‹ Œuvres de Gilbert précédées d'une notice historiqueChapitre 27 sur 134 · LE JUBILÉ · texte numérisé non relu

LE JUBILÉ

Torrents des airSj craignez d’interrompre ces fêtes!

Taisez- vous, foudres et tempêtes !

Jours de paix, levez-vous toujours clairs et sereins!

Tu peux enfin cesser tes plaintes maternelles ,

Sion! quitte ce deuil; vois tes enfants rebelles, < Dans ces temps de pardon , revoler dans tes bras.

Tout marche,, tout fléchit sous ta toi fortunée.

Et l’Impiété détrônée

Cherche où fut son empire , et ne le trouve pas.

ODE AU ROI

Moi prodiguer aux grands de serviles hommages,

Et dans mes humbles vers mendier leurs outrages!

Non , non : l’art des neuf sœurs est-il l’art de flatter?

Hélas! jamais ces, grands leur daignent-ils sourire,

Et d’une fleur parer la lyre

Qui s’avilit à les chanter ? ' — * , ,

. '' ' ' Ainsi ces dieux de bronze, enfants de l’ignorance, •'

Ouvrent les yeux sans .voir celui qui les encense , N’entendent ni ses vœux , ni ses accords flatteurs ,

Dorment sur leurs autels quand l’homme les réclame;

Dieux vains, dont le culte diffame

Leurs insensés adorateurs. \ , ;

Heureux qui, satisfait de lumières bornées,

A d'utiles travaux consacre ses années '

Ignorant le désir d’éterniser son noml

Malheureux qui se voue aux nymphes du Permesse * S’il ne possède pour richesse Qu’un grand cœur et son Apollon!

Ils ne sont plus ces jours où les muses chéries ,

Sous l’appui des héros, par des routes fleuries.

Ainsi qu’à la fortune arrivaient aux honneurs;

Sur le monde en tyran le vice altier domine.

Et des arts toujours la ruine

Suit de près la perte des moeurs.

O crime! ô des mortels ingratitude extrême f Le citoyen, les rois, les États, le ciel même.

Tout reçoit de nos chants un renom glorieux ;

Et pour vivre jouet du mépris populaire ,

11 suffît; aux yeux du vulgaire.

De parler la langue des dieux.

Fuyez, semez les champs de vos lyres brisées.

ODE AU ROI. . 119

Muses, fuyez des lieux où vos voix méprisées ' ’’

Ne sauraient plus fléchir les destins irrités ;

Ces bois, du fier sauvage empire immense et sombn^.

Vous offrent déjà sous leur ombre ^

* Un temple que vous méritez. ^ v v

Jadis, vaste forêt, notre univers barbare.;

Voyait, comme ces bords dont la mer nous sépare, L’homme errer, habitant des antres ténébreux :

Vous chantez; nos forêts, nos déserts s’embellissent.

Et les rochers s’enorgueillissent,

Changés en palais fastueux. ^

Que d’empires naissants I de cités florissantes!

Partout régnent les mœurs; partout,des lois prudentes

Gouvernent d’un frein d’or peuples et potentats; ^ *

La victoire les suit: souveraine des ondes,

L’Europe enferme les deux mon<leç

Dans l’enceinte de ses États. . ■ ,'r ,■ ,

Ce que vous avez pu, vous le pouvez encore ;

Tremble, Europe : ah! bientôt l’éclat qui te décore ' ^

ODE AU ROI

Va suivre les neuf sœurs dans ces mondes nouveaux ; Oui, tremble; c’en est fait, le dieu des arts se venge; * La nuit son\bre en jour pur se change ,

Tes esclaves sont tes rivaux.

Je vois , je vois de loin l’Amérique étonnée

Sortir du fond des eaux, de villes couronnée;

Les forêts du Mexique errantes sur nos mers ;

Les mers couvrir nos bords de nations armées :

Nos campagnes de morts semées ;

L’Europe entière dans les fers.

Dieux I éloignez de nous ces funestes ravages

Restez, muses, daignez embellir nos rivages!

La France a relevé vos autels abattus ;

Sous l’ombrage des lis brille un jeune monarque ,

Qui près de son trône vous marque ‘ ’ Une place ainsi qu’aux vertus.

Par lui de l’Hélicon l’indigence bannie N’osera plus trancher les ailes jdu génie;

Prompt à toucher le ciel de son front radieux,

ODE AU ROI

Il commande; et, suivis d’un respect légitime, Voyez les arts , par son estime ,

Vengés d’un mépris odieux.

•FTlr

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