n est à remarquer, par rapport à son caractère , que ce fat 91 ee temps-là qu'il parut de lui un écrit, oii il reprenait ^alUs lor de certains espaces plus qu'infinis , que ce grand géomètre attribuait aux hyperboles. Il soutenait au contraire qu'ils n'étaient que finis (1). La critique avaU Jtons les assaisonnemens possibles d'honnêteté; mais enfin c'était une critique , et il ne l'avait faite que pour lui seul. Il la oonfia à Carré , étant dans un état qui le rMidaitplus indifférent pour ces sortes de choses 3 et celui-ci 1 touché du seul intérêt des sciences, la fit imprimer dans nos mémoires à l'ins» de l'auteur , qui se troava agresseur contre son incUnalion.

(i) Voyes l'Hivt de 1706^ page 47.

n revint àe sa maladie et de sa langueur , et ne profita nolle' ment du passé. L'édition de son projet de nouvMe mécaniqu ayant été entièrement débitée , il songea k en faire une seconde, ou plut6t un ouvMge tout liouTeau , quoique sur le même plan, mais beaucoup plus ample , el auquel le titre de projet ne convenait plus. On j devait bien sentir la grande acquisition de ricbesses qu'il avait faite dans l'intervalle : mais il se plaignait souvent que le temps lui .manquait , quoiqu'il fdt bien éloigné d'en perdre volontairement. Une infinité de visites , soit de français , soit d'étrangers, dont les uns voulaient le voir pour l'avoir vu, et les autnes pour le consulter et pour s'instruire ; des ouvrages de mathématiques que l'autorité ou l'amitié de quelques personnes l'engageaient à examiner , et dont il se croyait obligé de rendre le compte le pins exact ; un grand commerce de lettres avec les principaux géomètres del'Europe y et des lettres savantes et.'tra» vaillées , car il ne fallait pas plus se négliger avec ces amis-là qu'avec le public même : tout cela nuisait beaucoup au livre qu'il avait entrepris. Cest ainsi qu'on devient célèbre , parce qu'on a été maître de disposer d'un grand loisir ; et qu'on perd ce luîsir si précieux , parce qu'on est devenu célèbre. De plus, ses meilleurs écoliers , soit du collège Mazarin , sottdu collège royal , car il y occupait aussi une chaire de matbémHiques , étaient en possession de lui demander des leçons particnlières. La joie de voir qu'ill en demandassent , son zèle pour les mathématiques , sa bonté naturelle , son inclination à étendre un devoir |dut6t qu'à le resserrer, leur avaient donné ce droit, et 6té la crainte d'en user trop librement. H soupirait après dent ou troib mois de vacances qu'il avait pendant l'année } il s'enfuyait à quelque campagne , ou lés journées entières étaient à lui , et s'écoulaient bien vite.

Mulgré son extrême amour pour la paix , il a fini sa tfc par être embarqué dans une contestation. Un religieux Italien, habile en mathémâftiques , l'attaqua snr la tangente et l'angle^d'tfttouchement des courbes , tels qu^on les conçoit dans la géoisArie des infinûnent petits. Il se crut obligé de répondre ; et , à dire le vfai , les indifférens né l'eusliént pas trop cru. Je ne crois pas sortir du personnage de simple historien , en assumnt qae sa gloire ne courait aucun péril : mais il était sensible de ce c6té-ii <, «u plutôt toute sa sensibilité y était ratsemblée. Il répondit» par le dernier mémoire qu'il ait donné à l'académie , et qui a été le seul où il fat question d'un différend. Son inclination pacifique y dominait pourtant eactfre : il n'y nommait point son adveriiîre , qui l'avait nonuné à tout moment , que tout le monde connaît» sait , qui ne se cachait point ; quoiqu'on»lui représentât la par*

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faite iobtilité , et même la superstitioa de cette réticence , il s'obsttna toujours à ne le nommer que Vagr^^seur, Il est vrai qu'il n'en usait pas si honnêtement à l'égard ai» paralogismes, et qu'il leur donnait leur véritable nom.

Dans les deux dernières années de sa vie , il fut fort incommodé d'un rhumatisme placé dans les muscles de la poitrine ^ il né pouvait marcher quelque temps sans être obligé de se reposer pour reprendre haleine. Cette incommodité augmenta toujours , et tous les remèdes y furent inutiles , ce qui ne le surprenait pas beaucoup. Il n'en relâcha rien de ses occupations ordinaires • et enfin , après avoir fait sa classe au collège Mazarin , Je 22 àé^ cembre 1722, sans être plus mal que de coutume , il mourut subitement la nuit suivante.

Son caractère était aussi simple que sa supériorité d'esprit pouvait le demander. J*ai déjà donné cette même louange à tant de personnes de cette académie , qu'on peut croire que le mérite en appartient plutôt à nos sciences qu*à nos savans. Il ne connaissait point la jalousie. Il est vrai qu'il était à la tête des géomètres de France , et qu'on ne pouvait compter les grands . géomètres d'Europe sans le mettre du nombre. Mais combien d'hommes en tout genre , élevés à ce même rang , ont fait l'honneur à leurs iaférieurs d'en être jaloux , et de les décrier? la passion de conserver une première place fait prendre des précautions qui dégradent. Il faut convenir cependant que , quand on lui présent tait quelque idée qui lui était nouvelle ^ il courait quelquefois un peu trop vite à l'objectrôn et à la difficulté ; le feu de son esprit , des vues dont il était plein sur chaque matière, venaient traverser trop impétueusement celles qu'on lui ofiirait : mais on parvenait assez facilement à obtenir de lui une attention plus tranquille et plus favorable. Il mettait dans la dispute une cfaa*> leur que Ton n'eût jamais cru qu'il eût dû terminer par rire. Ses manières d'agir nettes , franches , loyales en toute occasion ^ exenaptes de tout soupçon d'intérêt indirect et caché , auraient seules suffi pour justifier la province dont il était, des reproches qu'elle a ^'ordinaire à essuyer; il n'en conservait qu'une extrême crainte de se soumettre , qu'une grande circonspection k traiter avec les hommes , dont effectivement le commerce est toujours redoutable. Je n'ai jamais vu personne qui eût plus de conscience, je veux dire, qui fût plus appliqué k satisfaire exactement au sentiment ihtérieur de ses devoii:s , et qui se contentât moins d'avoir satisfait aux apparences. Il possédait la vertu de reconnaissance au plus haut degré ; il faisait le récit d'un bienfait reçu avec plus de plaisir que le bienfaiteur le plus vain n'en eût eu k le faire , et il ne se croyait jamais acquitté par toutes ces com^ 1. 22

jtensAtionSy dont on s'établit soi-même pour juge. Il étiiit prêtre, et n'avait pas besoin de beaucoup d'efforts pour vivre conforluëment à cet état. Ausii sa mort subite n*a*t-elle point alarme ses amis.

Il m'a fait l'honneur de me léguer tons ses papiers par son testament. J'en rendrai au public le meilleur compte qu'il me sera possible. La nouvelle mécanique est en asses bon état , et va pa* raitre au jour } j'espère que les lettres la suivront. Du reste , js promets de ne rien détourner à mon usage particulier des trésors que j'ai entre les mains y et je compte que j'en serai cru : il faadrait un plus habile homme pour faire sur ce sujet quelque mau-» vaise action avec quelque espérance de succès.

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I^OMME il est sans exemple que l'académie ait fSsit i'éioge d'aa souverain , en faisant , si on ose le dire , celui d'un de ses meD^bres > nous sommes obligés d'avertir que nous ne regarderons le feu Csar qu'en qualité d'académicien , mais d'académicien roi et empereur , qui a établi les sciences et les arts dans les vastes états de sa domination ; et quand nous le regarderons comme guerrier et conune conquérant ^ ce ne sera que parce que l'art de la guerre est un de ceux dont il a doàaé l'intelligence k ses sujets.

La Moscovie ou Russie était encore dans une ignorance et dans une grossièreté presque pareilles k celles qui accompagnent toujours les premiers âges des nations* Ce n'est pas que l'on ne dé* couvrit dans les Moscovites de la vivacité , de la pénétration , du génie et de l'adresse k imiter ce qu'ils auraient vu : mais toute industrie était étouffée. Les^ paysans i nés esclaves, et opprimés par des seigneurs impitoyables , se contentaient qu'une agricul* ture grossière leur apportât prédsément de quoi vivre ; ils ae pouvaient ni n'osaient s'enrichir. Les seigneurs eux *^ mêmes n'osaient paraître riches ; et les arts sont enfans des richesaes et de la douceur du gouvernement. L'art militaire, malhenreaar« ment aussi indispensable que l'agriculture, n'était guère moi» négligé : aussi les Moscovites n'avaient«-ils étendu leur domina-» tion que du c6té du nord et de l'orient , oh ils avaient trouvé des peuples plus barbares ; et non du c6té de l'occident eittu midi y ok sont les Suédois , les i^okmaiset les Turcs. La politique des Cuirs avait éloigné de la guerre les seigneurs et les gentilshommes , qui en étaient venus à regarder comme une exemption honomble t^tte indigne oisiveté; et, li queiques-uw servaient, leur

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«ance Im atait £ûU oommandans , et leur tenait Ken d expérience. On a?ait mis dans ie§ troupe» plusieurs officiers Allemands , mats qui , la plupart , simples soldats dans leur pays , et officiers seulement parce qu'ils étaient en Moscovie , n'en savaient pas mienx lenr nouveau métier. Les armées russiennes » levées par force , composées d'une vile populace ^ mal disciplinées , oui oanmiandées , ne tenaient guère tcte k un ennemi amerri ; et il fallait que des circonstances heureuses et singulières lenr missent entre les mains une victoire qui leur était ssses indiffinrente. La principale force de l'empire consistait dans les Strélita 9 milice à peu près semblable aux Janissaires Turcs ^ et redontaMe , comme eux ^ k se» maîtres , dans le même temps qu'elle les faisait redouter des peuples. Un commerce faible et languissant était tout entier entre les mains des marchands étrange» y que l'ignorance et la paresse des gens du pays n'invitaient que trop à les tromper. La mer n'avait jamais vu de vaisseaux raoscoTÎtes » soit vaisseaux de guerre , soit marchands , et tout rasage du port d'Arkangel était pour les nations étrangères.

Le christianisme même qui impose quelque nécessité de savoir , dn moins au clergé , laissait le clergé dans des ténèbres saisi épaisses que le peuple ; tous savaient seulement qu'ils étaient de la religion grecque , et qu'il fallait haïr les Latins. Nul ecclésiastique n'était assex habile pour prêcher devant des •oditenrs » peu redoutables ; il n'y avait presque pas de livres dans les plus anciens et les plus riches monastères , même à condition de n'y être pas 1ns. Il régnait partout une extrême dépravation de meenrs et de sentimens y qui n'était pas seulement p comme ailleurs , cachée sous des dehors légers de bienséance » oa revêtue de quelque apparence d'esprit , et de qnelques agrénieas superficiels. Cependant ce même peuple était souveraineméat fier 9 plein de mépris pour tout ce qu'il ne connaissait poiat ; et c'est le comble de l'ignorance que d'être orgueilleuse. t«s Csars y avaient contribué 9 en ne permettant point que leurs sujets voyageassent : peut-être craignait-on qu'ils ne vinssent k •avrir les yeux sur leur malheureux état. La nation nmscovite ^ p^ connue que de ses plus proches voisins , faisait presq^ie une ^tioa k part , qui n'entrait point dans le système de l'Europe , qui n'avait que peu de liaison avec les autres puissances et peu de considération chea elles , et dont à peine était-on curieux d'apprendre de temps en temps quelques révolutions impor* tantes.

Tel était l'état de la Moscovie , lorsque le prince Pierre naquit ^ H juin 1672 du Czar Alexis Michaëlowits et de Natalie Kiri-- ^naa NarisLia sa seconde femme. Lq Csar étant mort en 1676 ^

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Fedor ou Théodore , son fils aînë, lui snccéda , et mounit en 1682 , après six ans de règne. Le prince Pierre , âgé seolemeot de dix ans , fut proclamé Czar en sa place , au préjudice de Jeas, quoique aîné , dont la santé était fort faible , et l'esprit imbécile. Les Strélitz , excités par la princesse Sophie , qui espérait plus d'autorité sur Jean , son frère de père et de mère , et incapable de tout , se révoltèrent en faveur de Jean ; et pour éteindre la guerre civile, il fut réglé que les deux frères régneraient ea-

seiublc.

Pierre déjà Czar, dans un âge si tendre , était trè»-mal«levé, non-seulement par le vice général de l'éducation moscovite , par celui de l'éducation ordinaire des princes , que la flatterie se hâte de corrompre dans le temps même destiné aux préceptes et à la vérité ; mais encore plus par les soins de l'ambitieuse Sophie , qui déjà le connaissait assez pour craindre qu'il ne fût un jout trop grand prince , et trop diii&cile à gouverner. Elle renvironna de tout ce qui était capable d'étouffer ses lumières naturelles , de lui gâter le cœur , de l'avilir par les plaisirs. Mais ni la bonne éducation ne fait les grands caractères , ni la mauvaise ne les détruit. Les héros en tout genre sortent tout formés des mains de la nature , et avec des qualités insurmontables. L'inclination da Czar Pierre pour les exercices militaires se déclara dès sa première jeunesse : il se plaisait à battre le tambour ; et , ce qui marque bien qu'il ne voulait pas s'amuser comme un enfant, par up vain bruit, mais apprendre une fonction de soldat, c'est qu'il cherchait à s'y rendre habile ; et il le devint effectivement au point d'en donrter quelquefois des leçons à des soldats qui n'y réussissaient pas si bien que lui.

Le Czar Fedor avait aimé la magnificence en habits et en équipages de chevaux. Pour lui , quoique blessé dès-lors de ce faste , qu'il jugeait inutile et onéreux , il vit cependant arec plaisir que les sujets , qui n'avaient été jusque»-Ià que trop éloignés de toute sorte de magnificence, en prenaie&t peu' à peu le goût.

Il conçut qu'il pouvait employer à de plus nobles nsages la force de son exemple. Il forma une compagnie de cinquante hommes , commandée par des officiers étrangers , et qui étaient habillés et faisaient leurs exercices à*> l'Allemande, il prit dans cette troupe le moindre de tous les grades, celui de tambour. Ce n'était pas une représentation frivole qui ne fît que fournir à lui et à sa cour une matière de divertissement et de plaisanterie. Il avait bien défendu à son capitaine de se souvenir qu'il était Czar : il servait avec toute l'exactitude et tonte la soumission que demandait son emplor j^ il ne vivait que de sa paje ^ et ne

couchait que dans une tente de tambour à la suite de sa compagnie. Il devint sergent , après Tavoir mérité au jugement des officiers , qu'il aurait punis d'un jugement trop favorable; et il ne fut jamais avancé que comme un soldat de fortune , dont ses camarades mêmes auraient approuvé l'élévation. Par là , il voulait apprendre aux nobles y que la naissance seule n'était point un .titre sufibant pour obtenir les dignités militaires ; et à tous sujets , que le mérite seul en était un. Les bas emplois par oii il passait y la vie dure qu'il y essuyait , lui donnaient un droit dVn eiîger autant , plus fort que celui même qu'il tenait de son autorité despotique.

A cette première compagnie de cinquante hommes , il en joignit de nouvelles , toujours conHnandées par des étrangers, toujours disciplinées k la manière d'Allemagne , et il forma enfin un corps considérable. Comme il avait alors la paix , il faisait combattre nne troupe contre une autre , ou représentait des sièges de places ; il donnait à ses soldats une expérience qui ne coûtait point encore de sang \ il essayait leur valeur et préludait à des Tictoires.

Les Stréiitz regardaient tout cela comme un amusement d'un jeune prince , et se divertissaient eux-mêmes des nouveaux spectacles qu'on leur donnait. Ce jeu cependant les intéressait plus qu'ils ne pensaient. Le Czar , qni les voyait trop puissans , et d'ailleurs uniquement attachés à la princesse Sophie , cachait dans le fond de son cœur un dessein formé de les abattre ; et il voulait s'assurer de troupes , et mieux instruites , et plus fidèles.

En même temps il suivait une autre vue aussi grande et encore pins dtfiicile. Une chaloupe hollandaise, qu'il avait trouvée sur un lac d'une de ses maisons de plaisance , ou elle demeurait abandonnée et inutile , l'avait frappé ; et ses pensées s'étaient élevées jusqu'à un projet de marine , quelque hardi qu'il dût paraître , et qu'il lui parût peut-être à lui-même.

Il fit d'abord construire à Moscou de petits bâtimens par des Hollandais , ensuite quatre frégates de quatre pièces de canon sur le lac de Pereslave. Déjà il leur avait appris à se battre les unes contre les autres. Deux campagnes de suite il partit d' Arrange! sur des vaisseaux Hollandais ou Anglais , pour s'instruire par lai-même oe toutes les opérations de mer.

Au commencement de i6g6 , le Czar Jean mourut , et Pierre, senl maître de l'empire , se vit en état d'exécuter ce qu'il n'eût pu avec une autorité partagée. L'ouverture de. son nouveau règne fut le siège d'Azof sur les Turcs. Il ne le prit qu'en 1697, après ayoir fait venir des Vénitiens pour construire sur le

34a ÉLOGE

Don âes galères , qui en fermassent l'emboackare , et empêchassent les Turcs de secourir la place.

Il connut par là mieux que jamais l'importance d^une nuriue ; mais il sentit aussi l'extrême incommodité de n'ayoir des vaisseaux que des étrangers , ou de n'en construire que par leurs mains. Il voulut s'en délivrer ; et comme ce qu'il méditait était trop nouveau pour être seulement mis en délibération , et que l'exécution de ses vues , confiée à tout autre que Ini , était plus qu'incertaine y on du moins très-lente , il prit entièrement sur lui une démarche hardie , bizarre en apparence ^ et qui , si elle manquait de succès , ne pouvait être justifiée qu'aaprès da petit nombre de ceux qui reconnaissent le grand partout ou il se trouve. En 1698 , n'ayant encore régné seul que près de deui ans , il envoya en Hollande nne ambassade, dont les cheCs étaient le Fort , Genevois , qu'il honorait d'une grande faveur , et le comte Golowin , grand chancelier ^ et il se mit dans leur suite incognito , pour aller apprendre la construction des vaisseaux.

Il entra à Amsterdam dans la maison de l'amirauté des Indes, et se fit inscrire dans le 'rôle des charpentiers sous le nom de Pierre Micbaëlof , et non de Pierre Michaëlowits , qu'il eût dû prendre par rapport à son grand^père ; car dans la langue rassienne cette différence de terminaison marque un homme da peuple ou îin Jiomme de condition , et il ne voulait pas qu'il restât aucune trace de sa suprême dignité. U l'avait entièremeat oubliée , ou plutôt il ne s'en était jamais ^ bien son veau » si elJe consiste plus dans des fonctions utiles aux peuples 9 que dans )a pompe et l'éclat qui l'accompagnent. Il travaillait dans le chantier avec plus d'assiduité et plus d'ardeur que ses compagnons, qui n'avaient pas des motifs comparables aux siens. Tout le monde connaissait le Czar, et on se le montrait les uns aux autres avec un respect que s'attirait moins ce qu'il était , que ce qn*il était venu fairç. Guillaume UI, roi d'Angleterre, qui se trouvait alors en Hollande , et qui se connaissait en mérite personnel, eut pour lui toute la considération réelle qui lui était due; l'i*cogmto ne retrancha que la fausse et l'apparente.

Avant ijue de partir de ses états , il avait envoyé les principaux seigneurs moscovites voyager en différens endroits de VEor rope , leur marquant à chacun , selon les dispositions qu'il leur connais$ait , ce qu'ils devaient particulièrement étudier; il avait songé aussi k prévenir par la dispersion des grands les périls de sou absence. Quelques-uns obéirent de mauvaise grAce , et il 7 en eut un qui demeura qnatre ans enfermé ches lui à Venise, pour en sortir avec la satisfaction de n'avoir rien vu ni rien appris. Maïs en général Texpédient du Cxar réussit; les seigneurs

DU CZAft PIERRE !•'. 343

f *iiistraûîrent daiu les pays étrangers , et l'Europe (ut pour eux un ipectacle tout nouveau , dont ils profitèreat.

Le Csar yojant eu Hollande que la construction des vaisseaux ne se faisait que par pratique et par une tradition d'ouTriers , et ajaot appris qu'elle se faisait en Angleterre sur des plans oii toutes les proportions étaient exactement marquées , jugea cette manière préférable , et passa en Angleterre. Le roi Guillaume Tj reçut encore ; et pour lui faire un présent selon son goût , et qui At un modèle de l'art qu'il venait étudier , il lui donna un yacht magnifique.

D'Angleterre , le Cxar repassa en Hollande , pour retourner dans it$ états par l'Allemagne , remportant avec lui la science de la construction des vaisseaux, acquise en moins de deux ans , parce qu'il l'avait acquise par luî-nméme, et achetée courageuse^ ment par une espèce d'abdication de la dignité royale , prix qui aurait paru exorbitant k tout autre souverain.

Il fut rappelé brusquement de Vienne par la nouvelle de la révolte de quarante mille Strélitz. Arrivé à Moscou à b fin de l'an 16^, il les cassa tous sans hésiter, plua sûr du respect qu'ils auraient pour sa hardiesse , que de celui qu'ils devaient à ses ordres.

Dès l'année 1700 , il eut remis sur pied trente mille hommaf d'iafanterie réglée, dont faisaient partie les troupes qu'il avait eu déjà la prévoyance de former et de s'attacher particulièrement.

Alors se déclara dans toute son étendue le vaste projet qu'il avait conçu. Tout était à faire en Moscovie , et rien à perfeotiooner. 11 «^agissait de créer une nation nouvelle ; et, ce qui tient encore de la création , il fallait agir seul , sans secours , sans iostrumens. L'aveugle politique de 9e$ prédécesseurs avait presque entièrement détaché la Moscovie du reste du monde : le com* merce jéteit ou ignoré , ou négligé au dernier point ^ et cependant toutes les richesses , et même celles de l'esprit , dépendent du commerce. Le Csar ouvrit ses grands états jusques^là fiermés* Après avoir envoyé ses principaux sujets chercher des connais^ sances et des lumières ches les étrangers 9 il attira chas lui tout ce qu'il put d'étrangers , capables d'en apporter k êe$ sujets , officiers de terre et de mer , matelots , ingénieurs , maUiémati* ciens , architectes , gens habiles dans la découverte des mines é% dans le travail des métaux , médecins , chirurgiens > artisans de toutes les espèces.

Toutes ces nouveautés cependant , aidées à décrier par le seul nom de nouveautés , faisaient beaucoup de méconiens ; et l'au^ torité despotique , alors si légitimement employée, n'était qvi*k peine assez puissante. Lq Czar avait aflaire à un peuple dur , in«

docile , devenu paresseux par le peu de fruit de ses travaut , accoutumé à des châtiment cruels et souvent injustes y détaché de l'amour de la vie par une affreuse misère', persuadé par une longue expérience qu'on ne pouvait travailler à son bonheur, insensible à ce bonheur inconnu. Les changemens les plus indifférens et lés plus légers , tels que celui des anciens habits , ou le retr^cheraent des longues barbes , trouvaient une opposition opiniâtre , et suffisaient quelquefois pour canser des séditions. Aussi , pour lier la nation à des nouveautés utiles , falfait-il porter la vigueur au-delà de celle qui eût suffi avec un peuple pins doux, et plus traitable ; et le Czar y était d'autant pins obligé, que les Moscovites ne connaissaient la grandeur et la supériorité que par le pouvoir de faire du mal , et qu'un maître indulgent et facile ne leur eût pas paru un grand prince , et k peine un maître.

£n 1700, le Czar, soutenu de l'alliance d'Auguste, roi de Pologne, entra en guerre avec Charles XII, roi de Suède, le plus redoutable rival de gloire qu'il pût jamais avoir. Charles était un Jeune prince , non pas seulement ennemi de toute molesse, mais amoureux des plus violentes fatigues et de la vie la plus dure , recherchant les périls par goût et par volupté, invinciblement opiniâtre dans les extrémités ou son courage le portait 'y enfin , c'était Alexandre , s'il eût eu des vices et plus de fortune. On prétend que le Czar et lui étaient encore fortifiés par l'erreur spéculative d'une prédestination absolue.

11 s*en fallait beaucoup que l'égalité qui pouvait être entre les deux souverains ennemis , ne se trouvât entre les deux nations. Des Moscovites qui n'avaient encore qu'une légère teinture de discipline , nulle ancienne habitude de valeur , nulle réputation qu'ils craignissent de perdre, et qui leur enflât le courage , allaient trouver des Suédois exactement disciplines depuis long-temps, accoutumés à combattre sous une longue suite de rois guerriers, leurs généraux animés par le seul souvenir de leur histoire. Aussi le Czar disait-il , en commençant cette guerre : Je sais bien que mes troupes seront kmg^temps battues ; mais cela même leur apprendra enfin à ifoinere» Il s'arraait d'une patience plus héroïque que la valeur même » et sacrifiait ^intérêt de sa gloire k celui qu'avaient ses peuples de s'aguerrir.

Cependant , après que les mauvais succès des premiers commencemens eurent été essuyés, il remporta quelques avantages assez considérables , et la fortune varia ; ce qui honorait déjà assez ses armes. On put espérer de se mesurer bientôt avec les Suédois sans inégalité , tant les Moscovites se formaient rapidement. Au bout de quatre ans le Czar avait déjà fait d'asses

grands progrès dans la Lîvonie tt dans l'Ingrie , proTÎnees dépendantes de la Snëde , pour être en état de songer k bâtir une place dont le port , situé sur la mer Baltique , pàt contenir une flotte ; et il commença en effet le fameux Pétersbourg en 1704* Jamais tous les efforts des Suédois n'ont pu l'en chasser | et il a rendu Pétetsbourg une des meilleures forteresses de r£urope.

Selon la loi qu'il s'était prescrite à lui»-méme , de n'avancer dans les dignités de la guerre qu'autant qu'il le méritait , il devai) être avancé. A Grodno , en Lithuanie , oii se trouvaient le roi de Pologne et les principaux seigneurs de ce rojaume , il pria ce prince de prendre le commandement de son armée. Quelques joors après il lui fit proposer en public, par le général moscovite Ôgilvi , de remplir deux places de colonel va-* cantes. Le roi Auguste répondit qu'il ne connaissait pas encore assez les oiEciers moscovites , et lui dit de lui en nommer quelques-uns des plus dignes de ces emplois. Ogilvi lui nomma le prince Alexandre Menzicou , et le lieutenant-colonel Pierre Alexiowits , c'est-à-dire le Czar. Le roi dit qu'il connaissait le mérite de Menzicou , et qu'il lui ferait incessamment expédier le brevet ; nlnis que pour l'autre il ^n'était pas assez informé de ses services. On sollicita pendant cinq on six jours pour Pierre Alexiowits , et enfin le roi le fit colonel. Si c'était là une espèce de comédie , du moins elle était instructive , et méritait d'être jouée devant tous les rois.

Apres de grands désavantages qu'il eut contre les Suédois depuis 1704, enfin il remporta sur eux , en 1709, devant Pnltava , une victoire complète; il s'y montra aussi grand capi* taine que brave soldat, et il fit sentir à ses ennemis combien ses troupes s'étaient instruites avec eux. Une grande partie de Tannée suédoise fut prisonnière âê guerre ; et on vit un héros , tel que le roi de Suède , fugitif sur les terres de Turquie , et ensuite presque captif à Bender.' Le Czar se crut digne alors de monter au grade de lieutenant-général.

Il faisait manger à sa table les généraux suédois prisonniers; et un jour qu'il but à la santé de ses maîtres dans l'art de la guerre , le comte de Rhinschild , l'un des plus illustres d'entre ces prisonniers , lui demanda qui étaient ceux à qui il donnait un si beau titre : F'ous , dit-il , messieurs les généraux. Foire majesté est donc bien ingrate^ répliqua le comte, d'avoir si maltraité ses maîtres. Le Czar , pour réparer en quelque façon cette glorieuse ingratitude , fit rendre aussitôt une épée à chacun d'eux. Il les traita toujours comme aurait fait leur roi , qu'ils auraient rendu victorieux.

II ne pouvait manquer de profiter du malheur et de TAoîgnement du roi de Suède. Il acheva de conquérir la Livonie et ringrîe , et y joig[nit la Finlande , et une partie de la Poméranie suédoise. Il fut plus en état que jamais de donner ses soins à son Pétersbourg naissant. Il ordonna aux seigneurs d'y venir bâtir y et le peupla , tant des anciens artisans de Moscovie , que de ceux qu'il rassemblait de toutes parts.

Il fit construire des galères inconnues jusques*là dans ces mers , pour aller sur les cotes de Suède et de Finlande » pleines de rochers , et inaccessibles aux bâtimeos de haut bord. Il acheta des vaisseaui d'Angleterre , et fit travailler sans relâche a en bâtir encore. Il parvint enfin à ea bâtir un de quatre-vingtdix pièces de canon , ou il eut le sensible plaisir de n'avoir travaillé qu'avec des ouvriers moscovites. Ce grand navire fut lancé a la mer en 1718, au milieu des acclamations de tout un peuple , et avec une pompe digne du principal charpentier.

La défaite des Suédois à Pultava lui produisit f par rapport k l'établissement des arts y un avantage que certainement il n'attendait pas lui-même. Près de trois mille officiers suédois furent dispersés dans tous ses états, et principalement en Sil^érie, vaste pays qni s'étend jusqu'aux confins de la Chine , et destiné à U punition des Moscovites exilés. Ces prisonniers , qui manquaient de subsistance , et voyaient leur retour éloigné et incertain , se mirent presque tous à exercer les différensmétiers dont ils pouvaient avoir quelque connaissance , et la nécessité les y rendit promptement assez habiles. Il y eut parmi eux , jusqu'à des maîtres de langues et de mathématiques. Us devinrent une espèce de colonie qui civilisa le$ anciens habitans; et tel art qui, quoiqu'établi à Moscou ou à Pétersbourg , eût pu être long-temps à pénétrer en Sibérie , s'y trouva porté tout d'un coup.

L'histoire doit avouer las fautes des grands hommes; Us en ont eux-mêmes donné l'exemple. I^es Turcs ayant rompu la trêve qu'ils avaient avec le Czar, il se laissa enfermer en 1712 par leur année sur les bords de la rivière de Pruth , dans on poste oti il était perdu sans ressource. Au milieu de la consternation générale de son armée , la Csarine Catherine « qui avait voulu le suivre , osa seule imaginer un expédient ; elle envoya négocier avec le grand visir , en lui laissant entrevoir une grosse somme d'argent. U se laissa tester, et la prudence du Cxar acheva le reste. En mémoire de cet événement, il voulut que la Caarine instituât l'ordre de Sainte-Catherine , dont elle serait chef, et ou il n'entrerait que des femmes. U éprouva toute la douceur que l'on goûte , noa-seulemeAt à devoir beaucoup à ce

qu'on aime , nuÎB encore à en faire un aveu éclatant , et qni lui •oit glorieux.

Le roi de Suède étant sorti enfin des états du Turc en 1713, après les actions qu'il fit à Bénder , et qu'un romain n'aurait osé feindre , le Czar se trouva ce formidable ennemi en tête; mais îl était fortifié de l'alliance du roi de Danemarck. Il porta la gnerre dans le duché de Holstein , allié de la Suède; et en même temps il 7 porta ses observations continuelles et ies études politiques. Il faisait prendre par des ingénieurs le plan de chaque TÎUe , et les dessins des dîÂerens moulins et des machines qu'il n'ayait pas encore; if s'informait de toutes les particularités du labourage et des métiers y et partout il engageait d'habiles artisans qu'il envoyait chez lui. A Gottorp , dont le roi de Danemarck était alors maître, il vit un grand globe céleste en dedans et terrestre en dehors , fait sur nu dessin de Tycho-Brahé. Douze personnes peuvent s'asseoir dedans autour d'une table , et 7 fiiire des observations célestes , en faisant tourner cet énorme fiche. La curiosité du Czar en fut frappée; il le demanda au roi de Danemarck , et fit venir exprès de Pétersboarg une frégate qui Y y porta. Des astronomes le placèrent dans une grande maison bitie pour cet usage.

La Moacovie vit en 17 14 un spectacle tout nouveau , «t que le Czar était peut-être surpris de lui donner sitôt, un triomphe pour une victoire navale remportée sur les Suédois à Gango vers les cotes de Finlande. La flotte moscovite entra dans le port de Pétersbourg , avec les vaisseaux ennemis qu'elle amenait , et le contres-amiral suédois Ockrenskield , prisonnier , chargé de sept blessures. Les troupes débarquées passèrent avec pompe sous un arc de triomphe qu'on avait élevé ; et le Czar , qui avait combattu en personne , et qni était le vrai triomphateur , moins par sa qualité de souverain , que par celle de premier instituteur de la marine , ne parut dans cette marche qu'à son rang de contreamiral , dont il avait alors le titre. Il alla h la citadelle , oii le vice-czar Romanodofskt , assis sur un trône au milieu d'un grand nombre de sénateurs , le fit appeler , reçut de sa main une relation du combat ; et après l'avoir assez long-temps interrogé , réleva par l'avis du conseil à la dignité de vice-amiral. Ce prince n'avait pas besoin de l'esclave des triomphateurs Romains ; il savait assez lui seul prescrire de la modestie à son triomphe.

Il y joignit encore beaucoup de douceur et de générosité , en traitant le contre-amiral suédois Ockrenskield comme il avait, fait auparavant le général Rhinschild. Il n'j a que la vraie valeur qui aime à se retroum* dans un ennemi , et qui s'7 respecte.

Nous supprimerons désormais presque tout ce qui appartient k la guerre. Tous les obstacles sont surmontés , et d'assez beaux commencemens établis.

Le Czar en 17 16 alla avec la Czarine voir le roi de Danemarck à Copenhague , et y passa trois mois. Là , il visita tous les collèges , toutes les académies , et vit tous les sa vans. Il lui était in* différent de les faire venir chez lui , ou d'aller chez eux. Tous les jours il allait dans une chaloupe avec deux ingénieurs côtoyer les deux royaumes de Danemarck et de Suède , pour mesurer toutes les sinuosités, sonder tous les fonds , et porter ensuite le tout sur des cartes si exactes , que le moindre banc de sable ne leur a pas échappé. Il fallait qu'il fàt bien respecté de ses alliés, pour n'être pas traversé par eux-mêmes dans ce grand soin <le s'instruire si particulièrement.

Ils Ini donnèrent encore une marque de considération plus éclatante. L'Angleterre était son alliée aussi-bien que le Danemarck } et ces deux puissances ayant joint leurs flottes à la «ienne y lui déférèrent le commandement en chef. Les nations les plus expérimentées sur la mer voulaient bien déjà obéir au pre* mier de tous les Russes qui eut connu la mer.

De Danemarck il alla à Hambourg , de Hambourg à Hanovre et k Yolfembutel , toujours observant , et de là en Hollande , oii il laissa la Czarine , et vint en France en 17 17. Il n'avait plus rien d'essentiel à apprendre ni à transporter chez lui : mais il lui restait à voir la France , un pays oii les connaissances ont été portées aussi loin , et les agrémens de la société plus loin que partout ailleurs ; seulement est-il à craindre que Ton n'y prenne à la fin un bizarre mépris du bon devenu trop familier.

Le Czar fut fort touché de la personne du roi encore enfant. On le vit qui traversait avec lui les appartemens du Louvre , le conduisant par la main , et le prenant presque entre ses bras pour le garantir de la foule , aussi occupé de ce soin et d'une manière aussi tendre que son propre gouverneur.

Le 19 juin 171 7 , il At l'honneur à l'académie des sciences d'y venir. Elle se para de ce qu'elle avait de plus nouveau et de plus curieux en fait d'expériences ou de machines. Oès qu'il fut retourné dans ses états , il fît écrire à M. l'abbé Bignon par Areskins , Ecossais , son premier médecin , qu'il voulait bien être membre de cette compagnie ^ et quand elle lui en eut rendu grïce avec tout le respect et toute la reconnaissance qu'elle devait , il lui en écrivit lui-même une lettre , qu'on n'ose appeler une lettre de remercîment , quoiqu'elle vînt d'un souverain qui s'était accoutumé depuis long-temps à être homme. Tout cela est imprimé dans l'histoire de 1720 ; et tout glorieux qu'il est à l'aca-

demie f noas ne le répéterons pas. On était ici fort régalier k lui envoyer chaque année le volume qui lui était dû en qualité d'académicien , et il le recevait avec plaisir de la part de set confrères. Les sciences en faveur desquelles il s'abaissait au rang de simple particulier y doivent l'élever en récompense au rang des Auguste et des Charlemagne , qui leur ont aussi accordé leur familiarité.

Pour porter la puissance d'un état aussi loin qu'elle puisse aller , il faudrait que le maître étudiât son pays presque en géographe et en physicien , qu'il en connût parfaitement tous les avantages naturels , et qu'il eût l'art de les faire valoir. Le Czar travailla sans relâche à acquérir cette connaissance et à pratiquer cet art. II ne s'en fiait point à des ministres peu accoutumés à rechercher si soigneusement le bien public : il n'en croyait que ses yeux ; et des voyages de trois ou quatre cents lieues ne lui coûtaient rien, pour s'instruire par lui-même. 11 les faisait, accompagné seulement de trois ou quatre personnes , et avec cette intrépidité qui sui&t seule pour éloigner les périls. Aussi le Czar possédait-il si exactement la carte de son vaste empire , qu'il conçut , sans crainte de se tromper , les grands projets qu'il pouvait fonder , tant sur la situation en général , que sur les détails particuliers des pays.

Comme tous les méridiens se rassemblent sous le pôle en un seul point , les Français et les Chinois , par exemple , se trouveraient voisins du côté du septentrion , si leurs royaumes s'étendaient beaucoup davantage de ce côté-là. Ainsi la situation fort septentrionale de l'empire moscovite , jointe à sa grande étendue, ^it que par ses parties méridionales il touche aux parties septentrionales de grauds états fort éloignés les uns des autres vers le midi, n est le voisin d'une grande partie de l'Europe et de toute l'Asie : il a d'ailleurs de grandes rivières qui tombent en différent^ftpers ; la Duvine dans la mer blanche , partie de l'Océan ; le Don dans la mer noire , partie de la Méditerranée ; le Volga dans la mer Caspienne. Le Czar comprit que ces rivières , jusques-là presque inutiles , réuniraient chez lui tout ce qu'il y a de plus séparé , s'il les faisait conmiuniquer entre elles , soit par de moindres rivières qui s'y jettent, soit par des canaux qu'il tire* rait. Il entreprit ces grands travaux , fît faire tous les nivellemens nécessaires , choisit lui-même les lieux oii les canaux devaient être creusés , et régla le nombre des écluses.

La jonction de la rivière de Yolkoua , qui passeà Pétersbourg, avec le Volga , est présentement finie ^ et l'on fait par eau à travers toute la Russie un chemin de plus de huit cents lieues, depuis Pétersbourg , jusqu'à la mer Caspienne , ou en Perse. Le

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Csar envoya à Tacadémie le plan de cette grande comamnîcatioDt oii il avait tant de part comme ingénieur ; il tenible qu'il voulût faire ses preuves d'académicien.

Il y a encore un autre canal fini qpt joint le Don avec le Volga. Mais les Turcs ayant repris la ville d'Asof , située à l'embouchure du Don , la grande utilité de ce canal attend une non* velle conquête. •

Vers l'orient la domination du Csar s'étend dans un espace de plus de quinze cents lieues jusqu'aux frontières de la Chine et ta voisinage des mers du Japon. Les caravanes moscovites qui allaient trafiquer à la Chine , mettaient une année entière k leur voyage. C'était là une ample matière à exercer uii génie tel que le sien ; car ce long chemin pouvait être et abrégé et facilité , soit par des communications de rivières , soit par d'autres travaux , soit par des traités avec des princes Tartares qui auraient donné passage dans leurs pays. Le voyage pouvait n'être que de quatre mois. Selon son dessein, tout devait aboutir à Pétersbourg, qui par sa situation serait un entrepôt du monde. Cette ville , à qui il avait donné la naissance et son nom , était pour lui ce qu*élait Alexandrie pour Alexandre son fondateur : et comme Alexandrie se trouva si heureusement située , qu'elle changea la face du commerce d'alors , et en devint la capitale à la place de Tyr; de même Pétersbourg changerait les routes d'aujourd'hui , et deviendrait le centre d'un des plus grands commerces de Tunivers.

Le Csar porta encore ses vues plus loin. Il voulut savoir qudle était sa situation à l'égard de l'Aménque ; si elle tient à la Tartarie , ou si la mer du septentrion donnait un passage dans ce grand continent , ce qui lui aurait encore ouvert le nouveau mondée De deux vaisseaux qui partirent d'Arkangel ponr cette découverte jusqu'à présent impossible y l'un fut arrêté ^ar les glaces ; on n'a pas eu de nouvelles de l'autre , qui apparemment a péri. Au commencement de cette année , il a encorrronné ordre à un habile capitaine de marine d'en constrmVe deux autres pour le même dessein. II fallait que dans de pareilles entreprises l'opiniâtreté de son voyage se communiquât à ceux qu'il employait.

La révolution arrivée en Perse par la révolte de Mahmoud f attira de ce côté-là les armes du Cear et du grand-seigneur. Le Czar s'empara de la ville de Derbent sur la côte occidentale de la mer Caspienne , et de tout ce qui lui convenait par rapport au projet d'étendre le commerce de Moscovie i il fit lever le plan de cette mer } et , grâce à ce conquérant académicien , on en connut enfin la véritable figure , fort différente de celle qu'on lui dont*

DU GZAR PIERRE î". 35t

naît CMBmm^eiit. L'académie ncnt aussi du Ci ar une carte de sa nooyelle mer Caspienne.

La Moscovîe arait beaucoup de mines , maïs ou inconnues y ou négligées par l'ancienne paresse et le découragement génëral de la nation. Il n'était pas possible qu'elles échappassent à la vive attention que le souverain portait sur tout. Il fit venir d'Aile^ magne des gens habiles dans la science des métaux , et mit en valeur tous ces trésors enfouis ; il lui vint de la poudre d'or des bords de la mer Caspienne et du fond de la Sibérie. On dit qu'une livre de cette dernière poudre rendait quatorze onces d'or pur. Du moins le fer beaucoup plus nécessaire que l'or , devint commun en Moscovie , et avec lui tous les arts qui le préparent on qui l'emploient.

On ne peut que parcourir les difTérens établissemens que lui doit la Moscovie , et seulement les principaux.

Une infanterie de cent mille honmies , aussi belle et aussi aguerrie qu'il y en ait en Europe , dont uneasses grande partie des officiers sont déjà Moscovites. On convient que la cavalerie n*est pss si bonne , faute de bons chevaux.

ITne marine de quarante vaisseaux de ligne et de deux cents galères.

Des fortifications , selon les dernières règles ^ à toutes les places qui en méritent.

Une excellente police dans les grandes villes , qui auparavant étaient aussi dangereuses pendant la nuit , que les bois les plus écartés.

Une académie de marine et de navigation , ou toutes les fa«milles nobles sont obligées d'envoyer quelques-uns de leurs enfans.

Des collèges à Moscou , à Pétersbourg et à Kiof , pour les langues , les belles-lettres et les mathématiques ; de petites écoles dans les-^ villages , oii les enfans des paysans apprennent a lire et k écrire.

Un collège de médecine et une belle apotfaicairerie publique à Moscou 9 qui fournit de remèdes lés grandes villes et les armées. Jusques-là il n'y avait eu dans tout l'empire aucun médecin que pour le Cear, nul apothicaire.

Des leçons publiques d'anatomie , dont le nom n'était seulement pas connu ; et ce qu'on peut compter pour une excellente leçon toujours subsistante , le cabinet du fameux Ruisch , acheté par le Ctar , oif sont rassemblées tant de dissections si fines , $i instructives et si rares.

On observatoire , oh des astronomes ne s'occupent pas seulement à étudier le ciel , mais oii l'on renferme toutes les curiosi-

35î ELOGE

tés d'histoire naturelle , qui apparemment donaérDiit naisHnce k un long et ingénieux travail de recherches physiques.

Un jardin des plantes , ok des botanistes qu'il a appelés rassembleront avec notre Europe connue tout le nord inconnu de l'Europe , celui de l'Asie , la Perse et la Chine.

Des imprimeries , dont il a changé les anciens caractères trop barbares et presque indéchil&ables , à cause des fréquentes abréviations. D'ailleurs , des livres si difficiles à lire étaient plus rares qu'aucune marchandise étrangère.

Des interprètes pour toutes les langues des états de l'Europe , et de plus pour la latine , pour la grecque , pour la tnrque , pour la calmouque , pour la mongule et pour la chinoise ; marque de la grande étendue de cet empire , et peut-être présage d'une plus grande.

Une bibliothèque royale, formée de trois grandes bibliothèques qu'il avait achetées en Angleterre , en Uolstein et en Allemagne. Après avoir donné à son ouvrage des fondemens solides et nécessaires , il y ajouta ce qui n'est que de parure et d'ornement. Il changea l'ancienne architecture grossière et difforme au dernier point , ou plutôt il fit naître chez lui l'architecture. On vit s'élever un grand nombre de maisons régulières et commodes , quelques palais , des bÂtimens publics , et surtout une amirauté, qu'il n'a faite aussi superbe et aussi magniâque , que parce que ce n'est pas un édifice destiné à une simple ostentation de magnificence. Il a fait venir d'Italie et de France beaucoup de tableaux , qui apprennent ce que c'est que la peinture à des gens -qui ne la connaissaient que par de très-mauvaises représentations de leurs saints. Il envoyait à Gènes et à Livoume des vaisseaux chargés de marchandises , qui lui rapportaient du marbre et des statues. Le pape Clément XI , touché de son goût , lui donna une antique qu'il fit venir par terre à Pétersbourg , de peur de la risquer sur mer. Il a même fait un cabinet de médailles , curiosité qui n'est pas ancienne dans ce pays-ci. Il aura eu l'avantage de prendre tout dans l'état ou l'ont mis jusqu'à présent les nations les plus savantes et les plus polies , et elles Ini auront épargné cette suite si lente de progrès qu'elles ont eue à essuyer } bientôt elles verront la nation russienne arriver à leur niveau, et y arriver d'autant plus glorieusement , qu'elle sera partie de plus loin.

Les vues du Czar embrassaient si généralement tout , qu'il lui passa par l'esprit de faire voyager dans quelques villes principales d'Allemagne les jeunes demoiselles moscovites, afin qu'elles prissent une politesse et des manières dont la privation les défigurait entièrement. Il avait vu ailleurs combien l'art des agré-

DU CZAH PIERRE ^^ 353

ment aide la natare à faire des personnes aimable , et combien même il en fait sans elle. Mais les inconyéniens de ces voyages se présentèrent bien vite ; il fallut y renoncer , et attendre que les hommes devenus polis fassent en état de polir les femmes : elles surpasseront bientôt leurs maîtres.

Le changement général comprit aussi la religion ^ qui à peine méritait le nom de religion chrétienne. Les Moscovites obsenvaient plusieurs carêmes , comme tous les Grecs ; et ces jeûnes > pourvu qu'ils fussent très-rigoureusement gardés , leur tenaient lieu de tout. Le culte des saints avait dégénéré en une supersti"^ tion honteuse ; chacun avait le sien dans sa maison pour en avoir la protection particulière , et on prétait à son ami le saint domestique dont on s'était bien trouvé : les miracles ne dépen-» daient que de la volonté et de l'avarice des prêtres. Les pasteurt qui ne savaient rien , n'enseignaient rien à leurs peuples ; et la corruption des mœurs , qui peut se maintenir jusqu'à un cer^ tain point malgré l'instruction , était infiniment favorisée et accrue par l'ignorance. Le Czar osa entreprendre la réforme de tant d'abua , sa politique même y était intéressée. Les jeûnes , par exemple y si Âréquens et si rigoureux , incommodaient trop les troupes , et les rendaient souvent incapables d'agir. Ses pré^ décesseurs s'<étaient soustraits à l'obéissance du patriarche de Constantinople , et s'en étaient fait un particulier. Il abolit cette dignité , quoiqu'asses dépendante de lui ; et par là se trouva plus noaikre de son église. Il fit divers réglemens ecclésiastiques sages at utiles , et , ce qui n'arrive pas toujours , tint la main à Texécation. On prêche aujourd'hui en moscovite dans Péters» bourg : ce nouveau prodige suppléera ici pour les autres. Le Gtar osa encore plus ; il retrancha aux églises ou aux monastères trop riches l'excès de leurs biens, et l'appliqua à son domaine. On n'en saurait louer que sa politique , et non pas son zèle de religion., quoique la religion bien épurée pût se consoler de ce retranchement. Il a aussi établi une pleine liberté de conscience dans ses états , article dont le pour et le contre peut être soutenu en général , et par la politique , et par la religion.

Il n'avait que cinquante^eux ans lorsqu'il mourut , le 28 janvier 172S , d'une rétention d^urine , causée par un abcès daus le col de la vessie. Il soufiPrit d'extrêmes douleurs pendant douze jours , et ne se mit au lit que dans les trois derniers. Il quitta la vie avec tout le courage d'un héros et toute la piété d'un chrétien. Comme il avait déclaré par édit, trois ans auparavant, qu'il était maître de disposer de sa succession , il la laissa à la Csarine , sa veuve , qui fut reconnue par tous les ordres de l'état , souveraine impératrice de Russie. Il avait toujours en I. a3

pour, elle mie vWe pasaioa , <|u'elle «voit justifiée par uo mérite rare ^ par une intelligetice capable d'entrer dans toutes »n vues, et de les seconder; par une intrëpidite presque égale à U sienne ; par une inclination bienfaisante » qui ne demandait qu'à connaître des malheureux pour les souljiger.

La domination de Timpératrice Catherine est eocaore aflennie par la profonde vénération que tous las sujets du Csar avaient conçue pour lui. Ils ont honoré sa mort de larmes sincères; toute sa gloire leur avait été utile. Si Auguste se vantait d'avoir trouvé Rome de brique et de la laisser de marbre , on voit assex combien , à cet égard , l'empereur romain est inférieur à celsi de la Russie. On vient de lui frapper des médailles où, il est appelé Pierre-le-Grand ; et sans doute le nom de grand lui sera confirmé par le consentement, des étrangers » nécesseirt pour ratifier ces titres d'honneur donnés par des sujets à leur

maître.

Son caractère est assea connu par tout' ce qni a été ditj oo ne peut plus qu'y ajouter quelques particnkiités des plus remarquables. H jugeait indigne de lui toute, la ppmpe et tout le faste qui n'eût fait qu'environner sa penoUne, et il laissait au prince Menfcicou représenter par la magnificence dn faveri la grandeur du maître. U l'avait chargé des dehora brillios . pour ne se réserver que les fonctions laborieuses. Il les poussait à tel point , qu'il allait lni»méme aux incendies qw sont en Moscovie très-K:ommnns , et font beaucoup de ravage, parce que les maisons j sont ordinairement de bois. U avait eréé èt> officiers obligés à porter du secours ; il avait pris luie de et*» charges } et pour donner l'exemple , il montait an haut des m^ir sons en feu ^ quel que fàt le péril ; et ce que nous adoiirerieB» ici dans un officier subalterne^ était pratiqué par l'emperpur. Ansst les incendies sont-^ils aujourd'hui beaucoup plue proivpl^ment éteints. Nous devons toujours nous souvenir de ne f» prendre pour régies de nos jogemens des moeurs attsi délicates, pour aiiui dire , et aussi adoucies que les n&tres^ elles eonésis* neraient trop vite des moeurs plus fortes et pl« vigoureuses, il n'était paS exempt d'une certaine doreté naturelle à tonte sa nation , et à laquelle l'autorité absolue ne remédiait pas. W s'était corrigé des excès du vin , tr^»-ordi&aires en Moscovie. et dont les suites peuvent être terribles dans celui à qui on m résiste jamais. La Clarine savait l'adoucir , s'opposer 4 prop»» aux emportemens de sa colère, ou fléchir sa sévérité; et il jouissait de ce rare bonheur , que le dangereux pouvoir de Famoor sur lui , ce pouvoir qui a déshonoré tant de grands hommes, n'était employé qu'à le rendre plus grand. 11 a publié avec

toatet les fSkott ori||inaIes U malhettreose histoire in prince Alcsii f MU û\b ) et la conteace «vec ia«|tt6He il a fait rnaiveft juge de «a eovKliiile , prouye «tsaeE qu'il mg se reprochait rien. Les tmîf8> tfdataas de démence' à ré(tard de personnes 'moins chères et moins importantes i font rotr aussi que sa sévérité pour ton ftts dvt être nécessaire, il skvait parfaitement honorer le mérite; oe qui était Tunique ni^eii d'en faire naitre dans les états 9 et de^l'y-mmltiplier. il no se. contentait pas d'accorder des hienfaits, de donner des pensioas, faveurs iodbpensables et absolument dues selpli les desseins qu'il avait forum ; il map* quait par d'autres voiea une considération plus flatteuse pour les personnes, et quelquefois il la marquait même encore après la mort. II fit faire des funérailles magnifiques à Aroskius y son premier médecin 9 et j assista portante une torche allumée à la main. Il a fait le même honneur à deux anglais^ l'un contreamiral de sa flotte , l'autre interprète des langues^

Nous avons dit en 1 716s poff' ^M t qu'ayant consulté sur ses grands desseins ^illustre Leibmt», illui avait donné un titra d'honneur et une .pension considérable qui allaient chercher dans son cabinet on savant étran^sr , è qui l'honneur d'avoir été consulté eAt suffi. Le Cssr a cotfipasé kii^méme des traitée de marine, et Vik ai^ai iiliia de «on noas^la liste -peu nom-* brense des souverains qui ont écfit. Il se divertissait à travailler a« tvur; il a euffo^^é de ses ouvrages à l'empereur de la Ghitte , et il a «u la Ixmté d'en donner un k, d'Onsembraj , dont il fngea le oabhiet digne d'un si grand ornement. Dansles divertiiecaiens qu'il pconait avec sa cour , tels que quelque» relations nous les tmt exposés, cm peut trouver des restes de l'aniîienne Moscovie ; mais il lui suffisait de se relâcher l'esprit , et il n'avait pas le temps de aiettra bekncoupde soins à raffiner sur les plaisinr. Cet art vi«Dt assaa tAt de Inkméne après lesautres.

Sa vie ayant ^té assea courte , ses projets , qui avaient besoin d'une longue suite d'eaécution fenne et soutenue , auraient péri presque en naissant; et tout serait retombé par son propre poida dans l'ancien chaos , ai l'impératrice Catherine n'avait succédé à la couronne* Pleinement instruite de toutes les vues de Pierr^e- Grand , elle en a pris le fil , et le suit; c'est toujours lui qui égit par elle. Il lui avait particulièrement recommandé , en mouraut, de protéger les étrangers ,' et^e les attirer. Delisle, astronome de cette académie , vient de partir pour Pétersbourg, engagé par les grâces de l'impératrice. Nicolas et Daniel Bemoulli, fils dé Jeun , dont le nom sera immortel dans les mathématiques , l'ont deTAucé de quelques mois; et ils ont été devancés aussi par le

3S6 tLOGE

célehi^ Herman , dont nous avons de si beaux opirrages. Queilt colonie pour Pëtersbourg ! La sublime géoinélrie des infininiQit petits va pénétrer avec ces grandi géomètres dans un pays où les éiémens d'Ëuclide étaient absolument inconnus -il 7 a vi^gt<-ciiu| ans. Nous ne parlerons point des autres sujets de l'académie àe Pétersbourg ; ils se feront assea c<mnailre , excitas et fayorifté» comme ils le seront par l'autorité souveraine. Le Danemarck a eu une reine qu'on a nommée la Sémiramis du nord } il faudra que la Moscovie trouve quelque nom aussi glorieux pour mo impératrice.

DE Iittre:

XXLExis LiTTRB naquit le 21 juillet i653 à Cordes en Albigeois. Son père , marchand de cette peliêe viUe , eut doaze enfans , qui vécurient tous ; et il ne fut soulagé d'ascon d'eus par l'église.

Rien ne donne une meillenre éducation qu'une petite fortune, pourvu qu'elle soit aidée de quelque talent, i^ force de l'iaclination , le besoin de parvenir , le pea4eji||oufi||Biême , aigniseot le désir et l'industrie , et mettent en ouvre tout ce qui est en nous. Littre joignit à ces avantages un naractère très^rieax , trè»-appliqué , et qui n'avait rien de jeune que le pouvoir de soutenir beaucoup de travail. Sans tout (tela , àl n'eût pas subsisté dans ses études, qu'il fit k Villefirancfae en Rouer|^ne,ches les pères de la doctrine. Une gnMide économie n'eût .pas suffi; il fallut qu'il répétât à d'autres écoliers plus riches et plus paresseux , ce qu'on venait presque dans l'instant de leur enseigner à tous , et il en tinait la double utilité de vivre plus commod^ent, et de savoir mieux. La promenade eût été une débauche poar lui. Dans les temps ou il était libre , il suivait un jnédecin chex ses malades , et au retour il s'enfermait pour écrire les raisonnemens qu'il avait entendus.

Ses études de Villefranche finies , il se trouva un petit fonds pour aller à Montpellier , oU l'attirait la grande réputation des écoles de médecine; et il fit %i bien , qu'il fut encore en état de venir de là à Paris, il y a plus de quarante-deux ans.

Sa plus forte inclination était pour l'anatomie : mais de toute»

•les inclinations qui ont une science pour objet , c'est la plus

* difficile à satisfaire. Les sortes de livres qui seuls enseignent

sûrement l'anatomie , ceux qu'il faut le plus étudier, sont rares,

et on ne les* a pas sous sa main en un si grand nombre | ni dans

DE LITTRÊ. SSy

les Umps qtt'on iNnidrait. Vn certain fl«rttment , confus à la vérité , mais tfès-finrt , et si geBéral ^a'il peut passer pour naturel , fait respecter lea cadavres humains ^ et la France n'est paa à cet égard avtant an-dessus de la su]Yer8tition chinoise que ka anatomistes le désireraient. Chaque famille yeut que son mort n'ait plus qu'à ]0iftir de ses obsèques , et ne souffre point qn'îl toit sacrifié à l'instruction publique ; seideMaent permettrat-elle en quelques occasions qu'il le soit à son intérêt particulier. La police restreint extrêmema»t la pemussâon de disséquer des morts; et ceux «.qui elle l'accorde po«r l'utilité commune , en sont i>earucoup plus jaloux que cette utilité 0e demanderait. Quand on n'est pas de leur nombre , on ne fait guère de grands progrès en anatomie qui ne soient en quelque sorte illégitimes : on est rédnt à frauder les loia , et à ne s'instruire que par artifice ^ par surprise , à force de larcins toujours un peu dangereux, et qui ne sont îamais assez fréquens. Littre étant à Paris éprouva les ineowéniens.da son .amour pour l'anatomie. Il est vrai qu'il eut nn temps- assea tnanquiHe, grâce k la liaison qu'il fit avec nu chirurgien de la salpétriève , qui avait tous les cadavres de l'h^ital 4 sa disposition. Il s'enferma avec lui pendant l'hiver de i6d49 qni heunnscinent fut foct long et Ibrt froid, et ils disaéqnërent ensemble plus de devx cents cadavres. Mais le saroir qu'il acquît par là , le grand nombre d'étudians qui coururent k lui 9 exciteront -des envienx qui le traversèrent. Il se féfogia dans le temple , oîi de plus grands criminels se mettent qoelqueiSats à l'abri des privilèges du lieu. Il* crut y pouvoir travailler en sûreté av^ec la pimnission du grand-prieur de Ven^ domes^mais un oAcier subalterne, avec qui il n'avait pas songé à prendre les mesnres nécossairev, permit qn'on lui enlevât le tiëaor qu'il tenait eaAé dan» cet. asile, uneadavre qui l'oconpait alors.-Ât enlèveiMit se fil avec une pompe insultante : on triomphait d^avoir arffbé les progrès d'un jeune homme qui n'avait pas droit de devenir «i habile.

n essuya encore , en vertu d'une sentence de la Beynie , lieutetfwit de poUee, obtenue par les chirurgien», un second affiront, si c'en était nn , du moins iflie seconde perte aussi douloureuse. Il fut souvent réduit à se rid»4ttro sur les animaux, et principalement sur les chiens , qui sont les plus enposés awsoalpel , lorsqu'il n'a rien de mieux à faire. •

Mafgré ses malheurs , et peut<-étre par ces malheurs mémo sa réputation croissait, etleséeolierssemultîfriîaie^ftw lisn'atlendaient point de lui les grâces du discours , ni une agréable facililo-d^ débiter son savoir ; mtîa «ne Mactttude scrapuleuso a démoniver , une esiréme timidité à co^ecturer , d« sii^pIes.fiMU hien^vus..

De plus ils s'atUchaîiiit à lui par I» part qa'il leur doanaît â la gloire de ses découvertes , dès f{iiHis le nérttaieiit , ou pour ïïmr Èeureusement apeitçu quelqve «hose de nou'^aQ , o« pour noir eu quelque idée singulière étonner Ce n'était point qu'il afifedât de mettre leur yanité daftta ses intérêts : il n'était pns si Im , ni a adroit } il n^ soi«geait qu'à leur rendre loyalement ce qai leur était dû.

Content de Paris et de aa fortune^ il y ara^t plaa de qrâw ans qu'il n'avait denné de ses ttonvelles à sa famille» Cent ifâ l'ont connu eroirotat aisénient que les affscti^tia commanes , k sang, le nom n^vaîenfl paslieancoup de. pouvoir snr lui, et qu'il se tenait, isolé et tant saaa se faire violence. Ses paitasle pressèrent fort de retourner s'étaUir è Ceedes : raaisqœHe proposition pour qtielqu'un qai pouiwit deuiemer à Pfeféa , et (pâ surtout avait aussi pende besoin de parenté 1 11 continua dancknsi forme de vie ordinaire. Pour «'instruire toujeors de phis en phu, il a^istait k tohtes les conférences qu'on tenait sur les matières qui rintéreasaîent , il se trouvait aux pansemens dea hdpttam , il suivait les médecins dans leurs visites; enfin il fut reçu docfcenrégent de la faculté de Paris.

L'éloquence lai manquait absolument j on simple anatomisie peut s'en «passer i mais un médecin ne le peut guère. L'nn va que des faits à découvrir et à exposer aux yeux : mais Faatie. dternellenient oMigé de conjecturer eor des matiëvea trëf-éooténses, l'est aussi d'appuyer ses eonjectnaes perdes raitonnaiei» assea solides , ou qui du moins rassurent et flattent Pimaginatioa effirayée ; il doit quelquefms parler presque sans antre bot que de parler , car il a le malbeur dene traiter avee les koaunesipe dans le temps précisément oit Hi sont plos faibles et jptas eafans que jamais. Cette puérilité de la maladie ffegne principalennl dans le grand monde , et sttrtont dant une MÎtié de ce grané monde qui occupe pins les médedtRi,* qui sait mteta ka mettre à la mode, et qui a souvent plus de soin' d'4tr# amusée ({oe guérie* Un médecin fiCut agir plus raisonnablement avec i^ peuple î mais en général| a^it n'a pas le don de la* parole , ilfimt presque qu'il ait en récompense cetni- dea miracles.

Aussi ne fut-ce qu'à force d^hebileté que Littre réussit ^ai» cette ppofesaien ; encore ne réussit-il que parmi ceux qui se ton* tentaient de l'art de la médecine dénué de celui du médecia. Sa vogue ne s'étendit point jusqu'à la coar , ni jvaqti'anx femmes àik monde* Son lacdkiisme peu consolant n'était d'aitienis réparé m pnr sa ligare ^ ni par ses manièrea.

Fen du Hasnel qui ne jugeait pat les- kommes parla superficie, ayant passé dans in dasee des anatomistes ali • renoatetlemeat

DE LITTRE. iSg

de 16999 nomma Lîttre, docteur en mëdectiie , pour son élève, titre qui te donnait alors , et qn'dn a eu la délicatesse d'abolir , quoique personne ne le dédaignât. On connut bientôt Littre dans la compa|çnie , non par son empressement k se faire connaître, à dire son sentiment, à conîiattre celui des autres, k étaler un savoir imposant , quoiqu'inutile ; mais par sa circons* pection à proposer ses pensées , par son respect pour celles d'suitrui , par la justesse et la précision des ouvrages qu'il donnait , par son silence même.

En 1702 n'étant enoore monté qu'au grade d'associé , il lui passa p*r les mains une maladie ou l'on peut dire , sans sortir de la plus «xacte simplicité historique , qn*il fit un chef-d'œuvre de chirurgie et de médecine (1). Nous n'en pouvons donner ici qu'une idée très-légère et très-éloîgnée de ce que demanderait la justice due à Littre. La merveille grossirait infiniment par les détails que nous supprimerons.

Une femme qui n'ayait nuls signes de grossesse , accablée d'eâlieurs d'un grand nombre de différentes incommodités trèscruelles , réduite à xxfk état déplorable , et presque entièrement désespérée , jetait par les selles du pus , du sang , des chairs pourries , àes cheveux , et enfin il vint un os que l'on reconnut sûrement pour être le bras d'un fœtus d'environ six mois. Ce fut alors que Littre la vit, appelé par la curiosité. Il trouva, en introduisant son doigt indem dans l'anus , qu'à la plus grande distance oit ce doigt pût aller , l'intestin reeium était percé d'un trou par oh sortcûent les matières extraordinaires ; que ce trou était large d'environ un pouce et demi , et que l'ouverture en était alors exactement bouchée en dehors par la tête du fœtus qui J appliquait sa face : aussi ne sortait-il plus rien que de natarel. Il conçut qu'un fœtus s'était formé dans la trompe ou daifts Tovaire de ce c6té4à ; qu'il avait rompu la poche qui le reofiormait ; qu'il était tombé dans la cavité du ventre , y était mort > ft^y était pourri } qu'un de ses bras dépouillé de chair , et détaiiiié du reste du squelette pi^r la corruption , avait percé l'ÎAM^tin , et était sorti par la plaie. Quelques autres os eussent pu sortir de mène, supposé que la mère eût pu vivre, et attendre pendant tout le temps nécessaire* ; mais les quatre grands os du crâne ne pouvaient jamais sortir ]>ar une ouverture de beaucoup trop petite. Tout condanmait donc la mère k La mort ; elle . ne* pouvait nullement soutenir une incision au ventre, presque sàrement mortelle pour la personne la plus saine. Littre osa imaginer comme possible de faire passer les « • • » » •

ii).V>ycsiq^ jiiriit-.dr>K]iS9 9ii^ ^1 ^nnûx. ,

quatre os du crAne par là petite plaie de Fintestiii. H inventa des ciseaux d'une construction nouvelle , car aucua instrument connu de chirurgie n'était convenable. Avec cep ciseaux introduits par le fondement jusqu'à la plaie de l'intestia , il allait couper le crâne en parties assez petites pour passer par l'oo'verture , et il les tirait avec d'autres ciseaux qui ne coupaient point , inventés aussi par lui. On juge bien que cette opération se devait répéter bien des fois, et dans certains intervalles, pour ménager les forces presque éteintes de la malade ; que de plus il fallait s'y conduire avec une extrême dextérité, pour n'adresser qu'au fœtus des instrumens tranchans et très-fins qui eussent pu la blesser mortellement. Littre disposait sur une table les morceaux du crâne déjà tirés , afin de voir ce qui lai* manquait encore , et ce qui lui restait à faire. Enfin , il eut la joie de voir tout heureusement tiré , sans que sa main se îàt jamais égarée , ni eût porté le moindre coup aux parties de la mère. Cependant il s'en fallait beaucoup que tout ne f At fait : l'intestin était percé d'une plaie trës-considérable ; le long séjour d'un fœtus pourri dans la cavité du ventre , ce qui y restait encore de ses chairs fondues , j avait produit une corruption capable elle seule de causer la mort. Il vint à l»out de la corruption par des injections qu'il fit encore d'une manière particulière j il lava , il nettoya , ou plutôt il ranima tout ; il referma même la plaie y et la malade , qui , après avoir été naturellement fort grasse , n'avait "plus que des-os absolument décharnés y reprit jusqu'à son premier embonpoint. On a dit même qu'elle était redevenue grosse.

Cette cure coûta à Littre quatre mois de soins les plus assidue et les plus fatigans , d'une attention la plus pénible , et d'une patience la plus opiniâtre. Il n'était pourtant pas animé par l'espoir de la récompense : tout lé bien de la malade , tout ie bien de son mari , qui n'était qu'un simple ouvrier en instru-> mens de mathématiques , n'y auraient pas suffi. L'extrême singularité du cas avait piqué sa curiosité ; de plus , la confiance que sa malade avait prise en lui l'attachait à elle : il croyait avoir contracté avec elle un engagement indispensaUe de U secourir , parce qu'elle n'espérait qu'en son secours. Lorsqu'il a raconté toute cette histoire en 170a , il ne s'y est donné simplement que la gloire d'avoir marché sans guide , et usé de beaucoup de précautions et de ménagemens. Du reste , loin de vouloir s'emparer de toute notre adn&iratibn , il la toaraa lui-nléme sur les ressources imprévues de la. nature. Un antre aurait bten pu éloigner cette idée , même sans penser trop à l'éloigner.

|1 fut choisi pour être médeciô du clultelet. Le grand agté*

DELITTRE. ' 36i

méat de cette jdace pour lai ëtaît de Ini fournir de» accidens rares , et plus d'occasions de disséquer.

Il a toujours ëte d'une assiduité exemplaire à l'académie, fort exact à s'acquitter des travaux qu'il lui devait , si ce n'est qu'il s'en affranchit les trois ou quatre dernières années de sa vie , parce qu'il perdait la vue de jour en joUr ; mais il ne se relâcha point sur l'assiduité. Alors il se mit à garder dans les assemblées un silence dont il n'est jamais sorti : il paraissait un disciple de Pjrthagore , quoiqu'il pât toujours parler en maître sur les matièses qui 4'avaieBt occupé. On le voyait plongé dans une mélancolie profonde , qu'il eèt été inutile de combattre y et dont on ne pouvait que le plaindre.

Le premier février 17^5 , il fut frappé d^apoplexte, et mourut le 3 , sans avoir en aucune connaissance dans tout cet espace de temps. Cependant cette mort subite ne l'avait pas surpris ; quinze jonrs auparavant , il avait fait de son propre mouvement ses dévotions à sa paroisse.

Ceux d'entre lea gêna de bien qui condamnent tant les spectacles , l'auraient trouvé bien net sur cet article ; jamais il n'en avait vu aucun. Il n'y a pas de mémoire qu'il se soit diverti. Il n'avait de sa vie songé au mariage ; et ceux qui l'ont vn de plus près , prétendent que les raisons de conscience n'avaient jamais dÀ être assez pressantes pour l'y porter. Presque tous les hommes ne songent qu'à étendre leur sphère , et à y faire entrer tout ce qu'ils peuvent d'étranger : pour lui , il avait réduit la sienne à n'être guère que lui seul. Il avait fait , de sa main , plusieurs préparations anatomiques que des médecins ou chirurgiens anglais et hollandais vinrent acheter de lui quelque temps avant sa mort , lorsqu'il n'en pouvait plus faire usage. Les étrangers le connaissaient mieux que ne faisait une partie d'entre nous } il arrive quelquefois qu'ils nous apprennent le mérite de nos propres concitoyens , que nous négligions , pent-étre parce que leur modestie laor nuisait de près.

Il a laissé son légataire universel M. Littre , son neveu , lieutenant-général de Cordes.

DE HARTSOEKER.

1^ icolaS HARitoncR naquit à Gonde en Hollande le 26 de mars i656, de Christian Hartsoëker , ministre remontrant , et d'Anne Vander-My . Cette famille était ancienne dans le pagrs de Drente y qui est des Provinces-Ufties.

3Ca ÉLOGï:

Son père eat sur loi les vues commniics des pët^ ; 0 le fit étudier pour le mettre dam sa prefession y ou dans qiidqQe autre é^^alement utile ; mais il ne s'attendait pas que set projets dussent être traversés par oà as le fiirent , par ie ciel et par les étoiles , que le jeune homme considérait avtc beaucoup de plaisir et de curiosité. 11 allait chercher dans les «boanadu tout ce qu'ils rapportaient sur ce sujet } et ajant entendu dire à Vàgc de douce ou treise ans que tout ceia s'apprenait dans les mathématiques , il voulut donc étudier les niiathéma tiques ; mais son père s'y opposait absolument. Ces sctencea ont eu jusqu'à présent si peu de réputation d'utilité , que la plvpart de ceux qui s'y sout appliqués ont été des rebelles k l'autorité ds leurs parens. Nos éloges en ont fourni plusieurs exemples.

Le jeune Hartsoeker amassa en secret le plus d'argent qu'il put; il le dérobait aux divertissemens qu'il eût pris -avec sei camarades : enfin , il se mit en état d'aller trouver on maître de mathématiques , qui lui promit de le mener vite , et lai tint parole. Il fallut cependant commencer par les premières règles d'arithmétique ; il n'avait de l'argent que pour sept mois , et il étudiait avec toute l'ardenr que demandait nn fonds si court De peor que son përe ne découvrit par la Inmière qui était dans sa chambre toutes Jes nuits , qu'il les passait à travailler, il étendait devant sa fenêtre les couvertures de son lit , qui ae lut servaient plus qu'à cadier qu'il ne dormait pas.

Son maître avait des bassins' de ier , dans lesqnda il polissait asses bien des verres de six pieds de fojer , et le discqile ea apprit la pratique^ Un JMr qu'en badinant et sana dÉeseia il présentait un fîl de verre à la ftamrae d'une chandelle, il vitqae le bout de ^ fil s'arrondissait ^ et comme il savait déjà qn'ane boule de verre grossissait les objets placés à sott fojer , et qo'îl avait va ches Leuvenhoeck des microscopes dont il avait re* marqué la construction ) il prit la petite boule qni s'était fismée et détachée du reste du fit , et il en fit un mieroso^ie ^ qa'il essaya d'abord sur nn cheveu. 11 fat ravi de lo trouver boa, et d'avoir l'art d'en faire à si peu de frais.

Cette invention de voir contre le jour de petits objets traiisparens par le moyen de petites boules de verre , est due à Leii* venhoecl; et Hudde , bourgmestre d'Amsterdam , grand mathématicien , a dit à Hartsoëken qa'il éliait éConnant (pw oetia découTerle eût échappé à tous tant qu'ils étaient de géomètres et de philosophes , et eût été réservée à nja Iranm^ ^a^s ietli«s , tel qne Leuteskoeck. Apparemment il vonlaii reloffr tf génie de l'ignorent^ ou réprimer l'oigneil: des jsavitns «pr Iff 4«coii« vertes fortuites. ^ . ,— :

DE HARTSOEKER. 363

ButBoëkêr', Igé alors ée dix-Jiuit «m , tVtcctipa b«a«coiip de microscopes. Toat ce qni pouvait j être observé, l'était. Tl fat le pranier a qui se dévoila le tpeotaole dn numide le plat imprévu pour les ph^Fsiciens , m^e les plus hardis en confec-* tares ; ces petits animani josques^là invisibles , qui doivetat se transformer en hommes , qui naj^eat en une quantité prodi-» gîeose dans la liqueur destinée à les -porter , qui ne sontqne dans celle des mâles y qui ont la figure de grenouilles naissantes , de gr^ssns têtes et de longues queues , et des mouvemens tpes-rifii. Cette étrange noaveanté étonna Tobserrateur , il n'en osa rien dire. Il cmt même que ce qn'il v^orait pouvait être Te&t de qœlqne maladie , et il ne suivit point l'observation.

Vers la Im <}• 1674 v en 1675 et 1676 son père Tenvoja étudier ait littiânture , en grec , en philosophie , en anatomie , sous les plus habitas preiasseurs de Leyde et d'Amsterdam. Ses maîtres en philoflophte étaient des cartésiens aussi entéfés de Desoartes, que les seolastéques précédens l'avaient été d'Aristote.On n'avait &it dans ce» écobs qcK changer d'esclavage. Hartsoëker devînt cartésien à outrance ^ mais il s'en corrigea dans la suite. Il feut adwrer toujours Dascartes » et le suivre quelquefois.

Harisoéker alla en 1677 de Leyde à Am.4terdam , ayant dessein de passer en France pour y achever ses études. Il reprit les obser-» vntiona dn microscope , interrompues depuis datix ans , et revit cea nniraaox qui lui avaient été suspects. Alors il eut la hardiesse de commoniqoer aoo observation k son maître de mathéma* tique* , et à nn antre ami. Ils s'en assurèrent tons trois ensemble^ lia virent de plus ces mêmes animaux sortis dVin chien , et de la naênae ^nre à peu près que les animaux humains. lia virent cens du coq et dn pigeon , mais comme des vers on des anguiMes. Lt'irfiaarvalion s'ailèrmissait etVétendait , et les trois coniideosde ce aecvet de la nature ne dontavent presqne pins que tous les animnns ne naquissent par des métamorphoses invisibles et cachées , comme tantes les espèces de mouches et St papillons viennent de métamorphoses sensibles et connues.

Ces trois hommes aeuls savaient quelle liqueur i^nfermaît^es aoimanx } et quand oi^ks faisait voir I d'autres , on leur disait que c'était de la saKve , quoique certainement elle n'en contienne point. Comme Leuvenhoeck a écrit dans quelqu'une de ses lettres qu'il avait yn dans de la salive une inimité de petits animaux , on pourrait le soupçonner d'avoir été trompé par le bruit qui s'en était répandu. Il n'atn*a peut-être pas voulu ne point voir ce' que d'antres voyaient , lui qui était en possession des observations micMacôpiques les plus êam y et k qui tous les objets invisibles appnrienidMit* * . . ■

L'îHustre Hnygheat éu»! irenu i la Haye pour rëublir sa santé, entendit parler des animaux de la salive qu'un jeune homme faisait -voir à Rotterdam , et il marqua beaucoup d'envie d'en être convaincu par ses propres yeux. Aumit^t Hartaoëker , ravi d'entrer en liaison avec ce gfand homme, alla à là Hay«. Il lui confia et à quelques antres personnes ce q«e c'^it que la liqueur oîi nageaient les animaux « car à mesure que Tobservartion s'éta« blissait , la timidité et les scrupules dimmuaicnt naturellement: de plus, la beauté de la découverte serait demeurée trop impa^ faite , et les conséquences philosophiques qui en pomment naitre, demandaient que le mystère tiessâl. Huyghens , qui avait promn trës-obligeamment à Hartsoëker des lettres de recofninandatioa pour son voyage de Paris , fit encolre mi^ux , el l'amena avec lui à Paris , oii il revint en 1678. Le noinreau venu alla voir d'abord Tobservatoire , les hôpitaux , les savane r il ne lui était pas inutile de pouvoir citer le nom de Hnyghen^. Gelui'-d fit mettre alors dans le Journal des Savant., qu'il avait fait avec ua microscope de nouvelle invention des observa trans très-cnrienses, et principalement celle de petits animaux , et cela sans parler de Hartsoëker. Le bruit en fut fort grand parmi ceux qui suintéressent à ces sortes de nouvelles } et Hartsoëker ne résida point à la tentation de dire qàe le nouveau micrMCope venait de lui , et qu'il était le premier auteur des abeervations. Le silence en cette occaaion était au-dessus de l'humanké. flnyghent était vivant, d'un rave mérite , et par conséquent il avait des ennemis. On anima Hartaoiherk revendiquer son bien, pMrûn mémoire qai paraîtrait dans le Journal. U ne savait pas encore^assea de ^français pour le composer; différentes plumes le servirent, et chacune lança son trait contre Huyghens.

L'auteur du journal fut trop sage pour publier cette pillC^, et il la renvoya à Huyghens. Celui-<t fît a Hartmker une réprimande assee bien méritée , selon Hartsoëker lui-même , qui Ta écrite. Il lui dit qu'il ne se .prenait pas à lui d'une pièce qu'il voyait bien qui partait de ses ennemis , et qu'il s'offrait à dresser lui-même pour le journal un mémoire oii Ù lui rendait toute U justice qu'il désirerait. Uartsoëker y consentit , hontetrx du pr0^ cédé de HuygKens , et heureux d'en être quitte k si bon marché. L'importance d<^t ii lui était de se faire connatt^ , l'amoiir de ce qu'on a trouvé , sa jeunesse , de mauvais conseils donnés avec chaleur , surtout l'aveu ingénu de sa faute dont ndus ne tenons l'histoire que de lui , peuvent lui servit' d'excuses asses légitimes.

Il se confiraaail de plus en jdus dans -ht déconvtrie^dbs'^clits animaux primitifs ^ qu'il trouva toujours dans toutiatls eqActs

DE HABTSOEKER. tf5

sur Itiqaéin U put étendre ses expérienoet. Il .imagna qu'ils devaient être répîgdduA dans Fair où ils voltigeaient } que tous les animaux yûables les prenaient tons confusément ^^ou par In respiration, ou avec les alimens; que de là ceux qui eonvenaient à chaque espèce allaiofit se rendre dans les parties des mAles propres k les. renfermer ou à les nourrir , et qu'ils passaient ensuite dans les femelles, oii ils trouvaient des œnù , dont ils se saisissaient pour s'y développer. Selon cette idée , quel nombre prodigieux d'animaux primitift de toutes les espèces ! Tont ce qui respire y. tout ce qui se nourrit, ne respire qu'eux , ne se Boorrit que d'eux. Il semble cependant qu'à la fin leur nombre viendrait néces|airement à diminuer , et que les espèces ne s^ raient pas toujours également féoHides. Peut-^treoette diiBc«llé nura-t-elle^ contribué à Caire croire à Leibnits que les animaux primitifs ne périssaient point , et qu'après s'être dépouillés de renveloiqpe grossière , de celte espèce de masque qui en faisait , par exemple , des hommes , ils subsistaient vivons dans leur première forme , et se remettaient à voltiger dans l'-air jusqu'à ce que des accidens favorables les fissent àe nouveau redevenir hommes.

Hartsoëker demeura à Paris jusqu'à la fin de 1679. Il retourna en Hollande , oii il se maria* 11 revint à Paris , seulen&ent pour le faire voir pendant quelques semaines à sa femme , qui goûte tant ce séjour , qu'ils j revinrent ea 1684 > et y furent quatorze années de suite , les plus agréables , au rapport de Hartsoëker , qu'il ait passées en toute sa vie.

Les verres de téleKopes , qui avaient été- sa première occupation f lui donnèrent beaucoiqi d'accès à l'obsecvatoire , oh il n'y en avait que de Campani , excellens à la vérité, mais pas asses grande. Hartsoëker en fit un qu'il porta à feo Gassini , et il se trouva très - mauvais. Un second ne valut pasnaieux; enfin an troisième fut passable. Cette persévérance ^ qui partait du fonds de connaissances qu'il se sentait, fit prédire à Cassini que ce jeune homme , s'il continuait , réussirait infailliblement. La prédiction fut peut-être elle-même la cause de son accomplissement ; le jeune homme encouragé fit de bons verres de toutes sortes de grandeurs , et enfin un de 600 pieds de foyer , dont il n'a, jamais voulu se défaire à cause de sa rareté. 11 eut l'avantage de gagner l'amitié de Cassini , qui seule eût été une preuve de

mérite.

Sur ces verres d'un si long foyer, il dit un jour à fewVarignon et à l'abbé de Saint-Pierre , qui l'allèrent voir , qu'il ne croyait pas possible de les travailler dans des bassins ; mais qu'en faisant des essais sur des morceaux de diverses glaces faites pour être

i6à ÉLOGE

plates , on en trou'Wi qoi avaient tme tfè»-pe!lte courbure sphérique , et par conséquent un long foyer ; qu'il avait même trouve un foyer de 1200 pieds ; que cela dépendait en partie d'un peu de courbure insensible dans les tables de fer poli , sur lesquelles on étend le verre fondu » ou de la manière dont on chargeait les glaces pour les polir les unes contre les autras ; que ces essais étaient plus longs que difficiles: mais il ne voulut point s'ezpli* quer plusà fond.

En 1694 1 ^1 fi^ imprimer à Paris, où il était ^ S4nk premier ouvrage , 'i*ê$êed de diopirique. Il y donne cette science démontrée géométriquement et avec -clarté ; tout ce qui appaitient ani foyers des verres sphériques , car il rejette les autres figures eontfme inutiles ; tout ce qui regarde l'angmentation de$ objets, le rapport des objectife et des oculaires , les ouvertures qu'il faut laisser aux lunettes , le champ qu'on peut leur donner « le différent nombre de verres qu'on peut ymettre/ Il y joint pour l'art de tailleries verres , et sur les conditions que leur matière doit avoir , une pratique qui- Inî appartenait en partie , et dont cependant il ne'dis^faatinlo rien. Le titre de son livre eAt été rempli, quand il n'eût donné rien de plus; mais il va beaucoup pins loin. Un* système général de la réfraction et ses expériences le conduisent k la différente réirangibilité des rayons , propriété qnë Newton ^vait trouvée plusieurs années auparavant , et sur laquelle îl a fondé son ingénieuse théorie des couleurs , Pune des pins belles découvertes de la physique moderne. Hartsoëker pr^ tend du moins avoir avancé le premier, que la différente réfran^ gibitité venait de la différente vitesse , qui effectivement en parait Atre la véfitable cause; et parce qu'elle était inconnae , il a donné oomme un paradoxe inoni en dioptrique , que Fangle de la réfraction ne dépende pas de la seule inégalité de résîs* tance des deax milieux. Plus le rayOn a de vitesse , moins il si roinpt.

L'essai de dioptrique est même nn essai de physique généralei il y pose les premiers principes tels qu'il les conçoit , deux uniques élémens. L'un est une substance parfoitement 'fluide, infinie, toujours en mouvement, dont aucune partie n'est jamais entièrement détachée de son toslt*; l'autre , ce sont de petits corps ditférens en grandeur et en fignre , parfaitement durs et inaltérables , qui nagent confosélnent dans ce grand fluide, s^ rencontrent , s'y assemblent , et deviennent les diflerens corps sensibles, ^vec ces deux élémens il forme tout, et tire de cette hypo&èse jusqu'à la pesanteur età la dureté des corps composés. Ailleurs il en a tiré aussi le ressort. . Un assea grand nombre de phénomènes de physiqne générale

DE HARTSOEKER. I67

qa*il explique , Famënent k la formation ds sofeîl , des planètes , et même des comètes. Il conçoit que les comètes «ont des taches au soleil y-assea massives pour avoir ^t^ chassées impëtneusement hors deœ grand globe de fen : elles s'élèvent jusqu'à une certaine distance , et retombent ensuite dans le soleil , qni les absorbe de nouveau et les dissout , ou les repousse encore hors de lui , s'il ne les dnsout pas. On tâche présentement à aller plus loin sar la théorie des comète^ , et ce ne «ont plus des générations fortuites. ^

L'histoire des découvertes faites dans le ciel par les télescopes , appartenait asst£ naturellement â la dioptrique. Hartsoeker la donne accompagnée de ses réflexions sur tant de singularités nouvelles H in^prévues. Il finit par les observations du micro»* cope , et Ton peut îuger que les petita •animaux qni se transforment en tous les antres , n'y sont pas oubliés.

Cet ouvrage lui attira l'estime des savans, et l'amitié de qnelqoes * uns , comme l'abbé Gallois , qni conserva toajoars ponr lui les mêmes sentimens. Le P. Malebranche et le marquis de l'H^ital , qui reconnurent qu'il était ben géomètre , voulu:» rent le gagner à la nouvelle géométrie des infiniment petits dont lia étaient pleins; mais il la jugeait peu utile pour la physique *à laqneHe il s'était dévo«é« Il dédaignait assez par la même raison les profondeurs de l'algèbre, qui , selon lui , ne servaient à'quel'qnes savans qu'à leur procurer la gloire d'être inintelligibles pour la plapart dn monde. Il est vrai qu'eo ne regardant la géométrie qne coaAme instrument de la physique , il pouvait souvent n'avoir pas besoin qne l'instrument fût si fin : mais la géométrie n'est pas nn par instrument } elle a par eUennême nue beauté siAlime , indépendante de tout usage. S'il ne voulait pas , coonme il l'a dit aussi ^ se laisser détourner de la physique , il avait rai* son de craindre les charmes de la géométrie nouvelle.

Animé par le succès de sa dioptrique , il publia , deux ans après , ses Frindptê de Fhyêique.k Paris. Là , il expose avec plus d'étendue le système qu'il avait déjà donné en raccoorci; et y joignant sur les dilKrens sujets auxquels son titre l'engage , un grand nombre , soit de ses pensées particulières , soit de celles quAil adopte , il forme na corps de physique asses complet , parce qu'il y traite presque de tout /et asses clair parce qu'il évite les grandb détdls, qni , en approfondissant les matières, les obscurcissent ponr une grande partie des lecteurs.

An renouvellement de l'académie en 1699 ^ temps oii il était retourné en Hollande avec sa famille, il fut nommé associé étranger ; c'éuit le fruit de la réputation qu'il laissait à Paris. Qttdque temps après > il fut aus^ egvégé à la société royale (te

Berlin , et l'on peut l^emak'quer -que dans tow les ouvrages quM a imprimés depois, il ne s^st paré ni de ces titre» d'bx>nneur, ni d'aucun autre. Il a toujours mis simplement et k l'antique par Nicoiaa Hcwtsoëktr ; bien di fièrent de ceux qm raasemblent le plus de titres qu'ils peuvent , et qui croient augmenter leur mérite k force d'enfler leur nom.

Le feu Czar étant allé à Amsterdam pour ses grands desseins , dont nous admirons aujourd'hui les cuites, demanda aux. ma^ trats de cette ville quelqu'un qui pût l'instruire , et lui ouvrir le chemin des connaissances qu'il cherchait. Ils firent venir de Rotterdam Hartsoëker , qui d'épaigoa rien pour ae xno«ftrer digne de ce choix y et de l'honneur d'avoir uïi tel disciple. Le Ci ar , qui prit beaucoup d'affection pour lui, voulut l'emmener en Moscovie : mais ce pays était trop éloigné , et de mœurs trop différentes j l'incertitude des éyénemens encore trop grande , une famille trop difficile à transporter. Messieurs d'Amsterdam, pour le dédomniager en quelque sorte des dépenses qu'il avait été obligé de faire pendant sa demeure auprès du Cxar , lui firent dresser une petite es])ëQe d'obsenratoire sur un des bastions de leur ville. Ils savaient bien qne c'était là le récompenser magnifiquement , quoiqu'à peu de frais.

Il entreprit dans cet observatoire un grand miroir ardent com* posé de pièces rapportées , pareil k celui dont quelques-uns prétendent qu'Archimède se servit. Le Landgrave de Hesse-Cassel alla le voir travailler; et pour lui faire un honneur encore plus marqué , il alla chez lui. Comme les savans sont ordinairemeat trop heureux que les princes daignent les admettre a leur faire la cour , les histoires n'oublient pas les visites rendues aox savans par les princes } elles honorent les uns et les autres , et peul><«tre également.

Dans le même temps, le feu électeur palatin , Jean-Goillaumei avait jeté les jeux sur Hartsoëker , pour se l'attacher : maa , ce qui est rare , le philosophe résistait at^x sollicitatioos de l'électeur 3 et , ce qui est plus rare encore , l'électeur persévéra pendant trois ans ; et enfin, en 1704 9 le philosophe se résolut à s*en- . gager dans une cour. Il fut le premier mathématicien de S. A. E.» et en même temps professeur honoraire tu philosophie ^ns l'université d'Heidelberg.

Ce n'est pas assez pour un savant attaché à un prince , d'en recevoir régulièrement , et. magnifiquement même , si Ton veut , ces récompenses indispensables que reçoivent sans distinction tous ses autres officiers : il lui en faut de plus délicates; il faut que le prince ait du goàt pour les talens et pour les connaissances du savant ^ il faut qu'il en fasse usage ^ et plus cet

DEHâRTSÔEKER. 369

usage est fréqnent et éclairé eh même ïbemps , pliis Te isayant est Kiêii payé. Hârtsoêler eut ce bonneuir avec son maître , qui avait oeaucoiip a înclînaUon |>oùr là physique , et s'^ appliquait plus sérié osetnènt qu'en pi"iîice.

t^e physicien prétendait même étra obligé au pfiiicé d^uhé observation singulière , qui lé fit changer Ae sentiment sur une matière importante. L'électeur lui apprit la î^prbauctioh raeir-* veilleuse âes jambes â'écrevisse (i). Sur cela , Hartsôékéf, qui ne ne pat concevoir que cette l'eproduction ie parties përdiiè's oii retrâhchées , qui est sans éteiâple dans tous lés ihimaux coid* nus , sVxécutat par le seul mécanisme , iinagiha qu'il y avait 3àiis les écrevissés une &me ploêiiquê oii formatrice , ijîii savait leiir

refaire de nouvelles jambes; qu'il devait y. en avoir une pareille i__i 1 -^ :.? ^ ç^ dans l'nomme même; et par" —

plastiques n'est pas Se réprodii

daiàs les autres animaux , et dans rhomme même ; et parce que la fonction de ces âmes plastiques n'est pas Se réprodiiifë dés membres perdus « il leur donna celle de Ibrmér les petiU animaux qui perpétuent les espèces. Ce seraient là les nahirea plàs'^ iiçues de M. Çndworth , qui oiit eu ie célèbres partisans , si ce n*etâit qiié celles-ci agissent sans connaissance , et qnè celles aé M. Hartsoèker sont intelligentes. Ce nouveau système lui plut tanty qii'il se rétracta hâutéinént de la pi-emière pensée qii'il avait eue sur les petits abiinaux , et là traita liii-mëme de bizarre et é'absurae , termes que la pliis grande sincérité d'un aiitèiiir n'emploie giièfé. Quant aux terribles objections qiii se présentent bien vite contré les âmes plastiques , il ne se lès dissimule pas; et poussé par lui-mcmé aux dernières extrémités, il avoué de bonne ^oi qu'il ne sait pas dé réponse. Il semble qii'il vaudrait autant n'avoir point fait de système , que d'être si prompteiiiènt réduit à en venir là. Il ne s'agit que d'àvouèr son ignoràiicé iih peo plus tôt.

Il rassembla les discoufs préparés qu'il avait tenus à rélécr leur, et en forma deux volumes , qui parurent en 170^ 'et 1708 sons le titre de Conjectures physiques , dédiées au prince pbur qui ili avaient été faits. Cet ouvrage est dans le même goût que les Essais de physique , dont il ne se cacne pas de répéter quelquefois des morceaux en propres termes, aussi-Bien que'dé V Essai de dioptriqtte y car à quoi non cette délicatêsie dé changer de tours et d'expressions , quand on ne change pa$ de pensées ?

Du Palatinat , il fit des voyages dans quelques autres pays .dé J* Alicmagne , ou pour voir les sàvans» ou pour étudicir l'histoire naturelle, surtout les mines. A Casse! , il trouva^ un verre ardent da Landgrave , tait par Tschirnhaus, de la même grandeur que celui qu'avait feu lé ^uc d*Ôrléans y et tout pareil. îl répéta les

Ct) Voye» Itot. de 171a, p. 35 et luiv.

expériences de JB[omberg , et n'eut pas le même succès à Pégard de ia vitrification de Tor , dont nous avons parle en 1702 , />. 34, et en 1717, />. 3o. Il est le philosophe hollandais , aux objections duquel Homberg répondait en 1707. Il ne s'en est point désisté, et a toujours soutenu que ce qui se vitrifiait n'était point l'or , mais une matière sortie du charbon qui soutenait l'or dans le foyer , et mêlée peut-être avec quelques parties hétérogènes de l'or, n niait même la vitrification d'aucun métal au verre ardent ; jamais il n'avait seulement pu parvenir à celle du plomb, quelque temps qu'il y eût employé. Il est triste qu'un grand nombre d'expériences délicates soient encore incertaines. Seraitce donc trop prétendre , que de vouloir du moins avoir des faits bien constans ?

Le landgrave de Hesse-Gassel dit un jour à Hartsoëker , qu*i) aurait bien souhaité le trouver peu content de la cour Palatine. Il répéta deux fois ce discours , que Hartsoëker ne voulait pas entendre ; et enfin , le prenant par la main , il lui dit : Je ne %m si vous me comprenez. Hartsoëker , obligé de répondre, l'assura de son respect , de sa reconnaissance , et en même temps d'une fidélité inviolable pour l'électeur. Un refus si noble à des avances si flatteuses dut le faire regretter davantage par le landgrave.

Il alla à la cour d'Hanovre , 011 Leibnitz , ami né de tons les •avans , le présenta à l'électeur, aujourd'hui roi d'Angleterre, et à la princesse électorale , si célèbre par son goût et par ses lumières. Il reçut un accueil très-favorable ; la renommée de Leibnitz rendait témoignage à son mérite.

L'électeur Palatin ayant entendu parler avec admiration du miroir ardent de Tschirnhaus , demanda à Hartsoëker s'il en pourrait faire un pareil. Celui-ci aussitôt en fit jeter trois dans la verrerie de Neubourg , de la plus belle niatière qu'il fut possible. Il les eut bientôt mis dans leur perfection , et l'électeur lui en donna le plus grand , qui a trois pieds cinq pouces rhinlandiques de diamètre , et que deux hommes c»nt de la peine à transporter. Il est de neuf pieds de foyer , et ce foyer est parfai* tement rond , et de la grandeur d'un louis d'or. Le miroir da Palais-Royal n'est pas si grand.

En 171 o , il publia un volume intitulé: Eclaircissemêne sur les conjectures physiques. Ce sont des réponses à des objections, dont il a dit depuis que la plupart étaient de Leibnitz. Dans cet ouvrage , il devient un homme presque entièrement diffêrent de ce qu'il avait été jusqu'alors. Il n'avait jamais attaqué personne: ici il est un censeur très-sévère ; et c'est principalement sur les volumes donnés tous les ans par l'académie , que tombe sa censure. Il est vrai qu'il a souvent déclaré qu'il ne critîqaait qoe ce

DEHÀRTSOEKER. « 371

^*il ettîiiuit , et qu*il se tiendrait honoré de l même marque d'estime. L'académie qui ne se croit nullement irrëprëfaensible , De fut point offensée ; elle le traita toujours comme un de ses membres , sujet seulement à quelque mauvaise humeur ; et les particuliers attaqués ne voulurent point interrompre le couns de lears occupations , pour travailler à des réponses qui le plus souvent sont négligées du public , et tout au plus soulagent un peu la vanité des auteurs.

Les JBciain^Ut émeus sur les conjectures phjsiques eurent une 9mi€ assee ample , qui parut en 1712. L'auteur y étend beaucoup plus loin qu'il n'avait encore fait , le système des âmes plastiques. Dans Thomme , l'âme raisonnable donne les ordres | et une âme végétative , qui est la plastique , intelligente et plus intelligente que la raisonnable même , exécute dans l'instant; et ■on-sealement exécute les mouvemens volontaires , mais prend, soin de tonte l'économie animale , de la circulation des liqueurs ^ de la nutrition , de l'accrétion , etc. : opérations trop difficiles pour n'être l'effet qu^ du seul mécanisme. Mais , ditKm aussitôt » cette âme raisonnable , oette âme végétative , c'est noufr-mêmes s et comment faisons-nous tout cela sans en savoir rien ? Hartsoèker répond par une comparaison qili du moins est assez ingénieuse s un sourd est seul dans une chambre , et il y a dans des chambres voisines des gens destinés à le servir. On lui a fait comprendre que quand il voudrait manger , il n'avak qu'à frapper avec un Uton ; il fraippe , et aussitôt des gens viennent qui apportent des plats. Comment peut-il concevoir que ce bruit qu'il n'a pas ett^ tendu y et dont il n'a pas Tidée , les a fait venir?

Après cela on s^attend asses à une âme végétative intelligente dans les bêtes , qui en paraissent effectivement asses dignes. On ne sera pas même trop surpris qu'il y en ait une dans les plantes , oii elle réparera , comme dans les écrevisses , les parties perdues } anra attention à ne les laisser sortir de terre que par la tige } tiendra cette tige toujours verticale ; fera enfin tout ce que le mécanisme n'explique pas commodément. Mais Hartsoèker ne s'en tient pas là . A ce nombre' prodigieux d'intelligences répandues partout , il en ajoute qui président aux mouvemens célestes, et qu'on croyait abolies pour jamais. Ce n'est pas là le seul esemple qui fasse voir qu'aucune idée de la philosophie ancienne n'a ^té asses proscrite pour devoir désespérer de revenir dans la moderne.

Cette suiis des éclaircissemens contient , outre plusieurs mor^ ceanx de physique destinés à l'usage de l'électeur , différens monceaux particuliers , qui sont presque tous des critiques qu'il fait de plusieurs auteurs célèbres , ou des réponses k des critiques

qu'on inî avait faites. Surtout il trëpond ii ^M f^urhftlfotes Jont il, n'était pas content : ce sodt des espèce d« )ugé6 fort Mjéts à ttre pris k partie.

L'électeur Palatin mourut en 1716. Hartsôëkêr uè quitta point la cour Palatine ^ tant qute Téiebtricé veuve , princesse de la tekison de Médicis , née avec le ^àt héréditaire de proté^ les sciences , et à laquelle il était fort attaché , demeura en Allemagne. Mais elle se retira en Italie au bout d'un an , après avoir fait se^ adieux en princesse \ avec des libéralités qu'elle répSadit sur ses anciens courtisans. Hârtsoëker n'y fut pas oublié. Dèi que le landgrave de Hes^é tb vit libre , il recommen^ à îni hitè rhwneur de le bollibiter : mais il se crut déjà trop aTiticé èa âgé pdur prendits de noavëaùt en^agemens ^ il avait assëx vécu dans nue cour , et quelques agréméiis qu'un philosophé y pui^ avoir f il ne peut s'cmpécher de sentir qu'il est dans un climat étranger. Il se transporta aVec totite sa famille à Utreéfat.

Ce fut là ^u'il fit imprimer en 1^22 un rJeèueU de piêcêi de phf^iquê y toutes détachées les unes des autres. Le titre tendhce ensuite que le principal dessein est dé faire voir i'tnlMiidfié du fysteme de Newton , de ce système foAdé sur la {ilhs sublime géométrie , ou étroitement incorporé avec elle , adopté par tous les j^hilosophes de toute une naiion aussi éclairée que i'Ati^laisr, lEJmiré même, et du moins respecté par cëni qui iie l*adtq>tetit pas. Hârtsoëker , sans User de petits méudgeiîteu» j^ii j^ifoJk^ phiqlies , entre en licè avec courage , et st déchM hètt^inrat contre ces grande espaces vides oh se meuvent lea p1ahëlf$, obligées à décrire dès courbes pat- des gt-avitatitfnl ètt attractions mutuelles. Il y trduve des mconvéni^ns qu'il né peut digérer ; et quoiqu'il ne soit rien moins que cartésien ^ il aitue ittâènk ramener les tourbillons de Descartes. L'idée eii.est eik*ti1remeBt trës^iiaturellè ; et de plus les mouvt^ens de tt»tttes l^pItAètes, tant prihcipales que subalternes, dirigés en même néÉkf nuis principalement le rappoit invariable de toutes lés distancés à toutes lès révôltttiôiis , indiqueut asséc fortement que tous les corps célestes qtii composent le système solluré , soht É|slt)êttis à suivie le cours d'un méihe fluide. Il fttut convenir il^àfcnttinos que les côinètes t}ui se meuvent en t6Mi sens ^ dètiraiéilt trouver dans ce grand fluide tiné résistance «fui dimlnuitrait beancdnp leur mouvement propre, et pourrait même ne hnt laisser à la fin que le mouvement général du tourbillon. Hârtsoëker ttthe à se tirer de cetle grande ^iifibulté par son système palrttcnliér des comètes , qui h'est p^a Ini-fnéme êahs difflèllllé.

Eftahà ce ménle recueil il attaque tfoi) distfertltièliè , Snr les* quelles de Màiraa étant tntùte en pr^nnt^ 9 et ïiiênt \jée é*éire

DE H^RTSOEKER. S73

de l^Bl€4d^'mie cUs scieppeft , avilit , ea tr^is «Qiites ooifsécttiives ^ jneqijpprté le prix à l'^cad^mie d^ Bordeaux. Dç Mairan if pondit daof le Jourpa) des Ss^van» ç(i 172:^. Il y convient en v<iritaUe MvaQt d^ q^el^uet^ £autes r^«Ues , et par )à il acquiert Iç droit d'être cru sur sa parole à l'eg^rd de cellfs dont il ne convient p^. H#rtsp^V^r dit dfii« 9a préface que s'il e&t en les antres pièces , qui d^us les années spivuntes avaient remporté le prix de Barde?vx , il j §ura^ fait aussi ses reniarques ; il prétendait ap* parepn^ep^ f^ipe f ntei^d^^ P?r là qu'il n'en voulait point persan*^ nelj^nf nt 4 6^ ^^v^n , ui à fiucun eute^ir particulier plus qu'à tout aptre ; mais il peut paraître que ce discours marque quelque incU|iatiQ9i à reprendra» et même un peu de dessein formé. H proteste soyven( , et ayec \)n gra^d air de sincérité » qu'il ne prétend 4^pner que d^ fimples conjectures: il serait donc assez raisonnable de Ifiss^ celles 4fs autres en paix; elles ont toutes un droit égal de se proauire au jqur , et souvent n'en ont guërf de se cpipbattra.

^oi|s pass^oi^ $miik silence le reste de ce recueil : deux disser*taiJQfis en^^é^ à, Vacadén^ie pqur le pri;^ qu'elle propose toue les ^^ , l'nne sur le principe , l'^^tfA smt les lois du mouvement ; un discours sur la peste , oii il prend aprës*le P. Kircher l'hjpo* thèse des insectes; un traité des passions, etc. Mais nous en exceptons une pièce , à cause du grand et fameux adversaire qu'elle a pour objet, BemoulKi dont Hartsoëker avait attaqué Je sentiment sur la lui^ière du baromètre , exposé dans l'histoire de 1701 (i). • , , ,

Serfipvlli ^t soutçx^ir à Çàle SUr ce s^)et une thèse, ou l'on ne ménjigeait pas Hartsoëker , qui ^en ressentit vivement. Il ramassa (jk (ous coté^ les armes qui pouvaient servir su colère ; et cooupe il était «accusé d'eu vouloir toujours aux plus grands homine^ , teU qi^e £|uyghens, Leibnitx, Newton , il se justifie par en p^rlei plus lû>jrf 9^çn^ qup ji^mais , peut-être pour faire valoir sa lui^V^tion passée. Surtout (^eibnitz 9 qni n'entre dans la querelle qu'à cette ocp^ion et trè^incidefament, n'en est pas traité avec plus d'égard ; et sov^ àarmorm prèélqblié , ses monack^ » et quelques aul^res pensiiées particulières , sont mdement qufdifiées. On croirait que If s philosp^ihes devrftien^ être plus modérés dans l«nFS ^eittlle^ que lei^ pgëtes , les théologiens plfis que les philosophes; pependftut ^out est assez ég^l.

Aprè^ que Hartsoëker se fut établi à Utrecht , il entreprit un cours de physique auqi}?! il a beaucoup travaillé. Il y a fait de plqs un extrait entier ^e$ lettres de Leu^enboeck , parce qu'il trouvait que dans ce livf ç heaucpup d'observations r^res et cu-

(0 Psg« 1 et mv

riensés se perdaient àêns un tas de choses inutiles y qni empêcheraient pent-étre qu'on ne se donnât la- peine de les y aller déterrer. On doit être bien obligé à ceux qui sont capables de produire , quand ils veulent bien donner leur temps à rendre les productions d'autrui plus utiles au public.

Son application continuelle au travail altéra enfin sa santé, qui jusques-là s'était bien soutenue. Peu de temps avant sa mort, aur quelques reproches qui lui étaient revenus de la manière dont il en avait usé à l'égard de l'académie, il voulut se )iistifier par une espèce d'apologie qu'il n'a pu achever entièrement On s'imagine bien sur quoi elle roule : tout ce qu'il y dit est vrai , et il ne reste rien à lui reprocher , qu'une chose dont on ne peut le convaincre ; c'est que l'on sent dans ses critiques plot de plaisir que de besoin de critiquer : mais ce serait pousser U délicatesse trop loin , que de donner du poids k un sentiment qui peut être incertain et trompeur.

Il mourut le 10 décembre 1726. Il était vif > enjoué, officieux, d'une bonté et d'une facilité dont de faux amis ont abusé sAset souvent. Ces qualités , qui s'accordent si peu avec un fonds cri* tique , naturellement chagrin et malfaisant , sont peut-être m meilleure apologie.

vTuiLLAVMG Delisle naquit àParis, le dernier février 1675, de Claude Delisle , homme trës^célëbre par sa grande connaissance de l'histoire et de la géographie, et qui les enseignait dans Paris avec beaucoup de succès à tous ceux qui , faute de loisir, ou pour s'épargner de la peine , ou pour aller plus vite , avaient besoin d'un maître. Tous les jeunes seigneurs de son temps, et heureusement son temps a été très->long , ont appris de lui* Fea le duc d'Orléans fut son disciple j et comme il se connaissait dès-lors en hommes | il conserva toujours pour lui une bien^ veillance particulière. Delisle n'était pas de ces maîtres ordi* n aires , qui n'en savent qu'autant qu'il faut pour débiter à un écolier ce qu'il ne savait pas; il possédait à fond les ^eoces dont il faisait profession, et je l'ai assez connu pour assurer que la candeur de son caractère était telle , qu*il n'eût osé enseigner ce qu'il n'eût su que superficiellement.

Le père reconnut bientôt dans son fils toutes les dispositions qu'il pouvait souhaiter, et il était impossible que l'éducation manquât à la nature. Delisle presque enfant , à l'âge de huit

«u neuf ans , arait d^à dresse et dessiné lui-même sur l'histoire ancienne des cartes que Freret a vues , car il est bon d'avoir pour cette espèce de prodige un témoin illustre par une grande érudition. Ce fut vers la géographie que Delisle tourna toutes ses études , déterminé de ce côté-là par son inclination , aidé de toutes les connaissances , et conduit avec toute l'affection d'un père.

Communément on n'a guère d'idée de ce que c'est qu'une carte géographique , et de la manière dont elle se fait. Pour peu qa'on lise , on voit assez la différence d'une histoire à une autre*' da même sujet , et on juge les historiens : mais on ne regarde pas de si près h des cartes de géographie , on ne les compare point , on croit assez qu'elles sont toutes à peu près la même chose , que les modernes ne sont qu'une répétition des anciennes; et si dans l'usage on en préfère quelques-unes , c'est sur la foi d'une réputation dont on n'a pas examiné les fondemens. Les besoins ordinaires ne demandejut pas dans les cartes une grande exactitude. Il est vrai que pour celles qui appartiennent à la navigation , il en faut une qui ne peut être trop parfaite : mais il n'y a que les navigateurs qui sentent cette nécessité , il y va de leur vie.-

Sî lorsqu'un géographe entreprend de faire une carte de l'Europe , par exemple , il avait devant lui nn gros recueil d'observations astronomiques bien exactes de la longitude et de la latitude de chaque lieu , la carte serait bientôt faite ; tout viendrait s'y placer de soi-même à l'intersection d'un méridien et d'un parallèle connus. Jamais cette carte n'aurait besoin de correction , à moins qu'il n'arrivât des changemens physiques , qu'elle ne garantissait pas. Mais on a jusqu'ici très-peu d'observations des longitudes des lieux. On ne peut guère en avoir que depuis que feu Cassini a calculé les mouvemens des satellites de Jupiter, et que l'on observe à l'académie des éclipses des fixes par les planètes; car avant cela on n'avait pour les longitudes que des éclipses de lune , qui sont rares , qui jusqu'à l'invention des lunettes n'étaient pas assez bien observées , et qui même encore aujourd'hui ne donnent pas aisément des déterminations assezprécises.' On a toujours pu observer les latitudes , et les observations pourraient être en grande quantité; mais il faut des observateurs , et il n'y en a que depuis environ deux cents ans , et en très-petit nombre , semés dans quelques villes principales de rEurope. On n'a donc pour la carte qu'on en ferait que quelques points déterminés sûrement par observation astronomique ; et oh prendre tous les autres en nombre infini? On ne peut avoir recours qu'aux mesures itinéraires , aux distances des lienx, ré—

paiidue^ ^x\ une infinité d'bistpireç , do vojf^g^ , ie rel^^îpw , d'écrit^ d^ tout^^ ?$pèçe$ , nqais peti çxacteme^^ j çt , cç qui cçt ençpre pis , diipferempip^fct p^^sque dans tous. \\ Uut pç^çr l'^vtprit^ de çettç nmUitude <|9 différçn^ \i%^e$ ^ tX on pç le peu^

Ju'ayec le ^ePQyrs de ]>çay]^ç9i:fp d'a^t^es ço^naU^apces §pbsiii(ires; il faut açcQr4er jeç cont^ijdictionç qpi i^e Ç9,i\t m'apparentes ^ il faut faire un choix bien raisonné , quand elles 9pnt réelle^. Enfin ]^9 mçspreç coi^mç les lieues , qi^i Tf rieqt tant , qon-seH^^nçnt d'un état k un autre , ipais d'un pçtit pay^ du même élî^t à un autre ypisi^ , doiv^^t ctre ^ ^içn coi^^pçs du géographe , qu'il les puisse comparer ](op^s eqtrç çlles , et le^ rapporte^ à une mesure cox^mune , telle que la lieu^ çommui^e de F^a^çe. Toi^t cela est d'un détail îminense , e^ capable de lasser la patience la plus opiniâtre. Qq nç pls^mdff ît pas cçux gi^i emploieraient sautant de teipps et de travail à qije^ue théprie brillan^, et peut-être inutile | ils se^i^ient récompfïii^ et pa^" le plaisir de U production , çt Pf f ^» ÇW*^i?t ^9^^ V^. frapperait le public.

|!<es partips 4^s cartes qui Représentant le^ ni^r^, ou seii^nsent le4 cotes , ont encore leurs difiiçvltps pa^ticu^^èfe;. Qi| ne peut trop ramasser, trop comparer de journaux de pilotes et de routiers; les 4i9tances j sont marquées selon les rumbs 4,€ Tef^ts» auxquels pn ne peut se Çeif s'ils ont été pris s^ns 1^ bpv|Çole , et qu'il Ç^ut corriger si |a yariation de l'aiguille n'^ p<M été ailors cppnue, o^ pe l'a pas été exactement. Quelle eçpujevse et fatigante d^çussipnl II faut être ^ien pé géographe poui" s'j

Çn«ageT-

4ns$î A'^yait-oq pas pris jusqu'à présent ^oute2\ jçs peines nécessaires , et pc^t-étre ne sayait-on pas même assois bien \Qj^tt$ celles qu'il y avait ^ prendre. Nicolas «^nson a été 4aiM le siècle

Eassé le plus fs^meux de nos g^ogr^phes ; cçtte science loi doit , eai^çoup : ceppadant ses certes étaient fort imparfaites , soit par la faute de son siècle , soit paj la siennç. Il p'^y^it ji^ fOr çore assez d'obsery actions, et il n'avait p^s ^s^ez appr^j^onidi ni we^ rpchercbé. liOtrsque le; temps araiena de npuyplles ççpinaistances , il aiqia inieux le$ négliger que 4ç corr^ge^ ses premiers ouvrages par les derniers, et 4^ mettre pii^t^e eu^ u^e dii^i^ d^ce qi^ile blessait. La source de sop Ni^ fut toujç^^n 40ns le tropiquqi dq Capricorne , à 35 degrés de di^t^nce de sa Téritable pp^ition , parce qu'il en avait cru Ptoloniée q^\ en i^vai^ jugé vnsi. S^ Chine , sa Tartai^ie , sa terre d^Yeçç^ s'obstinaient à dkmevrer mai placées et mal 4ispo8ées. contre le témojgqs^ ^ relations- ^4ubitables. ^

peliitl^ v^^t dans le tea^ps oia tout semblait annoncer q^e la

géogff phie al^iit étranger de face. Le :|;^e 4e }^ T?)igipii et l'amoitr des richesses , principes biçn opposes , $'accordai(!pt ji aii^gmenter tons les joues le i^ombr^ des decpuyertçs 4^9$ ^^ cli« iDi^ts lointaiiif ; et IVstrqnomie , beaucoup plus parfaite qui». ja<fiai< y fournissait 4f nouy^au les longttu4es p2^r les latellites ^e Jnpiter , d'autant plus ^û^ement que les lieux ^ts^i^nt pluii. éloignés. Plusieurs points de la terre prenaient enfip des places qu'ils pe pouyai^nt pl^s perdre, et auxquelles les ai^tre^ devaient s'assujettir.

Jl I21 fin de 169g, Delîslç , âgé de vingtrcinq ^ns, donna ses premîefs ouyrages , une mappemonde 9 quatre certes 4^^ quatre parties ^e |a terre , et deux globes , l'un céleste , l'autre terrestre 9 dédiés à S. 4- ^- ^^^ l^ duc d'Qrléans; Iç tout ^ fit priiicipalement les globçs, avaient été f^its ^ç^s les yeux et sçus la direction 4e feu Cassini , ce qui seul aurait |*épondu dç I4 bonté et de l'exactitude du trayail.

L'ouTerti^r^ du siècle présent se fît 4opc k l'égard àe |a gép-. graphie par une t<^rre presque uQuyellç q\ke Delisle présenta. La Méditerranée , cette ^er si connue de tout ti^mps par les nations les plus sayaqtes, toujours couyerte de leurs vaisseaux, tra- Terséç 4f^ ^^^^ ^^ ^^^ possibles par unç infinité de navigateurs , n'avait que huit cent soixante lieues d'occident en orient , au lien de onze cent soixante qu'on lui donnait^ erreur priesque iocrojable. L'Asie était pareillement raccourcie 4e cipq c^nt$f lieues y la position de 1^ terre d'Yeço changée de dix-sept cents* Une infipité d'antres correctioris moins frappantes et |uoins sensibles ne surprenaient que les yeux savans. ; ei^Çorc Delisle^ avait-il jugé ïi 'propos de respecter jusqu'il un certain point les préjugés établis , et de n'user pi^s à toute rigueur du droit q^e lui donnltient ses découvertes : tant le faux s'attire d'cgi^rds pi^r cette ancienne ppssession oii il se tro.yve tqujours.

Les globes et les cartes eurej^t une appro((atioii générale 7 ^t on homme qui avait le titre de géographe du roi voulut eu partager le fruit par une mappepaonde en quatre feuilles qu'il puhLia aussU^t ^près , fort ^tnbUbl^ à ce qqi yev^^t 4e pa-^ raitie. Delûle, myai 4'M9 privilège , $e plaignit en JH^icei d'avoir été entièrement copié, à l'exception des fautes qu'oa avsdt npiises dans la uouvelle n^iappemonde , ou par ignorance , ou pour déguiser le larcin. Le conseil d'état privé du roi noo^ni^ deux experts en cette matière , oii il y en a pieu , feu Sauveur , et Chevalier , tous deux de cette sfaj^émie. ]..e détail de (''exactitude scrupuleuse qu'ils apjportërent à cette affaire est imprimé ; ûs se convainquiH^nt pai:C^itement qne V^vtrs^ire de I>elisle était un plagiaire* L'arrêt du consçil fut conforo^ ^ leur

avis , maïs le procès dura six ans. Delisle perdit à s'assurer ce qui lui était dû , une grande partie de ces six années, qu'O eât employées entières k s'enrichir utilement pour le public. Il usa généreusement de sa victoire ; il avait droit par l'arrêt de faire casser les planches du géographe condamné : il lui en laissa tout ce qui n'appartenait pas précisément à la géographie , des omemens assez agréables , des cartouches recherchés ,' qui pouvaient faire ailleurs l'effet de prévenir et d'amuser les yeux de la plupart du monde.

La Méditerranée plus courte de plus d'un quart qu'on ne l'avait cm jusques-là , avait fort étonné, et quelques-uns ne se rendaient pas encore aux observations astronomiques. Delisle, pour ne laisser aucun doute , entreprit de mesurer toute cette mer en détail et par parties , sans employer ces observations , mais seulement les portulans et les journaux de pilotes, tant de routes faites de cap en cap en suivant les terres , que de celles qui traversaient d'un bout à l'autre ; et tout cela évalué avec toutes les précautions nécessaires réduit et mis ensemble , s'accordait à donner là la Méditerranée la même étendue qaeles observations astronomiques dont on voulait se défier.

Il devait publier une Intraduction à la géographie , dans laquelle il eût rendu compte de tous les changemens dont il était auteur. Il ne l'a point publiée , occupé par d'autres travaux , et cependant on s'était accoutumé peu à peu à prendre en lui une confiance qui eût pu le dispenser de ce grand appareil de preaves. Il est vrai qu'en plusieurs occasions particulières il en avait donné qui marquaient tant de capacité et d'exactitude , tout ce 'qui sortait de ses mains était si bien d'accord avec ce qui en était déjà sorti , que cette confiance du public ne pouvait passer pour une grâce.

Peut-être penserait-on que l'extrême difficulté des discussions géographiques, et le peu d'apparence que des critiques s'y embarquent , donnent à un géographe une liberté assez ample de régler bien des choses à son gré. Mais sur les matières les moins maniées par le gros des savans , il y a toujours , du moins n on prend toute r£urope , un petit nombre de gens à craindre , et qui n'attendent qu'un sujet de censure , même léger. D'ailleurs un véritable savant prend un amour pour l'objet perpétuel de ses recherches , et se fait à cet égard une conscience qui ne lui permet pas d'imposer. On pouvait compter que Delisle était singulièrement dans cette disposition , il avait la candeur de son père.

Des mappemondes , des cartes générales de l'Europe , de l'Asie , de l'Afrique , de l'Amérique, ne sont que des ébauches de l^*

représentafion de la terre. Les cartes particulières demandent une nouvelle étude , et une étude d'autant plus pénible qu'elles sont plus particulières. L'objet croit toujours ^ mesure qu'il est regardé de plus près , et il y faut voir ce que l'on n'y considérait pas auparavant. Le nombre des matériaux nécessaires devient toujours plus accablant pour le géographe ; et s'il se pique de précision , tous ceux qu'il peut recouvrer lui sont nécessaires.

Encore une difficulté qui n'appartient guère qu'à la géographie , cW d'être fort changeante. Je ne parle pas des changemens physiques , ils sont peu considérables. Que les mers s'éloignent de leurs rivages , ou gagnent sur les terres, que de grandes riyières se fassent d'autres embouchures , qu'il naisse de nouvelles îles , un médiocre savoir embrasse sans peine ce petit nombre d'événemens rares ; mais les limites civiles des royaumes , des provinces , des gouvernemens , des diocèses , sont sujettes à de grandes variations dans certains intervalles de temps , et de plus la langue de la géographie change presque absolument ; tout prend de nouveaux noms , et c'est malheureusement dans les siècles les plus ténébreux , les plus dépourvus de bons auteurs. n n'y a personne qui n'en sache un petit nombre d'exemples : mais qu'est-ce que ce petit nombre , en comparaison de ce qu'un géographe en doit savoir? Les conquêtes des barbares du nord dans l'Europe , celles des Arabes et des Tartares dans l'Asie , défigurèrent les anciens noms , ou les effacèrent , et leur en substituèrent d'autres 5 et Ptolomée ne reconnaîtrait qu'à peine aujourd'hui sur nos cartes l'empire Romain.

Delisle a embrassé la géographie dans toute son étendue ; il l'a suivie dans toutes ses branches , et l'a prouvé au public par des cartes de toutes les espèces , qui sont au nombre de quatrevingt-dix. Nous en indiquerons seulement quelques-unes de chaque sorte , qui serviront d'exemples. •

Une carte intitulée : Le monde connu aux anciens^ et celle de lltalie et de la Grèce , etc. Nous avons rapporté en 17 14 (0 qu'il avait fait voir combien les mesures itinéraires des Romains étaient jostes et conformes aux observations astronomiques qu'on a eues depuis , et combien l'Italie et la Grèce étaient différentes de ce qu'elles paraissaient sur toutes les autres cartes. Par là se justifiaient certaines choses que les anciens avaient avancées , et que les modernes rendaient par leur faute trop absurdes et trop incroyables.

Une carte des évêchés d'Afrique , qui a paru au-devant d'une nouvelle édition d'Optat de Milcve. Elle avait toutes les difficultés de la géographie ancienne et de la géographie la plus parti- Ci) Page 80 et suir.

^ flLOGE

culière : car il y avait en Aff*i(]ue pl^is de s\% cents éyêcliés , dopt une partie n'était que de gros boufgs , et même des châteaux ; ^t il n'y a pas jusqu'à leurs noms qu'il ne soit souvent très-inal lûsé de détenuiner sûrement.

Unç carte de l'empire Grec du moyen âge , tirée de la description qu'en fit l'empereur Canstantiq Porphyrqgenëte dans le dixième siècle. C'est là plus que partout ailleurs qu'on trouve une languç toute nouvell^. L'empire est divisé en thèmes , expression inouie jusque&-là ; et tout est une espèce d'énigmç qui semble faite pour le supplice des géographes. Après cela il ne faut presque pas compter d'autres cartes du moyen âge , çoipme celle dii diocèse de Toul , nommé alors Ciuitas Leuçorum,

Une carte de la Perse absolument nouvelle et très-détaillée. On y retrouvait enfin cç grand pays, qui jusques-là n'avait ressemblé ni aux histoires d^s anciens , ni aux relations des iDbodernçs- On n'ayait point encore la vérit^^ble étendue ou figure de la mer Caspienne , que l'on doit aux conquêtes et aux découvertes 4^ £eu CEar (i) : mais I]|elisle en avait approché , autant qu'il était possible, par ses seules conjectures , et par son art singulier de mettre en œuvre et de combiner tous ses différens ma- ^é^iaux.

Une carte d'Artois pour mettre au-d^ant des commentaires de Maillart sur la coutume de cette province. Qui croirait que dans les cartes d'un petit pays si proche de nous et si connn , il y avait des rivières omises , et efi fécompen^e d'autres supposées \ quarante villages créés , ou du moins transportés de si loin , et avec des noms tellement défigurés , qu'iU ne pouvaient çtre reconnus par ceux qui demeuraient sur les lieux ?

pelisle entra dans l'acadéniie , en 1 702 , élève en astronomie du gi'and Cassini, quoiqu'il ne fût ni ne voulût être observateur ; mais on compta que l'usage qu'il savait faire des observations lui devait tenir lieu dç celles qu'il ne faisait pas ; et quoique dans 1^ plf(n de l'académie il n'y eût point de place de géographe , on lui en laissa occuper une , qui , selon les apparences , devait reçlcvenir ^près lui place d'astronome , faute d'un géographe tel que lui. Il passa ensuite au grade d'associé : mais le plus glorieux événement 4e sa vie a été d'être appelé pour montrer la géo^r^phie au rpj. Alors il commença à faire des cartes anîquennent par rapport à l'étude que ce jeune prince ferait de l'histoire. Il en dressa. une générale du monde en 1720 , oii les cartes générales pa^ qii il avait débiité en 1700 étaient déjà rectifiées , tant p^rce qu'il avait acquis de nouvelles luniières , que parce qu'il avait acquis ^ussi plus de hardiesse à ne point

(0 Voy. PHist. de 17^5, r«g- '^' «^ *"i^-

DE DELISLE. âSt

hiéaager les prëjiigà ordinaires , et 6h ihéme temps plus d'àuto- Hté. Lés duteurs , ainsi que cent ^ui gotivétraent , doivent Utt peu se régler sur l'opinion qu'ils sentent qne l'on â d'èbi. Là carte de là fameuse retraite des dix mille , néceltsalre ^oùr entendre lliistoire que Xënophon en a écrite, parut, eu 1721. Elle lui produisait une difficulté très-considérâble , qu'il ne poiivait lever que par une supposition hardie , que nous avons déjà etposée sni public (1). Quelquefois tes savàns ne sont pas fàchéè de se trouver ddns ces sortes de détroits , d'où ih ne peuvent sortir^ qu'à force de savoir.

Dès l'an 1718, il fut honoré par brevet du titre de prehiier géographe du fbi , que personne n'avait encore porté , ni né porte encore après lui. S. M. y joignit Une peusloh.

Il avait entrepris plusieurs ouvrages pour le rài , tine carte de l'empiré d'Alexandre , dont il rendait l'ét^Udiic beaucoup moindre y et par conséquent plu& vrai^mblable par ce niêmd principe pài-adoté , dont il 9e servait pour la retlraite Hës dix mâle ^ l'empire des Perses sous Darius } l'empire Romain dans sa plus grande étendue; la France selon toutes ses différentes divisions , tant sous les Romains que sous les trois races de ses rois. Toutes ces cartes , particulièrement destinées à l'histoire , et aux histoires les plus intéressantes , étaient des secours et des avantagés qui de l'édubation du roi devaient passer à celle des particuliers : mais ces travaux , quoicju'àpparénlment fort âtancés , ne sont pas finis.

On croit aussi qu'il a fort avancé une catte de la Terrè-Sâinte 4 théâtre des plu^ grands événemens qui aient jamais été, et qui puissent jamais être. Il j travaillait depuis long-temps avec un soin si scrupuleux et si difficile à contenter , qu'il semble que la religion y eût part. Il joignit à la terre-Saintë l'Égypté , pays très-fameut et très^péu connu.

Il île paraissait presque plus d'histoite oii de Voyage, que l'oh ne voulût ornéf d'une caHc de I)ëlisle. Ces sortes de modes prouvent du inoins lés grandes répufàtions. Il avait promis une carte à l'abbé de Vertôt pour soh histoire de Malte qui allait paraître : il la finit le 25 janvier 1726 au matin; et étant sorti l'après— diné^ , il JFut frappé dans là rué d'une apoplexie , dont il mourut )è même jour sans avoir répris connaissance. ' QUbi^Ue lè nom d'ùh savant ait bien du chemin à faire pour àlter jusqu'aux oreilles des têtes couronnées , et même seulement jusqu'à celles de son maître , le nom de Délisle avait frappé les puissances étrangères. Lé roi de Sardàignc , alors roi dé Sicile , ftt examiner par d'habiles geiis la carte de la Sicile publiée par (i) Voy. riSst. de 1721 , pag. 78 fcl fcuir.

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cet auteur » et elle fut trouvée si exacte et si correcte*, que sa majesté ThonOra d'une lettre accompagnée d'un présent que la lettre^rendait presque inutile. L'ambassadeur qui lui remit l'un et l'autre , avait ordre en' même temps de faire tous ses efforts pour l'engager à passer dans les états de ce prince , où il aurait tous les avantages et tous les agrémens qu'il demanderait : mais l'amour de la patrie le retint , et peut-être aussi l'espérance qu'elle n'aurait pas l'ingratitude assez ordinaire à toute patrie. D'autres puissances lui ont fait les mêmes sollicitations. Le czar allait le voir familièrement pour lui donner quelques remarques sur la Moscovie , et plus encore pour connaître chez lui , mieux que partout ailleurs , son propre empire. n

Deux de ses frères , tous deux de cette académie , et astronomes , ont été appelés à Pétersbourg. Un autre av^it pris l'histoire pour son partage. Il est rare qu'un père savant ait quatre fils qui le soient aussi , et avec succès. Cette inclination n'a pas coutume.de se communiquer tant, et encore moins le génie.

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