‹ Œuvres de François Arago (volume 2)Chapitre 76 sur 79 · OEuvre posthume · texte numérisé non relu

OEuvre posthume

quotidien et à la sueur de leur front, arrivaient à l'aisance la plus modeste ; ils les appelèrent des cumulards. Bientôt on vit les zoïles à la suite, les envieux de toute espèce, faire imprimer les noms les plus honorables avec l'épithète de cumulards, dans des dictionnaires offerts à la curiosité des passants , par les librairies les plus mal famées.

Il était important d'éclairer les députés qui n'avaient pas eu le temps d'étudier la question sous toutes ses faces, afin d'arrêter un débordement dont on eût trouvé l'origine dans des haines personnelles et dans les plus honteuses passions : je me chargeai de ce soin , et peu touché du reproche qu'eussent pu m'adresser ceux de qui j'étais peu connu , d'agir dans un intérêt privé plutôt que dans celui de la science , je me rendis successivement chez les orateurs les plus éminents de la Chambre ; j'eus le bonheur entre autres, d'intéresser à cette cause Benjamin Constant, qui me promit de stigmatiser comme il savait le faire ce projet d'irruption de la barbarie dans le domaine de l'intelligence. Loin de reculer devant les attaques dirigées contre les cumulards, j'écrivis alors un petit article que j'avais l'intention de lire dans une de nos séances publiques et dans lequel j'essayai de prouver que, par un retour vers une institution qui date de Colbert, l'État devait accorder des pensions aux hommes supérieurs sans leur imposer aucune fonction.

Je reproduis cet écrit , dont des circonstances particulières, indépendantes de ma volonté, ont retardé la publication, comme une sorte de conclusion de mes études biographiques.

Les mauvais penchants, comme les plantes nuisibles,

sont très-difficiles à extirper complètement ; il ne serait donc pas impossible que quelques-uns des rapprochements historiques contenus dans cet écrit devinssent un jour utiles.

Cette considération me servira d'excuse auprès de ceux qui seraient tentés de croire qu'au milieu du xixe siècle la science est suffisamment protégée, et que les savants sont trop heureux de travailler dans l'intérêt de la science au milieu d'une société qui veut bien ne plus les persécuter.

Thomas, l'auteur de Y Essai sur les éloges, s'exprime ainsi : « Soit qu'en célébrant les grands hommes vous preniez pour modèle la gravité de Plutarque, ou la sagesse piquante de Fontenelle, n'oubliez pas que votre but est d'être utile. »

Yoilà assurément une pensée irréprochable ; oserait-on affirmer que les biographes de tous les temps en aient été suffisamment pénétrés. Depuis près de deux siècles, les sociétés savantes paient régulièrement un juste tribut de regrets à ceux de leurs membres qui viennent de disparaître de la scène du monde ; ces éloges académiques offrent dans leur ensemble une statistique intellectuelle et morale très-précieuse. Chacun peut y suivre les développements du cœur, de l'esprit et du caractère chez les hommes que la nature a comblés de ses dons. On y trouve souvent le génie aux prises avec l'infortune; on le voit lutter rudement contre des institutions sociales qui l'arrêtent dans son essor, qui le découragent , qui souvent le font avorter. Un pareil tableau tracé, colorié par les maîtres de l'art, s'empare des imaginations, les remue, les passionne; mais est-ce bien là toute la tâche du bio-

graphe? Après avoir signalé le mal, ne devrait-il pas chercher le remède? Pourquoi s'en fier sur ce point à de prétendus législateurs, complètement étrangers à l'histoire des douleurs, des misères, des angoisses poignantes qui ont été l'apanage de beaucoup d'esprits supérieurs? Saisissons toutes les occasions de montrer que l'homme de génie entravé dans sa marche par des institutions sociales vicieuses, n'accomplit pas sa destinée; qu'il descend dans la tombe avant d'avoir pu jeter sur les milliers de phénomènes dont nous sommes entourés ces clartés vives et fécondes qui deviennent pour tout un peuple d'immortels titres de gloire; qui manquent rarement aussi de contribuer au développement de la richesse publique.

Quand on veut parler des savants dont les facultés éminentes ont été mal appliquées, les noms viennent se placer en foule sous la plume.

Un homme d'État, célèbre par ses spirituelles saillies, disait d'un de ses adversaires politiques : « Sa vocation est de ne pas être ministre des affaires étrangères. »

Me serait-il difficile de citer, dans la carrière des sciences, des hommes dont la vocation était de ne point professer, de ne point inspecter, de ne point examiner, et qui, pendant une longue vie, ont été quotidiennement occupés à faire des leçons, à juger des professeurs et à examiner des élèves. Cet emploi inintelligent des plus hautes facultés a eu dans tous les temps les conséquences les plus fâcheuses. Je me propose d'établir dans cet écrit que les hommes dont je viens de parler, lorsque leur mérite est bien reconnu, devraient être abandonnés à leurs penchants naturels, que l'État ferait très- sagement

de pourvoir libéralement à leur entretien, de les soustraire aux soins vulgaires que les préoccupations de chef de famille leur inspirent si justement, et qui trop souvent, hélas ! arrêtent le génie dans son essor.

J'entends les objections surgir en foule : le génie ne se mesure pas au mètre; il sera méconnu; dans ses luttes contre la médiocrité rampante, on le verra toujours succomber. Quelle règle appliquer aux productions littéraires? N'a- 1- on pas vu un moment les ouvrages des plus grands écrivains du siècle de Louis XIV honnis et bafoués? N'a-t-on pas dit des historiens, par exemple, en croyant émettre un adage plein de sens : « Ils doivent être sans passions et sans pensions. » Rétribuer sur les fonds de l'État des hommes qui n'auraieut pas des fonctions patentes, obligatoires, de tous les jours, ce serait offrir une prime à la paresse; ce serait faire revivre l'odieux abus des sinécures, des bénéfices, etc.

Ces difficultés ont quelque chose de réel; elles ne paraissent pas insurmontables. L'institution que je propose a déjà existé sous Louis XIV, sous la Régence, sous Louis XV, sans le contrôle redoutable d'une presse libre, et cependant les abus ne furent ni aussi grands ni aussi nombreux qu'on aurait pu, qu'on aurait dû le craindre. A peine l'Académie des sciences venait-elle de naître, que Colbert fit un fonds annuel de cent mille livres pour être distribuées aux hommes célèbres de France et de l'étranger. Le tableau des pensionnés n'est assurément pas à l'abri de toute critique. Chapelain, le mieux rétribué de tous, y figure «comme le plus grand poëte français qui ait jamais été ; » Leclerc , Boyer, sont qualifiés « d'excel-

lents poètes»; Desmarest est auteur «de la plus belle imagination qui soit au monde»; mais à côté de ces arrêts burlesques dont la postérité, fort coutumière du fait, n'a tenu aucun compte, on trouve dans les listes les noms de Corneille, de Racine, de Fléchier, de Quinault; dans les sciences, parmi les seuls étrangers : ceux de Viviani, d'Heinsius, d'Hévélius, de Huygens. De pareils choix ne doivent-ils pas faire pardonner quelques erreurs, quelques bévues, imputables à des relations de cour, à l'aveuglement de l'amitié, surtout à des sentiments de camaraderie? car si ce dernier mot est neuf, la chose qu'il désigne est bien ancienne.

Pas plus qu'un autre, je ne voudrais accorder ma confiance à ceux qui acceptent les fonctions d'historiographes privés, ou la position de poètes lauréats. Je sais, comme tout le monde, qu'ils sont chaque jour dans l'alternative de perdre leur pension ou leur propre estime ; je sais qu'ils n'écrivent pas une seule ligne sans se demander si elle ne leur sera pas reprochée par les porte-clefs des cassettes princières, ou par les distributeurs de fonds secrets. J'ai parlé, moi, de rémunérations nationales; or, à moins de s'abandonner à la pensée cruelle, et de plus mensongère , que le talent et des sentiments de délicatesse et d'honneur ne marchent jamais réunis, qui pourrait douter que tous ceux dont le pays aurait proclamé la prééminence, sentissent se fortifier en eux l'amour du beau et du bien? Quant à moi, je crois qu'ils deviendraient les apôtres ardents de la vérité; les antagonistes décidés du mensonge. Ils seraient, dans le champ des sciences et de la littérature, les mandataires

du pays. Tout ce qui pourrait leur imprimer plus fortement ce noble caractère, me semblerait donc utile et désirable. Peut-être dans le choix des personnes faudrait -il exiger l'intervention des Chambres législatives. Une présentation de candidats par les académies de l'Institut, deviendrait aussi une forte garantie. D'autres mesures, d'autres précautions ne manqueraient pas d'être suggérées.

Ici, j'ai dû me borner à l'idée première. Si j'en juge par le passé , cette idée ne pourrait manquer de devenir féconde en grands résultats. Lorsque, sur l'invitation de Colbert, Huygens, Cassini et Rœmer vinrent s'établir à Paris, ils n'eurent ni leçons à faire, ni collèges à inspecter. Les étudiants de l'époque se seraient peut-être étourdiment égayés aux dépens de la prononciation plus ou moins correcte du professeur hollandais, danois ou italien. Les choses furent envisagées de plus haut. Par la bouche du grand ministre, la France dit aux illustres étrangers : « Je serai amplement récompensée de l'hospitalité que je vous offre, si les travaux auxquels vous allez vous livrer dans le silence du cabinet éclairent des points encore obscurs de la science , s'ils font faire de nouveaux pas à l'esprit humain. » A ce noble langage répondirent les plus beaux travaux. Qui oserait regretter les pensions de quelques milliers de francs accordées par nos ancêtres aux auteurs de la Théorie de la double Réfraction; de la Détermination de la vitesse de la Lumière; de la Découverte des Satellites de Saturne, de celle de la Libration de la Lune?

Clairaut jouit durant sa vie, de pensions académiques

et autres, qui n'imposaient en apparence aucun devoir. Dans les idées du jour, Glairaut serait un sinécuriste. Le sinécuriste Glairaut, abandonné au libre cours de ses idées, débarrassé des soins pénibles de l'enseignement, de l'influence amortissante des occupations à heure fixe, a légué à sa patrie, au monde savant, un ouvrage : la Théorie de la figure de la Terre, qui restera comme un modèle d'élégance et de profondeur; la première solution du fameux problème des trois corps, ou de la détermination des orbites relatives de trois astres qui circulent dans l'espace en obéissant aux lois de la pesanteur ; le premier calcul qui ait effacé définitivement les comètes de la liste des météores qu'on ne voit qu'une fois, pour en faire une catégorie à part de corps célestes, une classe de véritables planètes, mais parcourant des orbites extrêmement allongées.

D'autres exemples semblent-ils nécessaires? N'est -il pas suffisamment établi qu'une fois tranquilles sur leur vie matérielle et les plus stricts devoirs de famille, les hommes d'élite se livrent aux investigations les plus ardues sans avoir besoin d'être ignominieusement assimilés aux tâcherons des ateliers? Dois-je faire remarquer encore que le désir de soulever ou de déchirer le voile épais sous lequel les phénomènes naturels naissent et se développent, prend souvent le caractère d'une véritable passion ; que des sentiments d'humanité , l'amour du pays, en deviennent les nobles stimulants?

Envisageant la chose sous un aspect moins relevé, a-t-on enfin oublié cette définition de la nourrice de d'Alembert : « Un philosophe ! c'est un fou qui se tour-

mente pendant sa vie, pour qu'on parle de lui lorsqu'il n'y sera plus? » Eh bien ! les faits incontestés, éclatants, viendront à mon aide :

D'Alembert ne remplit jamais de fonctions ni dans le professorat ni dans l'administration ; aucune obligation quotidienne ne lui fut imposée durant sa vie; cependant, dans la seule branche des mathématiques, il a publié en ouvrages spéciaux et en mémoires séparés, l'équivalent de plus de dix volumes in -4°, dans lesquels la postérité remarquera la découverte d'un principe général de dynamique ; la découverte du calcul aux différences partielles ; le perfectionnement de l'explication des plus importants phénomènes des mouvements célestes , la précession des équinoxes, et la nutation de l'axe de la Terre.

Euler, dont Condorcet a caractérisé la carrière d'une manière si vraie et si concise en disant que le 7 septembre 1780, à l'âge de soixante-seize ans, « il cessa de calculer et de vivre; » Euler, pensionné, mais non astreint à aucune occupation quotidienne, avait écrit plus de trente ouvrages séparés, et près de sept cents Mémoires. Les prescriptions de l'autorité, les engagements d'honneur, pourraient à toute rigueur donner naissance à un travail si colossal ; mais le seul génie, abandonné à lui-même, débarrassé de toute entrave, produisant, parce qu'il est dans sa nature de produire, pouvait allier l'originalité au nombre , marquer chaque écrit par des vues ingénieuses, de nouvelles méthodes ou par des découvertes du premier ordre.

J'ai honte, enfin, d'aborder la supposition qu'il n'existe chez l'homme, d'activité d'esprit, de passion pour la

vérité, de désir de s'illustrer par de bons ouvrages ou des découvertes, que sous l'aiguillon de la misère et de la faim. Cette supposition n'est pas moderne. « Un bon poète, disait Charles IX, en parlant de son auteur de prédilection (Ronsard), ne se doit non plus engraisser qu'un bon cheval : il suffit de l'entretenir. »

La pensée contenue dans les paroles du fils de Catherine de Médicis et l'assimilation ne sont pas seulement grossières, dégradantes, elles outragent encore la vérité.

Boyle, un des expérimentateurs les plus assidus, les plus infatigables des temps modernes, avait de grandes richesses. Leibnitz, devenu millionnaire, ne fut ni moins ardent, ni moins encyclopédique dans ses projets et ses études que dans sa jeunesse. Quelqu'un prétendrait-il par hasard que Voltaire, devenu seigneur de Ferney, ne sentait plus le besoin de fatiguer la renommée aux cent bouches ?

L'auteur de Y Histoire des animaux, si admirablement, mais si laborieusement écrite, était le comte de Bufïon, propriétaire de forges, de bois, etc.

Les deux grands chimistes de la France et de l'Angleterre, Lavoisier et Cavendish, figuraient en même temps parmi les plus opulents personnages des deux royaumes.

Le chancelier du sénat, jouissant de plus de cent mille livres de rente, cherchait-il avec moins de passion que le simple académicien Laplace, à rattacher toutes les inégalités, toutes les perturbations des mouvements des astres au principe de l'attraction universelle ; à étendre le pouvoir de l'analyse aux phénomènes de la physique terrestre; à enchaîner par des formules jusqu'à

ces résultats du monde moral, dont le vulgaire donne tous les honneurs à une cause mystérieuse, au hasard ?

Connaître, découvrir, communiquer, telle est, au fond, notre honorable destinée. Sans doute , il existe des hommes de haute intelligence, chez qui ces nobles passions sont primées par l'amour des richesses; mais ces mêmes hommes courraient- ils donc avec moins d'ardeur vers le bonheur imaginaire que la fortune promet, si le sort les avait mis aux prises avec la misère ?

Le désintéressement se rencontre bien plus souvent qu'on ne croit parmi les savants. Ce n'est presque jamais pour en profiter personnellement qu'ils cherchent à amasser une modeste aisance. Mais n'ont-ils pas à songer eux aussi à leurs familles, aux êtres chéris qu'ils laissent en quittant ce monde? Faut-il les priver de cette douce satisfaction dont les derniers moments d'un de nos plus illustres géomètres m'ont rendu témoin? Legendre a vu arriver la mort avec le sang-froid le plus remarquable. 11 a fait ses dernières dispositions; il s'est même occupé de tous les détails de son enterrement devant moi et devant la respectable madame Legendre avec une liberté d'esprit dont l'antiquité seule pourrait citer d'aussi beaux exemples. Je crus donc qu'au moment où tout espoir était perdu sans retour, je pouvais, sans inconvenance, entretenir la compagne de mon illustre ami, de son avenir; je crus pouvoir l'assurer que si elle restait sans fortune, le pays viendrait à son secours; que l'Académie appuierait de toute son influence les démarches que je ferais avec empressement pour arriver à ce but. Cet entretien , transmis à Legendre, amena la réponse que je vais

transcrire : « Ma femme, tu feras mes remerciements à M. Arago. Je n'attendais pas moins de son attachement; mais le plaisir que j'en éprouve n'est pas sans mélange. Il m'est pénible de penser que mon meilleur ami a pu croire que j'avais eu assez peu de prévoyance pour laisser ton sort, pour laisser tout ton avenir à la merci d'un caprice ministériel. J'ai été traité durant ma longue carrière comme je pouvais le désirer. Je ne veux pas qu'après ma mort personne puisse dire que la veuve de Legendre est à charge au pays. » Ces nobles paroles étaient adressées à une personne digne de les apprécier. La veuve de Legendre, malgré la modicité de sa fortune, ne chercha à tirer aucun avantage des glorieux souvenirs attachés au nom illustre qu'elle portait.

Si je suis arrivé, par cet ensemble de faits et de raisonnements, à dissiper les objections dont on conviendra, en tout cas, que je n'ai pas cherché à affaiblir la portée; si j'ai prouvé que, dominés par l'opinion publique, les gouvernements absolus eux-mêmes distribuaient avec assez d'intelligence et de justice les pensions, les encouragements destinés aux hommes de lettres; s'il est avéré que les principales découvertes scientifiques des temps modernes, que la plupart des grands ouvrages de toute nature dont se glorifient les divers peuples, sont dus à des auteurs qu'aucune occupation quotidienne obligée n'allait distraire et épuiser; si personne ne saurait maintenant soutenir que l'aisance et la tranquillité d'esprit qu'elle procure, que les plus grandes richesses n'empêchent pas les esprits élevés de se vouer corps et âme au culte de la vérité, si je suis parvenu, enfin, à dissiper les

nuages au milieu desquels devait d'abord se présenter le vœu que je soumets au public , je dois être sans inquiétude sur l'accueil qui lui sera réservé.

Tous les gouvernements regardent comme un de leurs devoirs de veiller au bon emploi des richesses nationales. Si un respect, peut-être superstitieux, pour le droit de propriété , les a jusqu'ici empêchés d'infliger des amendes à ceux qui laissent leurs terres en friche, voyez -les, du moins, stipuler soigneusement le droit de déchéance contre tout concessionnaire de mines qui ne les exploite pas, contre tout citoyen qui deux ans après qu'un brevet d'invention lui a été délivré, n'en a point fait usage. Naguère encore, peu confiante dans l'intelligence des propriétaires de bois , la loi investissait l'ingénieur de la marine du droit d'aller marquer du sceau de l'État les arbres dont la forme, le port ou la vigueur, promettaient des sujets de prix. Elle ne voulait pas qu'une ignare cupidité arrêtât dans sa croissance, dans son développement, le chêne où le constructeur trouvera la membrure vigoureuse qui dessine , qui maintient les flancs du colossal vaisseau de ligne et se joue des efforts de la tempête ; le sapin dont la tige arrondie, dépouillée de ses branches, devient le mât droit , élancé , majestueux , destiné à supporter sans se rompre , et même sans plier, une immense voilure enflée par les vents les plus rapides. C'aurait été un crime à ses yeux de livrer les futurs géants des forêts à l'ignoble cognée qui en eût fait des bûches pour nos cheminées, des fagots pour nos fours; peut-être même de simples allumettes. Eh bien , dans le domaine de l'intelligence, il est aussi des organisations exceptionnelles qui ,

Page 1