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CHAPITRE IX

On continuait à s’occuper des préparatifs nécessaires pour les décorations, les costumes et tous les autres accessoires. Wilhelm avait, sur quelques scènes et quelques passages, des fantaisies particulières, auxquelles Serlo se prêtait, soit par égard pour leur traité, soft par conviction, et parce qu’il espérait gagner Wilhelm par cette complaisance, et le conduire d'autant mieux, dans la suite, selon ses vues. Ainsi, par exemple, il fut convenu que, dans la première audience, le roi et la reine seraient assis sur leur trône, les courtisans à leurs côtés, et Hamlet confondu dans leurs rangs.

« Hamlet, disait Wilhelm, doit se tenir tranquille; ses vêtements de deuil le font assez reconnaître; il doit se cacher plutôt que se mettre en évidence. C’est seulement quand l'audience est finie, quand le roi lui paCle comme à un (ils, qu’il peut s’avancer et que la scène commence. »

Ce fut encore un objet sérieusement considéré que les deux portraits, auxquels Hamlet fait une allusion si vive dans la scène avec sa mère.

« Je veux, disait Wilhelm, les voir tous deux, de grandeur naturelle , au fond de la salle , aux deux côtés de la porte principale; il faut que le vieux roi, armé de pied en cap, comme le spectre, soit placé du côté où la vision se montrera. Je désire qu’il fasse, de la main droite, un geste de commandement ; qu'il soit un peu tourné, et qu’il regarde comme par-dessus l’épaule,

afin qu’il soit parfaitement semblable au fantôme, dans le moment où celui-ci se retire. L’effet produit sera très-grand, si, dans ce moment, Harnlet regarde le spectre, et la reine le portrait. Le beau-père peut être représenté en costume royal, mais moins apparent. »

On s’occupa encore de divers détails, sur lesquels nous aurons peut-être occasion de revenir.

« Mais avez-vous pris , dit Serlo , la résolution inexorable de faire mourir Harnlet?

— Je ne puis le laisser vivre, dit Wilhelm, puisque la pièce tout entière le pousse à la mort. Nous avons déjà amplement discouru sur ce point.

— Mais le public désire qu’il vive.

— Je serai charmé de lui complaire en autre chose, mais cette fois c’est impossible. Nous désirons aussi qu’un homme de mérite, un homme utile, qui se meurt d’une maladie chronique, puisse prolonger sa vie : la famille pleure et conjure le médecin, qui ne peut le sauver; mais, tout comme le malade ne peut résister à une nécessité de la nature, nous ne pouvons faire violence à une évidente nécessité de l’art. C’est avoir pour le public une aveugle condescendance, que d’éveiller chez lui les sentiments qu’il veut éprouver et non ceux qu’il doit éprouver.

— Celui qui paye peut demander la marchandise qu’il lui plaît.

— Jusqu’à un certain point; mais un grand public mérite qu’on le respecte, qu’on ne le traite pas comme des enfants, auxquels on veut attraper leur argent. Qu’on lui inspire peu à peu , par de bons ouvrages , le sentiment et le goût dé ce qui est bon, et il donnera son argent avec un double plaisir, parce que, même dans cette dépense, l’esprit, la raison, n’auront rien à lui reprocher. On peut le flatter comme un enfant chéri, pour le rendre meilleur, pour l’éclairer à l’avenir, et non comme un grand et un riche, pour éterniser l’erreur dont on profite. »

Ils traitèrent de la sorte bien d’autres points, par exemple, la question de savoir ce qu’on pourrait changer encore à la pièce, et ce qui devrait rester intact. Nous ne voulons pas nous

y arrêter davantage , mais un jour peut-être nous soumettrons ce nouveau remaniement d'Hamlet à ceux de nos lecteurs que cela pourrait intéresser. . .

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