‹ Œuvres de François RabelaisChapitre 17 sur 327 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Comment Gargantua fut unze mois porté on ventre de sa mère.

Grandgousier estoit bon raillard en son temps , aimant à boire net aultant que homme qui pour lors fust au monde, et mangeoit voluntiers salé. A ceste fin avoit ordinairement bonne munition de jambons de Magence et de Bayonne, force langues de bœuf fumées, abundance d'andouilles en la saison, et bœuf salé à la moustarde; renfort de boutargues, provision de saulcisses, non de Boulogne, car il craignoit {2 bouconi de Lombard (1), mais de Bigorre, de Longaulnay, de la Brene, et de Rouargue. En son age virile espousa Gargamelle, fille du roi des Parpaillons, belle gouge et de bonne trogne. Et faisoient eulx deux souvent ensemble la beste à deux dos, joyeusement se frottant leur lard, tant qu’elle engrossa d’un beau fils, et le porta jusques à l'unzième mois.

Car aultant, voire d'advantage , peuvent les femmes ventre porter, mesmement quand c'est quelque chef d'œuvre, et personnage qui doibve en son temps faire grandes prouesses. Comme dict Homère que l'enfant, duquel Neptune engrossa la nymphe, nasquit l'an après révolu, ce fut le douzième mois. Car, comme dict A. Gel. lib. 3, ce long temps convenoit à la majesté de Neptune, affin que en icellui l'enfant fust formé à perfection. À pareille raison Jupiter feit durer quarante-huict heures la nuict qu'il coucha avecques Alcmène; car en moins de temps n’eust-il peu forger Herculès, qui nettoya le monde de monstres et tyrans.

Messieurs les anciens pantagruélistes ont confirmé ce que je di, et ont déclairé non seulement possible, mais aussi légitime l'enfant né de femme l’unzième mois après la mort de son mari.

Hippocrates, lib. de Alimento.

Pline, lib. 7, cap. 5.

Plaute, in Cistellaria.

Marcus Varro, en la satire inscripte le Testament , alléguant l'autorité d’Aristoteles à ce propos.

Censorinus, lib. de Die natali.

Aristot., lib. 7, cap. 3 el k de Natura animalium.

Gellius, lib. 3, cap. 16.

Servius in Æcl. exposant ce mètre de Virgile,

Matri longa decem, etc.

Et mille aultres fols. Le nombre desquels ha esté par les légistes accreu. f. de Suis, et legit. L. intestato. K fin.

Et in authent. de Restitut. et ea que parit in 2. mense. ;

D'abundant, en ont chaffourré leur robidilardique loi, Gallus. ff. de Lib. et post. et 1. septimo ff. de Stat.

(1) Li bouconi de Lombard, les poisons d'Italie.

homin., et quelques aultres, que pour le présent dire n’ause.

Moyennant lesquelles loix, les femmes veuves peuvent franchement jouer du serrecroupière à touts envis et toutes restes, deux mois après le trespas de leurs maris. Je vous prie par grace, vous aultres mes bons averlans, si d’icelles en trouvez qui vaillent le desbraguetter, montez dessus et me les amenez. Car si au troisième mois elles engrossent , leur fruict sera héritier des défuncts. Et la grosse cognuë, poulsent hardiment oultre, et vogue la galée, puisque la panse est pleine. |

Comme Julie, fille de l’empereur Octavian, ne s’abandonnoit à ses taboureurs, sinon quand elle se sentoit grosse, à la forme que la navire ne recoit son pilot, que premièrement ne soit calefatée et chargée.

Et si personne les blasme de soi faire rataconnicu ler ainsi sus leur grosse, vu que les bestes sus leurs ventrées n’endurent jamais le masle masculant, elles respondront que ce sont bestes, mais elles sont femmes , bien entendantes les beaulx et joyeux menus droicts de superfétalion : comme jadis respondil Populie selon le rapport de Macrobe /ib. 2. Saturnal. Si le diavol ne veult qu’elles engrossent, il faudra tortre le douzil, et bouche close.

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