LE JUBILÉ
Torrents des airSj craignez d’interrompre ces fêtes!
Taisez- vous, foudres et tempêtes !
Jours de paix, levez-vous toujours clairs et sereins!
Tu peux enfin cesser tes plaintes maternelles ,
Sion! quitte ce deuil; vois tes enfants rebelles, < Dans ces temps de pardon , revoler dans tes bras.
Tout marche,, tout fléchit sous ta toi fortunée.
Et l’Impiété détrônée
Cherche où fut son empire , et ne le trouve pas.
ODE AU ROI
Moi prodiguer aux grands de serviles hommages,
Et dans mes humbles vers mendier leurs outrages!
Non , non : l’art des neuf sœurs est-il l’art de flatter?
Hélas! jamais ces, grands leur daignent-ils sourire,
Et d’une fleur parer la lyre
Qui s’avilit à les chanter ? ' — * , ,
. '' ' ' Ainsi ces dieux de bronze, enfants de l’ignorance, •'
Ouvrent les yeux sans .voir celui qui les encense , N’entendent ni ses vœux , ni ses accords flatteurs ,
Dorment sur leurs autels quand l’homme les réclame;
Dieux vains, dont le culte diffame
Leurs insensés adorateurs. \ , ;
Heureux qui, satisfait de lumières bornées,
A d'utiles travaux consacre ses années '
Ignorant le désir d’éterniser son noml
Malheureux qui se voue aux nymphes du Permesse * S’il ne possède pour richesse Qu’un grand cœur et son Apollon!
Ils ne sont plus ces jours où les muses chéries ,
Sous l’appui des héros, par des routes fleuries.
Ainsi qu’à la fortune arrivaient aux honneurs;
Sur le monde en tyran le vice altier domine.
Et des arts toujours la ruine
Suit de près la perte des moeurs.
O crime! ô des mortels ingratitude extrême f Le citoyen, les rois, les États, le ciel même.
Tout reçoit de nos chants un renom glorieux ;
Et pour vivre jouet du mépris populaire ,
11 suffît; aux yeux du vulgaire.
De parler la langue des dieux.
Fuyez, semez les champs de vos lyres brisées.
ODE AU ROI. . 119
Muses, fuyez des lieux où vos voix méprisées ' ’’
Ne sauraient plus fléchir les destins irrités ;
Ces bois, du fier sauvage empire immense et sombn^.
Vous offrent déjà sous leur ombre ^
* Un temple que vous méritez. ^ v v
Jadis, vaste forêt, notre univers barbare.;
Voyait, comme ces bords dont la mer nous sépare, L’homme errer, habitant des antres ténébreux :
Vous chantez; nos forêts, nos déserts s’embellissent.
Et les rochers s’enorgueillissent,
Changés en palais fastueux. ^
Que d’empires naissants I de cités florissantes!
Partout régnent les mœurs; partout,des lois prudentes
Gouvernent d’un frein d’or peuples et potentats; ^ *
La victoire les suit: souveraine des ondes,
L’Europe enferme les deux mon<leç
Dans l’enceinte de ses États. . ■ ,'r ,■ ,
Ce que vous avez pu, vous le pouvez encore ;
Tremble, Europe : ah! bientôt l’éclat qui te décore ' ^
ODE AU ROI
Va suivre les neuf sœurs dans ces mondes nouveaux ; Oui, tremble; c’en est fait, le dieu des arts se venge; * La nuit son\bre en jour pur se change ,
Tes esclaves sont tes rivaux.
Je vois , je vois de loin l’Amérique étonnée
Sortir du fond des eaux, de villes couronnée;
Les forêts du Mexique errantes sur nos mers ;
Les mers couvrir nos bords de nations armées :
Nos campagnes de morts semées ;
L’Europe entière dans les fers.
Dieux I éloignez de nous ces funestes ravages
Restez, muses, daignez embellir nos rivages!
La France a relevé vos autels abattus ;
Sous l’ombrage des lis brille un jeune monarque ,
Qui près de son trône vous marque ‘ ’ Une place ainsi qu’aux vertus.
Par lui de l’Hélicon l’indigence bannie N’osera plus trancher les ailes jdu génie;
Prompt à toucher le ciel de son front radieux,
ODE AU ROI
Il commande; et, suivis d’un respect légitime, Voyez les arts , par son estime ,
Vengés d’un mépris odieux.
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