‹ Œuvres de François Arago (volume 2)Chapitre 57 sur 79 · TRAVAUX D'ASTRONOMIE STELLAIRE · texte numérisé non relu

TRAVAUX D'ASTRONOMIE STELLAIRE

Le curieux phénomène des changements périodiques d'intensité de certaines étoiles excita vivement et de bonne heure l'attention d'Herschel. Le premier Mémoire de l'illustre observateur qui ait été présenté à la Société royale de Londres et inséré dans les Transactions philosophiques , traite précisément des changements d'intensité de l'étoile o du col de la Baleine.

Ce Mémoire était encore daté de Bath, mai 1780. Onze ans après, dans le mois de décembre 1791, Herschel communiqua une seconde fois à la célèbre Société anglaise , les remarques qu'il avait faites en dirigeant quelquefois ses télescopes vers l'étoile mystérieuse. Aux deux époques l'attention de l'observateur s'était principalement portée sur les valeurs absolues des maxima et des minima d'intensité.

L'étoile changeante de la Baleine n'est pas la seule étoile périodique dont Herschel se soit occupé. Ses observations de 1795 et de 1796 lui prouvèrent que a d'Hercule appartient aussi à la catégorie des étoiles variables, et que le temps nécessaire à l'accomplissement de tous les changements d'intensité et au retour de l'étoile à un état donné est de 60 jours un quart. Quand Herschel arriva à ce résultat, on connaissait déjà une dizaine

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d'étoiles changeantes; mais elles étaient toutes à trèslongues ou à très-courtes périodes. L'illustre astronome estimait qu'en introduisant entre deux groupes à si courtes et à si longues périodes, une étoile dans des conditions en quelque sorte mitoyennes, une étoile qui emploie 60 jours à accomplir toutes ses variations d'intensité, il avait fait faire un pas essentiel à la théorie de ces phénomènes : à celle du moins qui consiste à tout attribuer à un mouvement de rotation que les étoiles éprouveraient autour de leurs centres.

Les catalogues d'étoiles doubles de William Herschcl offrent un bon nombre d'étoiles auxquelles il attribue des teintes bleues ou vertes prononcées. Dans les combinaisons binaires, quand la petite étoile semble très-bleue ou très-verte, la grande est ordinairement jaune ou rouge. 11 ne paraît pas que le grand astronome se soit suffisamment préoccupé de cette circonstance. Je ne trouve, en effet, nulle part que l'accouplement presque constant de deux couleurs complémentaires (du jaune et du bleu, du rouge et du vert) , l'ait conduit à soupçonner qu'une de ces couleurs pouvait n'avoir rien de réel , n'être souvent qu'une illusion, qu'un résultat de contraste. Ce n'est qu'en 1825 que j'ai montré qu'il y avait des étoiles dont le contraste expliquait réellement la couleur apparente ; mais j'ai prouvé en outre que le bleu est incontestablement la couleur de certaines étoiles qui sont isolées , ou qui n'ont dans leur voisinage que des étoiles blanches ou bleues elles-mêmes. Le rouge est la seule couleur que les anciens aient jamais distinguée du blanc dans leurs catalogues d'étoiles.

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Herschel a encore essayé d'introduire des chiffres dans la classification des étoiles par ordre de grandeur; il s'est appliqué à déterminer en nombres le rapport entre l'intensité d'une étoile de première grandeur et l'intensité d'une étoile de seconde , de troisième, etc.

On trouve dans un des premiers Mémoires d' Herschel la preuve que les diamètres apparents des étoiles sont en majeure partie factices, même lorsqu'on fait usage des télescopes les mieux travaillés. Les diamètres évalués en secondes, c'est-à-dire réduits à raison du grossissement, diminuent quand ce grossissement augmente. Ces résultats ont la plus haute importance.

En cherchant les parallaxes des étoiles sans pouvoir y parvenir, Herschel fit une découverte importante : celle du mouvement propre de notre système. Il fallait, pour faire jaillir, des déplacements de perspective des étoiles, la direction du mouvement du système solaire , non-seulement des connaissances mathématiques profondes , mais encore un tact particulier. Ce tact, Herschel le possédait à un degré éminent. Aussi, le résultat déduit du nombre très-restreint de mouvements propres qui étaient connus au commencement de 1783, s'est trouvé à peu près d'accord avec celui que d'habiles astronomes ont obtenu récemment par l'application de formules analytiques subtiles à un nombre considérable d'observations précises.

Les mouvements propres des étoiles sont reconnus, constatés depuis plus d'un siècle, et Fontenelle disait déjà, en 1738, que le Soleil peut-être se mouvait de même. L'idée d'attribuer en partie les déplacements des étoiles à un mouvement du Soleil , s'était offerte à Bradlev

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et à Mayer. Lambert surtout, avait été à cet égard d'une netteté remarquable. Jusque-là, cependant, on restait dans le domaine des conjectures, des simples probabilités. Herschel franchit ces limites. Il prouva, lui, que le Soleil se meut en effet; que sous ce rapport aussi, cet astre éblouissant, immense, doit être rangé parmi les étoiles; que les irrégularités, en apparence inextricables de tant de mouvements propres stellaires, tiennent en grande partie au déplacement du système solaire; qu'enfin le point de l'espace vers lequel nous nous avançons chaque année est situé dans la constellation d'Hercule.

Ces résultats sont magnifiques. La découverte du mouvement propre de notre système comptera toujours parmi les plus beaux titres de gloire d'Herschel, même après la mention que mon devoir d'historien m'a conduit à faire, des conjectures antérieures de Fontenelle, de Bracllcy, de Mayer , de Lambert.

A côté de cette grande découverte , on doit en placer une autre qui semble avoir encore plus d'avenir. Les résultats qu'elle permet d'espérer seront d'une extrême importance. La découverte dont il s'agit a été annoncée au monde savant en 1803 : c'est celle de la dépendance réciproque dans laquelle sont certaines étoiles qui sont liées les unes aux autres comme les diverses planètes de notre système et leurs satellites sont liés au Soleil.

Que l'on joigne maintenant à ces immortels travaux les idées si ingénieuses que l'on doit à Pïerschel sur les nébuleuses, sur la constitution de la Voie lactée, sur l'ensemble de l'univers, idées qui constituent presque à elles seules l'histoire actuelle de la formation des mondes, et l'on ne

pourra qu'avoir une profonde admiration pour ce génie puissant qui n'a presque pas failli, malgré une imagination ardente.

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