‹ Œuvres de Francis Jammes (volume 3)Chapitre 18 sur 62 · CHARLES LACOSTE · texte numérisé non relu

CHARLES LACOSTE

A A bel Marie Decaux.

Ce grand peintre habite le pays de la discrète harmonie; la règne un goût si parfait que jamais un cri discordant ne trouble le paysage; il n'y a nulle tendance aux effets dans cet art naturellement simple et distingué sans effort et qui a : la race. Il semble même que cette peinture craigne de se faire remarquer. C'est là son génie, à cette époque. Elle est comme une femme aussi discrète que belle, qui n'expose qu'avec pudeur ses lignes et sa chair sans défaut. Il était naturel que cette beauté passât d'abord inaperçue parmi tant d'extravagances. Cette peinture est froide, affirmaient quelques-uns qui, à cette noble attitude, eussent préféré l'excitation d'une peinture complaisante. Elle manque de métier, observaient encore

ceux qui croient encore à la mimique facile de

L'amour.

Mais c'était simplement que ladite peinture ne permettait à ces détracteurs aucune familiarité. Il est une façon dont la peinture nous regarde, et il est beau que la beauté se défende parfois d'elle-même et que, inaccessible à certains, elle n'ait pas à subir leurs privautés.

C'est le cas. La fierté froide de ces pics azurés s'accorde davantage à quelque élégie de Lamartine qu'à des bouffonneries poétiques. Jamais de manque de tenue. C'est une noblesse naturelle transposée à tout, d'une âme passionnée, mais qui hait le tumulte, d'une âme qui ne sourit qu'à la façon des collines, c'est-à-dire dans l'ombre apaisée. J'avais déjà fait remarquer cette gravité dont l'émotion ne se trahit que comme la pudeur sur un admirable visage, et que c'est d'elle que sont nées ces évocations d'une Londres solennelle et ennuyée, tantôt suspecte et mirant dans la Tamise les feux multipliés de ses bijoux, tantôt tristement luxueuse comme cette enfant qui, parmi les iris de Hyde-park, érige ses jambes aristocratiques.

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