‹ Œuvres de François Arago (volume 2)Chapitre 29 sur 79 · HIPPARQUE · texte numérisé non relu

HIPPARQUE

mais un seul, fruit de sa jeunesse, nous est parvenu : c'est le Commentaire sur le poëme d'Aratus. Toutes les autres productions de l'observateur de Rhodes ont été perdues, et ne nous sont connues que par ce qu'en disent Ptolémée et d'autres écrivains plus anciens.

Hipparque procéda d'abord dans ses observations par voie d'ascension droite et de déclinaison. Il avait imaginé des méthodes pour transformer ces deux coordonnées des astres en longitude et latitude ; c'est dire qu'on lui doit l'invention de la trigonométrie sphérique. Pour se soustraire aux calculs excessivement laborieux que ces transformations exigeaient, il imagina un instrument, l'astrolabe , à l'aide duquel les longitudes et les latitudes des astres pouvaient être déterminées directement. C'est en comparant les longitudes et les latitudes des étoiles avec celles qui résultaient d'observations beaucoup plus anciennes d'Aristille et de Timocharis, qu'il fit la découverte qui immortalisera son nom. Il reconnut que l'équinoxe n'était pas fixe, qu'il rétrogradait par un mouvement dirigé de l'orient à l'occident; que les étoiles restaient toujours à la môme distance de l'écliptique, tandis que leur déclinaison, ou leur distance à l'équateur, était trèsvariable. Or, comme l'équateur, dans l'hypothèse de l'immobilité de la Terre, devait être invariable aussi , on expliquait la précession des équinoxes en dotant la sphère étoilée d'un mouvement annuel parallèle à l'écliptique, dirigé de l'occident à l'orient.

Ptolémée déclare que ce mouvement de précession , d'après les observations d'Hipparque, est de plus de 36"; ceci est vrai, mais le chiffre donné se trouve pourtant

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fort éloigné de la vérité, puisque nous savons aujourd'hui que le déplacement des équinoxes est de 50" par an.

Je fais connaître ailleurs les découvertes importantes d'Hipparque sur les mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes.

Je dois seulement, avant de terminer cette notice biographique, consigner ici l'opinion fondée sur un passage de Pline, sur les motifs qui déterminèrent Hipparque à former son catalogue de 1026 étoiles.

L'éloquent écrivain dit qu'IIipparque ayant aperçu une étoile qui s'était formée de son temps , voulut que la postérité pût constater si les étoiles naissent ou meurent, et dans cette vue entreprit le catalogue que Ptoîémée nous a conservé et dans lequel figurent 1026 de ces astres. Mais on a conçu des doutes sur la réalité de cette anecdote, s' appuyant particulièrement sur ce que Ptoîémée n'en fait nullement mention.

Voici les titres des ouvrages qu'IIipparque a composés, et qui sont irrévocablement perdus : Description du ciel étoile; Des grandeurs et des distances du Soleil et de la Lune ; Des ascensions des douzes signes ; Du mouvement de la Lune en latitude; Du mois lunaire; De la longueur de Vannée; De la rétrogradation des points équinoxiaux et solsticiaux; Critique de la Géographie cVÉratosihene; Représentation de la spJwre sur un plan; Table des cordes du cercle en douze livres; Traité des levers et des couchers des étoiles.

On ne peut assigner avec certitude le lieu et la date de la naissance de Ptolémée, quoique pendant une longue suite de siècles il ait été considéré comme le plus grand astronome de l'antiquité, quoique ses nombreux admirateurs eussent même attaché à son nom l'épithète de divin. Ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il vivait sous les règnes d'Adrien et d'Antonin, qu'il florissait vers l'an 130 de notre ère, et que sa mort arriva à une époque inconnue, mais postérieure au 22 mars de l'an 141 de notre ère.

Nous ne connaissons, du reste, aucune particularité de sa vie. Quelques écrivains, se fondant sur la similitude des noms , ont prétendu qu'il était de la race royale des Ptolémées, qu'il ne voulut se faire un nom que par ses recherches scientifiques , et que, suivant cette pensée, il vécut uniquement occupé de la contemplation du ciel dans les pteres ou ailes d'un temple égyptien à Canope; mais tout cela est dénué de preuves. Ptolémée avait modestement intitulé son principal ouvrage, Composition ou syntaxe mathématique. Entre les mains des traducteurs arabes cet ouvrage est devenu le très-grand (Almagesti) , et le nom d' Almageste lui est resté.

On donnera une juste idée de l'admiration des savants de l'Orient pour Y Almageste , en rapportant qu'une des conditions du traité de paix conclu par les califes vainqueurs avec les empereurs de Constantinople , fut le don d'une édition manuscrite de l'ouvrage de Ptolémée.

L' Almageste renferme une exposition claire du système

astronomique qui porte le nom de son auteur, et des questions variées qui s'y rattachent; on y trouve aussi une description de tous les instruments qui , suivant Ptolémée, étaient nécessaires à l'observateur qui voulait perfectionner la science.

Lorsque des astronomes se livrèrent à une étude minutieuse de YAlmageste, non pour apprendre simplement quelle était l'étendue des connaissances des Grecs sur l'astronomie, mais pour y puiser les éléments de nouvelles discussions, la réputation de Ptolémée reçut les plus grandes atteintes. Kepler, qui le premier vit combien il était difficile de concilier plusieurs des résultats de Ptolémée avec les observations modernes, ne voulut pas s'attaquer à la renommée jusque-là intacte de l'astronome d'Alexandrie. Il supposa qu'en quinze siècles il était arrivé dans le ciel de grandes perturbations. Mais Halley, Lemonnier, Lalande, Delambre, n'usèrent pas d'un tel ménagement; ils accusèrent Ptolémée d'avoir falsifié les observations anciennes d'Hipparque et quelquefois de se les être appropriées ; d'avoir dissimulé avec soin celles des observations qui ne s'accordaient pas avec ses théories. Quoi qu'il en soit de ce débat, durant lequel des opinions, contradictoires ont été soutenues par des hommes du premier mérite, il est certain qu'une de ses conséquences a été de faire descendre Ptolémée du rang que l'antiquité lui avait assigné et de donner la première place au vieux Hipparque.

Les nombreux écrits de Ptolémée dont il nous resterait à parler, ne sont arrivés à la connaissance des modernes que par des traductions arabes. Nous ne mentionnerons ni. — m. il

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