‹ Œuvres de GilbertChapitre 25 sur 41 · LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LE PRINTEMPS

jcr un vieux char de fer traîné par les orages , L'Hiver, ce noir géant , compagnon des ravages, Fuit avec les Frimas et l'Ennui ses enfans. Aux accords enchanteurs des oiseaux triomphans,, Foulant d'un pied léger la naissante verdure , Le Printemps , au milieu d'une foule d'Amours , Des Zéphyrs précédé , suivi par les Beaux jours , Arrive, et d'un coup-d'œil emhellit la Nature.

L'arbre, qui n'était plus qu'un cadavre séché, Est étonné des fleurs qui hrillent sur sa tète, Et le fleuve , tantôt sous les glaces caché, Tantôt rapide, impur, hattu par la tempête, Se promène , orgueilleux du calme de ses eaux : Et vous, long-temps muets, vous murmurez, ruisseau; Vous admirez déjà les fleurs les plus superhes Se disputer l'honneur de parfumer vos hords. Et vous , Amour ! et vous, tout ressent vos transports : Le Zéphyr caressant courhe en onde les herhes ,

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Et l'oiseau tout de feu, d'arbre en arbre élancé,

Poursuit, atteint, saisit, relâche sa femelle,

L'attrape de nouveau, l'agace, bat de l'aile,

Et sous un sein brûlant , tenant son corps pressé ,

En jouit, et s'envole en chantant avec elle.

La fleur même en nos prés penche amoureusement ,

Sur sa voisine obéissante , Sa tête d'or, d'azur et de pourpre éclatante, Et la baise cent fois par un doux mouvement.

Le ris de la Nature est sur toutes les lèvres : "Voyez-vous ces brebis, ces génisses , ces chèvres , Bondir sur la campagne , et , pleines de désirs , Appeler leur époux aux amoureux plaisirs , Tandis que sous un arbre , auprès de son amante , Le berger les lai montre, et lui dit en pleurant : « Toi seule es insensible au feu qui me tourmente. » La bergère rougit, et baisse en soupirant Ses yeux chargés de pleurs où se peint sa défaite. Jouis , heureux berger, tes vceux sont couronnés ; Vainqueur de ta bergère, allons, sur ta musette Célèbre les plaisirs que l'Amour t'a donnés; Accompagne ma voix... Hélas ! ses sons expirent ; Je fais pour m'abuser des efforts superflus; Et l'aspect du bonheur que les autres respirent Pour les infortunés est un tourment de plus. Déployez-vous pour eux vos frais et verts ombrages, liois, long-temps attristés de vous voir sans feuillages?

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Ces monts d'azur épars sous la voûte du ciel, Ce tapis de gazons étendus sur les plaines, Ces arbres odorans, ces limpides funtaines, Tous ces dans objets dissipent-ils le fiel Qui fait de leurs longs jours un hiver éternel ?

Mais quels chants ! loin de moi , fuis , pensée odieuse; Sur de plus beaux sujets promenons mes regards; Tois-je pas de buveurs une troupe joyeuse ? Que de flacons remplis sur ces gazons épars ! Le souris sur la bouche, auprès de sa Glycère Chacun s'arme du sien , le bouchon saute en l'air, Le vin brille, le verre entre-choque le verre; De tous les dons du Ciel le vin est le plus cher, Disent-ils, et soudain ils entonnent ensemble Des hymnes en l'honneur du dieu qui les rassemble: Et tous levés en chœur, ils ont en même temps Par trois libations salué le Printemps.

Mais un autre tableau devant moi se découvre : Dans ces vastes jardins où s'élève le Louvre, Enorgueilli d'avoir des rois pour habitans , Où le marbre animé retrace à notre vue Des héros fabuleux les exploits éclatans , Que borde d'arbres verts une forêt touffue. Théâtre où nos beautés vont disputer les cœurs Quel concours a paru ! la ville est délaissée: Ces lieux, long-temps déserts, sont un antre EIysé< . Et H es ajostemens les diverses couleurs,

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Réfléchissant l'éclat dont brille la verdure , Charment les veux surpris de ces rians tableaux. La Seine, à cet aspect, semble arrêter ses flots, Et soudain , de plaisir suspendant son murmure , Se dresse sur son urne, et dit : C'est le Printemps ; Et c'est aussi ce dieu qu'ont célébré mes chants.

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