‹ Œuvres de François Arago (volume 2)Chapitre 33 sur 79 · ALBATEGNIUS · texte numérisé non relu

ALBATEGNIUS

Ce prince et astronome arabe , car dans les temps reculés et chez les Mahométans ces deux titres n'étaient pas contradictoires, vivait vers l'an 880 de notre ère et mourut l'an 929.

11 cultiva les sciences avec succès. On n'a de lui qu'un ouvrage sur les- phénomènes célestes. Cet ouvrage ne nous est connu que par une traduction faite , a-t-on dit , par un homme qui ne savait ni le latin ni l'astronomie.

Comme astronome praticien on cite d'Albategnius l'observation de quatre éclipses; celle de l'obliquité de réclip-

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tique qui, toute correction faite, se trouve être, d'après lui, de 23° 35' 41"; l'observation d'un équinoxe d'où il a déduit une longueur de l'année trop courte de 2m 26% et par-dessus tout, car ce résultat est une véritable découverte, la constatation du déplacement du périgée solaire. Ce déplacement, dont aucun astronome n'avait eu précédemment l'idée, portera le nom d' Albategnius jusqu'à nos derniers neveux.

Albategnius faisait la précession annuelle des équinoxes de 54" , nombre évidemment trop fort.

Albategnius observait à Aracte.

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Aboul-Wéfà al Bouzdjani (Mohammed ben Mohammed ben Iahia ben Ismaël ben Alabbas) est né en l'année 939 de l'ère chrétienne, dans la ville de Bouzdjan, située à une journée de marche de Nischabour, capitale du Khorasan. A l'âge de vingt ans, il se rendit à Bagdad, où il demeura jusqu'à sa mort arrivée en 998. Doué des plus heureuses dispositions pour les sciences mathématiques, il reçut des leçons des hommes les plus habiles de son temps, et dépassa bientôt ses maîtres; devenu professeur à son tour, il compta parmi ses élèves un grand nombre de savants distingués, et fit école. L'époque où il florissait était favorable pour les grands travaux ; les princes Bouides, après s'être emparés de la Perse, gouvernaient les États musulmans de l'Orient au nom des califes

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Abbassides, réduits à l'autorité spirituelle et revêtus de la dignité à' émir al omrah (émir des émirs), que l'on peut comparer à celle de maire du palais, ils maintenaient la paix dans l'empire et renouvelaient les prodiges du règne d'Al-Mamoun. L'un de ces princes, Adhad Eddaulah , qui avait appris l'astronomie d'Ebn al Aalam et étudié le ciel étoile avec Abdurrahman-Suphi, devait, pendant un règne de trente-trois ans, se montrer le protecteur éclairé des lettres, et transmettre à ses successeurs le désir de favoriser le progrès des sciences. Aboul- Wéfâ trouva donc dans les chefs de l'État les encouragements nécessaires pour ses travaux, et tandis qu'il commentait Euclide et Diophante, qu'il écrivait un Traité d'arithmétique dont un volume se trouve à la Bibliothèque de Leyde, qu'il traduisait un Traité d'algèbre d'un certain Hipparque, surnommé le Rafanien, il se livrait aux observations astronomiques, corrigeait les tables de ses devanciers et rédigeait un almageste tout à fait original , qui révèle dans l'auteur un esprit aussi profond que lucide et un mérite d'exposition bien rare chez les écrivains Arabes. Les premiers chapitres de cet almageste contiennent les formules des tangentes et des sécantes, des tables de tangentes et de cotangentes pour tout le quart de cercle. Aboul-Wéfâ en fait le même usage qu'aujourd'hui dans les calculs trigonométriques ; il change les formules des triangles; il en bannit ces expressions composées, si incommodes, où se trouvaient à la fois le sinus et le cosinus de l'inconnue. On en faisait sans aucun fondement honneur à Régiomontanus, et l'on n'en a joui en Europe que six cents ans après l'invention pre-

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mière par les Arabes, dont malheureusement les ouvrages n'ont pas été assez répandus.

Aboul-Wéfâ, en comparant ses propres observations à celles des astronomes qui s'étaient succédé depuis Al- Mamoun, et aux tables de Ptolémée, avait été amené à signaler dans la théorie lunaire une correction importante : il avait clairement indiqué la troisième inégalité , appelée vari a tion par Tycho-Brahé, et toutes les objections soulevées contre la découverte de l'auteur arabe n'ont pu détruire ce fait désormais acquis à la science, que tout homme ignorant l'existence de la variation et lisant le passage d' Aboul-Wéfâ aurait été conduit infailliblement à la détermination de la même inégalité que celle de Tycho K

Non-seulement Aboul-Wéfâ observait par lui-même, mais il prenait un intérêt extrême aux travaux de ses contemporains. Nous le voyons assister en 988 à deux observations de solstice et d'équinoxe, faites à Bagdad par l'astronome Alkuhi, et dont l'écrivain arabe Alzouzeni nous a conservé tous les détails. Aboul-Wéfâ entretenait en même temps avec ses amis une correspondance mathématique. A sa mort (998), l'école scientifique de Bagdad était à son déclin ; l'Asie était déjà bouleversée par les Ghasnévides , et le Caire allait devenir le foyer d'un grand mouvement intellectuel qui devait rayonner sur toute l'Afrique occidentale et l'Espagne.

1. Voyez L.-Am. Sédillot, Matériaux pour servira V histoire des sciences mathématiques chez les Grecs et les Orientaux, t. Ier.

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EBN-JOUNIS

Ebn-Jounis (Aboul Hassan Ali ben Abderrahman ben Ahmed ben Jounis ben Abdalaala ben Mousa ben Maisara ben Hafes ben Hyan ) , né en Egypte vers le milieu du xe siècle de notre ère , appartenait à une ancienne famille originaire de l'Yemen. Un de ses ancêtres, jurisconsulte habile, s'était distingué dans la science des traditions, partie si importante du droit civil et religieux des Musulmans; son père, Abou Saïd Abderrahman, avait écrit une histoire de l'Egypte; lui-même, enfin, avait reçu une éducation brillante, et montré qu'on pouvait être à la fois musicien , poëte et mathématicien.

Les fathimites venaient de s'emparer de l'Egypte, et Moez Ledinillah fondait le califat du Caire , au moment où l'empire des Arabes se trouvait exposé aux plus terribles bouleversements; Ebn-Jounis, qui avait voyagé dans l'Irak et puisé à l'école d'Aboul-Wéfâ le goût de l'astronomie, trouva dans le calife Aziz, successeur de Moez Ledinillah (975-996), un protecteur bienveillant, qui lui fournit les moyens de faire de nombreuses observations. Ces observations remplissent une période de trente ans, de 977 à 1007. Commencées sous Aziz, elles se continuèrent pendant les onze premières années du règne de Hakem, et portèrent sur des éclipses de Soleil et de Lune, sur des conjonctions de planètes et d'étoiles, etc. Ebn-Jounis observait dans le grand Cavafa, au-dessus d'une mosquée appelée pour cette raison la Mosquée de l'Observatoire; plus tard Hakem,

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si connu par ses extravagances , mais heureusement trèszélé pour l'astronomie, fit construire un observatoire sur le mont Mocattam, à l'orient du Caire, et il s'y rendait souvent pour y étudier la sphère céleste : on sait que ce calife est le chef de la religion de Druses.

Ebn-Jounis, qui avait entrepris la rédaction d'un Traité fort étendu, ne le termina que sous le règne de Hakem, et le lui dédia. Ce Traité, appelé Table Hakémitc , formait quatre volumes ; nous n'en possédons que des fragments, mais on peut juger du mérite de l'ouvrage par les chapitres que MM. Deshaulerayes, Caussin et Sédillot ont successivement traduits. Indépendamment de ses propres observations, Ebn- Jounis en donne plusieurs qui remontent au règne d'Al- Mamoun , et qui remplissent un intervalle de plus de cent cinquante ans. On trouve également dans son livre un grand nombre de pratiques et de règles qui rapprochent la trigonométrie arabe de celle des modernes, l'emploi des tangentes et des sécantes, déjà proposées par Aboul- Wéfâ, comme moyens subsidiaires en certains cas compliqués; des artifices de calcul qui n'ont été imaginés en Europe que dans la première moitié du xvmc siècle. Nous devons aussi à Ebn-Jounis l'emploi du gnomon à trou et d'importantes corrections apportées aux Tables grecques. Aussi son Traité remplaça-t-il dans tout l'Orient YAlmageste de Ptolémée. On voit les Tables luni-solaires d' Ebn-Jounis reproduites : 1° chez les Persans, dans les Tables gélaléennes d'Orner Keyam, qui déterminent la véritable longueur de l'année tropique en 1079; 2° chez les Grecs, dans la Syntaxe de Chrysococca ; 3° chez les

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