DE VALINCOUR
campagne qn^îl avait à Saint-Cload , et oii il se rétirait souvent , une bibliothèque choisie. Elle montait à 6 ou 7,000 volumes, lorsqu'elle fut entièrement consumée il y a près de cinq ans par le Ceu. qui prit à la maison. Ses recueils , fruits de toutes ses lectares , des mémoires importans sur la marine , des ouvrages on élMiuchés ou finis ; tout périt en même temps , et il en fut le spectateur. La philosophie , qui aurait été plus rigide sur une. perte de bien , lui permettait d'être sensiblement affligé de celle d'un trésor amassé par elle-même , et oii elle se complaisait ; mais son courage ne se démentit point. Je n'aurais guère pro^ filé de mes livres , disait-il , si je ne savais pas les perdre. Il était encore soutenu par une philosophie bien supérieure , par la religion , dont il fut toujours vivement pénétré.
Vers la fin de sa vie , il fut de temps en temps attaqué de diverses maladies, qui lemirentenciM'eàde plus grandes épreuves. Enfin 9 'il mourut le 4 janvier 1730, âgé de soixante-dix-sept ans.
On s'apercevait aisément dans son commerce ordinaire qu'il était plein de bonnes lectures. Il en ornait volontiers sa ponversation et ies lettres , mais à propos , avec nouveauté , avec grâces , conditions nécessaires et peu observées. Un certain sel qn*il avait dans l'esprit l'e&t rendu fort propre à la raillerie } mais il s'est toujours défendu courageusement d'un talent dangereux pour qui le possède , injuste à l'égard des autres.
Il a été ami particulier de la plupart de ceux qui ont brillé dans les lettres , et principalement de Racine et Despréaux ; et par cette raison il fut choisi , après la mort de Racine, pour être associé à Despréaux dans le* travail ou le dessein de l'histoire du feu Tin. Apparemment sa liaison avec ce grand satirique lui fit adopter quelques-uns de tes jugcmens , tels que celui qu'il portait contre le premier de nos poètes lyriques , jugement insoutenable sur le Parnasse , et recevable seulement dans un tribunal infiniment plus respectable , oii le satirique lui-même n'eût pas d'ailleurs trouvé son compte. Cependant Yalincour ne se laissa point emporter k l'excessive chaleur que mirent ses amis dans des disputes littéraires , qui ont fait assez de bruit. Il continua de vivre en amitié avec ceux qui refusaient l'adoration aux anciens ; il négocia même des réconciliations , et donna des exemples rares de modération et d'équité , quoique dans une bagatelle. Mais il n'a pas eu seulement des amis dans les lettres ; il en a eu dans les premières places de l'état , non pas simplement conmie un homme d'esprit dont la conversation peut délasser y mais comme un homme d'un grand sens à qui on peut parler d'affaires. Il ne s'est jamais fait valoir de ces commerces si flatteurs et si dasgereux pour la vanité : il les cachait autant 1. o&
qu'il était possible^ et ce qu'il cachait encore avec pins de soin, c'est l'usage qu'il en a fait toutes les fois que la justice ou le mérite ont eu besoin de son crédit.
Il n'était point marié , et jouissait d'un revenu considérable. Sa famille publie hautement sa générosité pour elle et ses bien* faits toujours prévenans : mais elle craindrait d'offenser sa vertu , et d'aller cotitre ses iiitetitions , si elle révélait ce qu'il a fait d'ailleurs par des motifs plus élevés.