CHAPITRE VI
Wilhelm avait passé l’après-midi dans l’inquiétude , et trouvé le temps assez long; vers le soir, sa porte s’ouvrit et un jeune et joli chasseur entra , en lui faisant un salut.
« Allons-nous promener? dit le jeune homme, et aussitôt Wilhelm reconnut Thérèse à ses beaux yeux. Excusez cette mascarade, poursuivit-elle, car, hélas! ce n’est à présent qu’une mascarade. Mais, comme je dois vous parler du temps où je me trouvais si bien dans ce monde, j’ai voulu, par tous les moyens, me rendre présents ces beaux jours. Venez , la place même où
nous nous reposâmes si souvent de nos chasses et de nos promenades doit y concourir. »
Ils partirent , et , en chemin , Thérèse dit à son compagnon :
« Il n’est pas juste que vous me laissiez seule parler; déjà vous en savez assez sur mon compte , et je ne sais pas encore la moindre chose de vous. Faites-moi quelques confidences, alin que je prenne le courage de vous exposer ma vie et mon histoire.
— Hélas! répondit Wilhelm, je n’ai rien à raconter qu’une suite d’erreurs , d’égarements , et je ne sache personne à qui je voudrais cacher plus qu’à vous les désordres dans lesquels je me suis trouvé et me trouve encore. Votre regard et tout ce qui vous entoure , votre caractère et votre conduite , me montrent que vous pouvez jouir de votre vie passée; que vous avez suivi, avec constance , une route belle et pure ; que vous n’avez point perdu de temps; que vous n’avez aucun reproche à vous faire. »
Thérèse sourit, et répliqua :
« 11 faut savoir si vous penserez encore ainsi , quand vous aurez entendu mon histoire. »
Us cheminaient toujours, et, parmi quelques réflexions générales , Thérèse dit à Wilhelm :
* Êtes-vous libre ?
— Je crois l’être, répondit-il, mais ne le désire pas.
— Fort bien, dit-elle, cela nous annonce un roman compliqué , et me montre que vous aurez aussi bien des choses à me dire. *
En parlant ainsi , ils montèrent la colline , et s’assirent sous un grand chêne, qui répandait un vaste ombrage.
« Ici , dit-elle, sous l’arbre de son pays, une jeune Allemande vous fera son histoire. Écoutez-moi avec patience.
« Mon père était un riche gentilhomme de cette province; c’était un homme agréable, intelligent, actif, laborieux, tendre père, loyal ami, hôte excellent, à qui je n’ai connu qu’un défaut : c’était une excessive indulgence pour sa femme , qui ne savait pas l’apprécier. C’est avec regret que je dois parler ainsi de ma mère. Son caractère différait absolument de celui de son mari. Elle était brusque et volage, sans amour pour sa maison et pour moi, son unique enfant; elle était prodigue, mais belle.
spirituelle, pleine de talents, les délices d’un cercle d’amis, qu’elle savait rassembler autour d’elle. A vrai dire , sa société n’était pas nombreuse ou ne le fut pas longtemps. On n’y voyait guère que des hommes , car aucune femme ne se trouvait bien auprès d’elle, et ma mère pouvait moins encore soulfrir le mérite d’une femme.
« Je ressemblais à mon père par la ligure et les inclinations. Comme les petits canetons cherchent l’eau en sortant de la coquille, je me trouvai, dès mon enfance, dans la cuisine, l'office, les granges et les greniers , comme dans mon élément. L’ordre et la propreté de la maison, même dans le temps des jeux de mon premier âge, semblaient être mon unique instinct, mon unique objet. Mon père s’en applaudit , et il fournit par degrés h mon ardeur enfantine les occupations convenables; en revanche ma mère ne m’aimait pas , et ne s’en cachait pas un moment.
« Je grandissais, et, avec les années, croissaient mon activité et l’amour de mon père. Lorsque nous étions seuls , que nous allions aux champs, que je l’aidais à régler les comptes, je pouvais m’apercevoir combien il était heureux ! Quand mes yeux se fixaient sur les siens, c’était comme si j’eusse regardé en moi-même, car c’était surtout par les yeux que je lui ressemblais parfaitement. Mais il ne conservait ni la même assurance ni la même expression en présence de ma mère : il m’excusait doucement, quand elle m’adressait de violents et injustes reproches; il prenait mon parti, non comme étant capable de me protéger, mais seulement d’excuser mes bonnes qualités. Il ne s’opposait non plus à aucun de ses penchants. Elle se prit d’une grande passion pour le spectacle : un théâtre fut construit. On ne manqua pas d’hommes, de tout âge et de toute figure, qui se produisirent sur la scène avec elle , mais on manquait souvent de femmes. Lydie, agréable jeune fille, qu’on élevait avec moi , et qui , dès son âge le plus tendre, promettait d’être belle, dut jouer les secondes amoureuses , et une vieille femme de chambre , les mères et les tantes ; ma mère se réserva les premières amoureuses , les héroïnes et les bergères de toute espèce. Je ne puis vous dire combien je trouvais ridicules ces personnes que je connaissais toutes si bien, lorsqu’elles s’étaient
déguisées et se montraient là-haut, et voulaient qu’on les prit pour autre chose que ce qu’elles étaient réellement. Je ne voyais jamais que ma mère et Lydie et le baron ou le secrétaire un tel , qu’ils se présentassent comme princes et comtes ou comme paysans; et je ne pouvais comprendre qu’ils voulussent me persuader qu’ils étaient heureux ou malheureux, amoureux ou indifférents, avares ou généreux, moi qui, le plus souvent, savais parfaitement le contraire. Aussi ne restais-je presque jamais parmi les spectateurs; je mouchais les chandelles, pour faire quelque chose; je m’occupais du souper, et, le lendemain, tandis que tous ces gens dormaient encore , je mettais en ordre leur garde-robe, que d’ordinaire ils laissaient, le soir, sens dessus dessous.
« Cette activité semblait fort convenir à ma mère; mais je ne pouvais gagner son affection; elle me méprisait, et je sais fort bien qu’elle répéta plus d’une fois avec amertume :
• Si la mère pouvait être incertaine comme le père, on aurait « de la peine à croire que cette servante fût ma fille. »
« J’avoue que sa conduite finit par m’éloigner d’elle tout à fait ; je considérais ses actions comme celles d’une personne étrangère, et, comme j’étais accoutumée à observer d’un œil d’aigle les valets (car, pour le dire en passant, cette surveillance est la base de l’économie domestique), j’observai aussi les rapports de ma mère avec sa société. Il était facile de remarquer qu’elle ne voyait pas tous les hommes avec les mêmes yeux. Mon attention redoubla, et j’observai bientôt que Lydie était sa confidente, et, à cette occasion, apprenait elle-même à mieux connaître unp passion qu’elle avait si souvent jouée dès sa première jeunesse.
« Je savais tous leurs rendez-vous ; je me taisais néanmoins, et ne disais rien à mon père, que je craignais d’affliger : mais enfin j’y fus obligée. Il y avait bien des choses qu’ils ne pouvaient risquer sans corrompre les domestiques : ceux-ci commencèrent à me braver, à négliger les ordres de mon père, à mépriser les miens. La confusion qui s’ensuivit m’était insupportable : je signalai, je dénonçai tout à mon père. Il m’écouta d’un air calme, et me répondit avec un sourire ;
« Ma chère enfant, je sais tout; sois tranquille; souffre ces
« choses avec patience, car c’est seulement pour l’amour de toi « que je les souffre. »
« Je n’étais pas tranquille, je n’avais pas de patience. Je blâmais mon père en secret, ne croyant pas que, pour un motif quelconque, il dût rien souffrir de pareil. Je persistais à demander le maintien de l’ordre, et j’avais résolu de pousser les choses à l’extrémité.
« Ma mère était riche, mais sa dépense était excessive, et cela donna lieu, comme je pus m’en apercevoir, à maintes explications entre mes parents. Il ne fut longtemps porté aucun remède à la chose ; mais enfin les passions de ma mère amenèrent une sorte de solution.
« Son premier amoureux l'ayant quittée avec éclat , sa maison, son pays, sa société, lui furent à charge. Elle s’établit dans un autre domaine , mais elle s’y trouva trop isolée ; elle se rendit à la ville : elle n’y faisait pas une assez belle figure. Je ne sais tout ce qui se passa entre elle et mon père; quoi qu’il en soit, il consentit, sous des conditions qui me sont restées inconnues, à ce qu’elle fît un voyage dans le midi de laJi’rance.
« Nous étions libres et nous vécûmes comme dans un paradis. Je crois même que mon père n’y perdit rien, et cependant il se délivra d’elle au prix d’une somme considérable. Tous les domestiques inutiles furent congédiés, et d’heureux succès semblèrent favoriser nos réformes; nous passâmes quelques bonnes années; tout allait au gré de nos souhaits; mais, hélas! ce bonheur ne fut pas de longue durée. Mon père fut soudainement frappé d’une attaque d’apoplexie, qui lui paralysa le cûté droit et gêna l’usage de la parole. Il fallait deviner tout ce qu’il désirait, parce qu’il ne prononçait pas le mot qu’il avait dans l’esprit. J’eus alors bien des moments pénibles , dans lesquels il faisait entendre expressément qu’il voulait être seul avec moi. Il faisait des gestes violents pour écarter tout le monde, et, quand nous étions seuls, il ne pouvait articuler ce qu’il avait à dire. Son impatience devenait extrême, et son état m’affligeait jusqu’au fond du cœur. Evidemment il avait à me révéler un secret qui m’intéressait particulièrement. Quel n'était pas mon désir de le connaître! Auparavant, je pouvais tout lire dans ses yeux; mais
à présent, c’était chose impossible : ses yeux même ne parlaient plus. Je comprenais seulement qu’il ne voulait rien, ne demandait rien ; tous ses efforts tendaient à me révéler quelque chose que, par malheur, je ne pus apprendre. Il eut une seconde attaque; il devint bientôt absolument infirme, et, peu de temps après, il mourut.
« Je ne sais pourquoi je m’étais persuadé qu’il avait caché quelque part un trésor, qu’il aimait mieux me laisser qu’à ma mère; je fis des recherches de son vivant, mais je ne trouvai rien : après sa mort, tout fut mis sous scellé. J’écrivis à ma mère, et je lui offris de rester dans la maison comme intendante. Elle refusa et je dus quitter la place. On produisit un testament mutuel, par lequel elle était mise en possession et en jouissance de tout, et moi, je demeurais sous sa dépendance tout le temps de sa vie. C’est alors que je crus comprendre les signes de mon père; je le plaignis d’avoir été assez faible pour être injuste envers moi, même après sa mort. Au dire de quelques-uns de mes amis, cela ne valait guère mieux que s’il m'avait déshéritée, et ils me pressaient d’attaquer le testament, à quoi je ne pus me résoudre. Je me confiai dans la fortune, je me confiai en moi-même.
« J’avais toujours vécu en grande amitié avec une dame du voisinage, qui possédait des biens considérables. Elle m’accueillit avec plaisir, et je fus bientôt à la tète de sa maison. Elle avait une existence très-régulière, elle aimait l’ordre en toutes choses, et je la secondais fidèlement dans ses luttes avec son intendant et ses valets. Je ne suis ni avare, ni malveillante ; mais, nous autres femmes, nous tenons beaucoup plus sévèrement que les hommes eux-mêmes à ce que rien ne soit gaspillé. Toute infidélité nous est insupportable; nous voulons que chacun jouisse de ce qui lui revient et s’en tienne là.
« Je me retrouvais dans mon élément; je pleurais dans la retraite la mort de mon père ; ma protectrice était contente de moi; mais une petite circonstance troubla mon repos. Lydie était revenue : ma mère fut assez cruelle pour repousser cette pauvre fille, après l’avoir entièrement perdue. Elle avait appris chez ma mère à prendre ses passions pour règle ; elle était accoutumée à ne se modérer en rien. Quand elle reparut à l'im-
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proviste, ma bienfaitrice la recueillit aussi. Lydie voulut me seconder et ne put se mettre à rien.
« Vers ce temps-là, les parents et les futurs héritiers de ma noble amie venaient souvent chez elle, et se livraient au plaisir de la chasse. Lothaire les accompagnait quelquefois. Je remarquai bientôt comme il était supérieur à tous les autres , sans faire cependant le moindre retour sur moi-même. Il était affable avec tout le monde, et Lydie parut bientôt fixer son attention J'étais sans cesse occupée, et me mêlais peu à la société. En présence de Lothaire, je parlais moins que de coutume ; et pourtant je dois convenir qu’une conversation animée fut de tout temps pour moi l’assaisonnement de la vie. J’aimais à parler avec mon père sur tous les sujets qui se présentaient. Ce qu'on n’exprime pas, on ne le conçoit pas nettement. Je n’avais jamais entendu personne avec plus de plaisir que Lothaire, lorsqu’il racontait ses voyages et ses campagnes. Il voyait devant lui le monde, d’un coup d’œil aussi sùr que je voyais les domaines' dont j’avais l’administration. Ce n’étaient point les accidents bizarres d’un aventurier, les exagérations et les demi-vérités d’un voyageur à vues étroites, qui produit toujours sa personne à la place du pays dont il promet de nous faire le tableau; il ne racontait pas, il nous conduisait sur les lieux mêmes. J’ai rarement goûté un plaisir aussi pur.
« Mais ma satisfaction fut inexprimable-, un soir que je l'entendis parler des femmes. La conversation s’engagea d’une manière toute naturelle. Quelques dames du voisinage étaient venues nous voir, et avaient tenu les propos ordinaires sur l'éducation des femmes.
« On est injuste envers notre sexe, disaient-elles; les hommes « veulent réserver pour eux toute instruction supérieure.; on « ne veut nous faire part d’aucune science; on veut nous ré- « duire à n’élre que des poupées ou des ménagères. »
« A tout cela Lothaire répondit d’abord peu d.e chose; mais , quand le cercle fut réduit , il dit ouvertement ce qu’il pensait,
« C'est une chose 'étrange , dit-il, qu’on nous fasse un crime « de vouloir élever la femme à la plus haute place qu’elle soit « capable d'occuper. En est-il de plus élevée que le gouverne- « ment de la maison! Tandis que l’homme se livre avec tour—
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« ment aux affaires du dehors ; qu’il doit acquérir et conserver « le bien; qu’il prend part même k l’administration de l’État; « qu'il est partout esclave des circonstances, et, je pourrais dire, « ne gouverne rien, alors qu’il croit gouverner; qu’il se voit « forcé d’ètre toujours politique, quand il voudrait être raison- « nable, dissimulé, au lieu d’être ouvert, faux, au lieu d’être « sincère ; tandis qu’en poursuivant un but qu’il n’atteint ja- « mais , il renonce au résultat le plus beau , savoir d’être en « harmonie avec soi-même : une sage ménagère règne vérita- « blement dans la maison, et développe, dans une famille en- « tière, le plaisir et l’activité. Est-il pour la créature humaine « un plus grand bonheur que d’accomplir ce que nous savons
* être juste et bon? de nous sentir maîtres des moyens d’at- « teindre notre but ? Et nos intérêts les plus proches, où doi-
* vent-ils, où peuvent- ils être, si ce n’est dans l’intérieur de la » maison? Tous les besoins indispensables et toujours renais-
* sants, où faut-il les attendre et les chercher, si ce n’est sous « le toit où l’on se couche et] l’on se lève , où la cuisine et la cave « et toute sorte de provisions doivent être toujours prêtes pour « nous et pour les nôtres? Quelle activité régulière n’est pas « nécessaire, pour imprimer k cet ordre, sans cesse renaissant, « une marche animée, invariable? Qu’ils sont en petit nombre, « les hommes auxquels il est donné de revenir régulièrement, « comme un astre, et de présider au jour comme k la nuit ; de se « former d’utiles instruments, de planter et de semer, de con- « server et de dépenser , et de parcourir constamment ce cercle « avec calme, avec amour et sagesse! C’est lorsqu’une fois la « femme s’est chargée de ce gouvernement intérieur, qu’elle « rend maître chez lui le mari qu’elle aime; elle acquiert par « son attention toutes les connaissances, et par son activité elle « sait les mettre k profit. Elle ne dépend de personne, et pro- « cure k son mari la véritable indépendance, celle du foyer do-
* mestique; ce qu’il possède, il le voit bien gardé; ce qu’il « acquiert, bien employé, et, par lk, il peut tourner sa pensée « vers de grands objets, et, si la fortune le favorise , il peut être
* pour 1 Etat ce que sa femme est si bien pour sa maison. »
« Lk-dessus Lothaire fit le portrait de la femme qu’il voudrait pour lui. Je rougis, car c’était ma fidèle image. Je jouis en si-
lence de mon triomphe, d'autant plus que je vis bien, à toutes les circonstances , qu’il ne m’avait point en vue , qu’au fond il ne me connaissait point. Je ne me souviens pas d'avoir éprouvé de ma vie une impression plus agréable, qu’en voyant un homme que j’estimais tant, donner la préférence, non pas à ma personne, mais à mon caractère et à mes qualités. Quelle récompense pour moi ! quel encouragement !
« Quand la compagnie se fut retirée, ma respectable amie me dit en souriant :
« C’est dommage que les hommes ne mettent pas souvent à * exécution leurs pensées et leurs paroles; sans cela nous au- « rions trouvé un excellent parti pour ma chère Thérèse. *
« Je répondis en badinant, qu’à la vérité la raison des hommes cherchait de bonnes ménagères , mais que leur cœur et leur imagination désiraient d’autres qualités; et que nous autres ménagères, nous ne pouvions aucunement lutter contre d’aimables et charmantes jeunes filles. Ces derniers mots s’adressaient à Lydie , car elle ne cachait point que Lothaire avait fait sur elle une grande impression, et, à chaque nouvelle visite, il paraissait plus occupé d’elle. Elle n’avait ni bien , ni naissance ; elle ne pouvait espérer de devenir sa femme, mais elle ne pouvait résister au plaisir d’inspirer et de sentir l’amour. Je n’avais jamais aimé et je n’aiinais pas encore; mais, bien qu’il me fût infiniment agréable de voir l’estime que faisait de mon caractère un homme si respecté, je dois avouer que cela ne suffisait pas pour me satisfaire. Je souhaitais maintenant qu’il pût apprendre a me connaître et s’intéresser à ma personne. Je formai ce vœu , sans arrêter ma pensée aux conséquences qui pouvaient en résulter.
« Le plus grand service qne je rendais à ma bienfaitrice était de régler l’exploitation de ses belles forêts. Ces précieuses possessions, dont le temps et les circonstances augmentent toujours la valeur, avaient été malheureusement administrées avec l’ancienne routine : aucun plan , aucune méthode ; les vols et les malversations n’avaient point de fin. Plusieurs montagnes étaient dépouillées, et les plus anciennes coupes étaient seules de même croissance. Je vis tout par mes yeux avec un homme habile, je fis arpenter les forêts , je fis couper, semer, planter, et , en peu
de temps, tout fut organisé. Pour monter plus aisément à cheval, et pour n’être génée nulle part quand je serais à pied , je portai des habits d'homme. J’étais dans beaucoup de lieux à la fois et l’on me craignait partout.
« J’appris que Lothaire et ses jeunes amis avaient arrangé une partie de chasse. Pour la première fois de ma vie, l’idée me vint de paraître, ou, pour ne pas me faire tort, d'être aux yeux de cet homme distingué ce que j'étais en effet. Je pris mes habits d'homme, et, un fusil sur l'épaule, je sortis avec notre chasseur, pour attendre la compagnie sur nos limites. Elle parut : Lothaire ne me reconnut pas d’abord; un des neveux de ma bienfaitrice me présenta à lui comme un homme versé dans la science forestière. Il plaisanta sur ma jeunesse, et continua de faire mon éloge, jusqu’à ce qu’enfin Lothaire me reconnut. Le neveu seconda mes vues, comme si nous eussions été d’accord ensemble; il raconta, avec détail , et en exprimant sa reconnaissance, ce que j'avais fait pour les domaines de sa tante et, par conséquent, pour lui-même.
« Lothaire l’écouta attentivement; il s’entretint avec moi, me fil des questions sur tout ce qui avait rapport aux domaines, et. je fus heureuse de pouvoir étaler devant lui mes connaissances. Je soutins fort bien cet examen. Je lui soumis quelques projets d’améliorations; il les approuva, me cita dès exemples pareils , et fortifia mes raisons par l’enchaînement qu’il leur donna. J’étais toujours plus satisfaite ; mais heureusement toute mon envie était d’être connue, et je ne désirais pas d’être aimée : car, lorsque nous revînmes à la maison, je remarquai, plus qu’auparavant , que ses attentions pour Lydiè semblaient trahir une inclination secrète. J’avais atteint mon but, et pourtant je n’étais pas tranquille. Dès ce jour, Lothaire me témoigna une véritable estime et une noble confiance. Quand la société était réunie, c’était d’ordinaire avec moi qu’il s’entretenait; il me demandait mes avis, et il me montrait, surtout pour les affaires de ménage, une aussi grande confiance que si je n’avais rien ignoré. Ses encouragements me donnèrent une ardeur extraordinaire. Il voulait savoir mon opinion, même dans les questions d’économie générale et de finances; et, en son absence , je cherchais à étendre mes connaissances sur la province et même le
DE 'W'ILHELM MEISTEH.
pays tout entier. Cela me fut aisé, car je n’y trouvais que la répétition en grand des choses que je savais parfaitement en petit.
« Depuis cette époque, ses visites furent plus fréquentes. Nous parlions de tout, je puis bien le dire; cependant nos entretiens roulaient d’ordinaire sur la science économique, mais non dans le sens rigoureux de ce mot. 11 était souvent question des résultats merveilleux auxquels l’homme peut arriver, même avec des moyens faibles en apparence, par l’emploi conséquent de ses forces, de son temps et de son argent.
« Je ne résistais pas au penchant qui m’attirait vers Lothaire ; je ne. sentis, hélas! que trop tôt combien mon amour était vif et tendre, pur et sincère, et cependant je croyais remarquer toujours davantage que ses fréquentes visites étaient pour Lydie et non pour moi. Lydie du moins en était parfaitement convaincue; elle me prit poussa conlidente, et cela contribua quelque peu à me tranquilljser. Ce qu’elle expliquait si fort à son avantage ne me paraissait nullement significatif; je n’y voyais aucune trace de vues sérieuses et d’une liaison durable, mais je voyais d’autant plus clairement que cette jeune fille passionnée voulait il tout prix lui appartenir.
• « Les choses en étaient lii , lorsqu’un jour ma*bienfaitrice me lit soudain une proposition inattendue.
« Lothaire, me dit-elle, vous offre sa main et désire que vous « soyez la compagne de sa vie. »
« Elle s’étendit sur mes qualités, et me dit, ce (pie j’avais tant de plaisir à entendre, que Lothaire était persuadé d’avoir trouvé en moi la personne qu’il avait longtemps désirée.
* J’étais au comble du bonheur : j’étais recherchée par un homme que j’estimais parfaitement; chez lui et avec lui, j’allais donner un essor complet, libre, utile et vaste, à mon inclination naturelle , à mes talents acquis par l’exercice. Je donnai mon consentement. Il vint lui-mème; il me parla sans témoins, me tendit la main, fixa ses regards sur les miens, me prit dans ses bras et cueillit un baiser sur mes lèvres. Ce fut le premier et le dernier. H me mit dans le secret de toutes ses affaires; me dit ce que lui avait coûté sa campagne d’Amérique ; de quelles dettes il avait grevé ses terres; qu’il s’était lii-dessus brouillé, en quelque sorte, avec son grand-oncle; comment cet excellent
homme songeait aux intérêts de son petit-neveu , mais à sa manière; qu’il voulait lui faire épouser une femme riche, tandis qu’un homme sage ne peut s’accommoder que d’une bonne ménagère. Il espérait persuader le vieillard par l’entremise de sa sœur. Lothaire m’exposa l’état de sa fortune, ses plans, ses vues, et me demanda mon concours. Mais nous convînmes de tenir notre engagement secret, en attendant le consentement de son oncle. A peine se fut-il éloigné, que Lydie me demanda s’il ne m’avait point parlé d’elle. Je répondis que non, et l'ennuyai de détails d’économie rurale. Elle était inquiète, chagrine, et la conduite de Lothaire, lorsqu’il revint au château, ne la rendit pas plus tranquille.
« Mais je vois que le soleil est sur son déclin : c’est heureux pour vous , mon ami ; sans cela vous auriez dù entendre , dans ses plus petits détails , l’histoire que jp me raconte si volontiers à moi-même. Hâtons-nous ! nous approchons d’une époque où il n’est pas bon de s’arrêter.
« Lothaire me fit connaître son excellente sœur, qui sut m’introduire adroitement auprès de l’oncle. Je gagnai le vieillard; il consentit à notre union, et je retournai, avec cette heureuse nouvelle , chez ma bienfaitrice. La chose n’était plus un secret dans la maison : Lydie l’apprit et ne pouvait y croire. Lorsqu’il ne lui fut plus possible d’en douter, elle disparut tout à coup, et l’on ne sut ce qu'elle était devenue.
« Le jour de notre mariage approchait : j’avais souvent demandé à Lothaire son portrait, et, comme il allait partir à cheval, je lui rappelai sa promesse.
« Vous avez oublié, dit-il, de me donner le médaillon où vous « désirez qu’il soit placé. » « Ce médaillon, que j’avais reçu en cadeau d’une amie, était pour moi d'un grand prix. Sous le verre extérieur était son chiffre formé de ses cheveux; intérieurement se trouvait une plaque d’ivoire , sur laquelle devait être peint son portrait, quand elle me fut ravie par une mort funeste. L’amour de Lothaire me rappelait vers le bonheur, dans le temps où la perte de cette amie m'était encore très-douloureuse, et je désirais remplir avec le portrait de mon fiancé la place laissée vide dans le cadeau de mon amie.
« Je cours à ma chambre, je prends la cassette où je renfermais
mes bijoux, et je l’ouvre en présence de Lothaire. A peine a-t-il jeté les yeux dans l’intérieur, qu’il voit un médaillon, avec un portrait de femme. 11 le prend, le considère avec attention et me dit vivement :
* Quel est ce portrait?
« — Celui de ma mère.
« — J’aurais juré, s’écria-t-il, que c’était celui d’une dame « de Saint- Alban, que . je rencontrai en Suisse * il y a quelques « années.
.« — C’est la même personne, répliquai-je en souriant, et vous « avez fait, sans le savoir, la connaissance de votre belle-mère. « Saint-Alban est le nom romanesque sous lequel ma mère « voyage. Elle le porte encore en France, où elle se trouvé main- « tenant.
« — Je suis le plus malheureux des hommes! » s’écria-t-il en rejetant le portrait dans la boîte, et, portant sa main sur ses yeux , il sortit de la chambre aussitôt. Il s’élança sur son cheval. Je courus au balcon et je le rappelai. Il se retourna, il me dit adieu de la main et il s’éloigna au galop.... Je ne l’ai pas revu. »
Le soleil allait disparaître; Thérèse regardait fixement le ciel embrasé, et ses beaux yeux se remplirent de larmes.
Elle gardait le silence et posa ses mains sur celles de son nouvel ami; il les baisa avec une tendre pitié; Thérèse essuya ses pleurs et se leva.
« Retournons, dit-elle, prendre soin de nos gens. »
Pendant le retour, la conversation ne fut pas animée. Ils arrivèrent à la porte du jardin et aperçurent Lydie assise sur un banc. Elle se leva , et , pour les éviter, elle sc retira dans la maison. Elle tenait un papier à la main, et deux petites filles étaient auprès d’elle.
« Je vois , dit Thérèse , quelle porte toujours avec elle son unique consolation, la lettre de Lothaire. Son amant lui promet qu’aussitôt qu’il sera guéri, elle retournera vivre auprès de lui. Il la prie, en attendant, de demeurer tranquille chez moi. Elle s’attache à ces mots , se console avec ces lignes ; mais les amis de Lothaire sont mal notés chez elle. »
Les deux enfants s'étaient approchés : ils saluèrent Thérèse.
et lui rendirent compte de tout ce qui s’était passé au logis en son absence.
-t * * Vous voyez là encore une partie de mes occupations, dit Thérèse. J'ai fait une association avec ^excellente sœur de Lotharre : nous élevons en commun un certain nombre de jeunes filles; je forme les vives et diligentes ménagères, et elle se charge de celles qui montrent des goûts plus tranquilles et plus délicats; car il est convenable de pourvoir de toute manière au bien des hommes et du ménage. Quand vous ferez la connaissance de ma noble amie , vous commencerez une vie nouvelle. Sa beauté, sa bonté, la rendent digne des hommages du monde entier. »
Wilhelm n’crsa dire, hélas ! qu’il connaissait déjà la belle cpmtesse, et que ses relations passagères avec elle sci aient pour lui la source de regrets éternels. Heureusement, Thérèse ne poursuivit pas la conversation; ses affaires l’obligèrent à rentrer dans la maison.
11 se trouvait seul, et ce qu’il venait d’apprendre, que la belle comtesse était aussi forcée de se consoler par la bienfaisance du bonheur qu’elle avait perdu, lui causait une extrême tristesse. Il sentait que , chez elle , ce n’était qu’un besoin de se distraire et de substituer aux jouissances de la vie l’espérance de la félicité d’autrui. 11 admirait le bonheur de Thérèse, qui, même après ce triste et soudain changement , n’avait pas besoin de rien changer en elle. « Heureux par-dessus tout, se disait-il, celui qui, pour se mettre en harmonie avec la fortune , n'est pas réduit à rejeter toute sa vie passée ! »
Bientôt Thérèse revint et lui demanda pardon de le déranger encore.
« Toute ma bibliothèque est dans cette armoire, lui dit-elle; ce sont plutôt des livres que je laisse vivre qu’une collection soignée. Lydie demandé un livre de piété : il s’en trouvera bien deux ou trois dans le nombre. Les gens qui sont mondains toute l’année se figurent qu’ils doivent être dévots dans l’affliction ; ils considèrent tout ce qui est bon et moral comme une médecine, que l’on prend avec répugnance, quand on se trouve indisposé; ils ne voient dans un écrivain religieux, dans un moraliste, qu'un médecin, qu’on ne saurait mettre assez vite à la
porte. Pour moi, je l’avoue, je me représente la morale comme un régime, qui ne mérite ce nom qu’autant que je le prends pour règte de vie , et ne le perds pas de vue de toute l'année. » Ils fouillèrent parmi les volumes, et trouvèrent quelques-uns de ces livres qu'on nomme des ouvrages d’édification.
« C’est de ma mère, dit Thérèse, que Lydie a pris l’usage de recourir à ces lectures ; elle se nourrissait de romans et de comédies, tant que l’amant était fidèle : s’éloignait-il, aussitôt ces ouvrages reprenaient faveur. Je ne puis comprendre, poursuivitelle, comment on a pu croire que Dieu nous parle par des livres et des histoires. Si l’univers ne nous révèle pas immédiatement ses rapports avec nous , si notre cœur ne nous dit pas ce que nous devons à nous-mêmes et aux autres, nous aurons de la peine à l’apprendre. dans les livres, qui ne sont propres qu’à donner des noms à nos erreurs. »
Thérèse laissa Wilhelm seul, et il employa la soirée à faire la revue de la petite bibliothèque : ce n’étaient en effet que des volumes rassemblés au hasard.
Pendant les quelques jours qu’il passa chez elle, Thérèse se montra toujours égale à elle-même; elle lui raconta, avec de grands détails et à différentes reprises, la suite de son histoire : les jours et les heures, les lieux et les discours étaiei t présents à sa mémoire : nous allons rapporter, en abrégé, ce qu’il est nécessaire de faire connaître à nos lecteurs.
La cause du brusque départ de Lothaire ne se devine que trop aisément. 11 avait rencontré la mère de Thérèse dans ses voyages ; elle l’avait captivé par ses charmes ; elle n’avait pas été avare de ses faveurs.... et cette malheureuse intrigue d’un moment l’éloignait d’une femme que la nature semblait avoir formée pour lui. Thérèse se renferma dans le cercle de ses travaux et de ses devoirs. On apprit que Lydie s’était arrêtée secrètement dans le voisinage. Cette rupture, dont elle ne connaissait pas la cause, la remplit de joie : elle se rapprocha de Lothaire, et , s’il répondit à ses avances, il semble que ce fut plutôt par désespoir que par amour, par surprise que par réflexion, par le besoin de se distraire que par un dessein médité.
Cela ne troubla point le repos de Thérèse : elle n’avait plus aucune prétention sur Lothaire, et même, eût-il été son mari,
kk 2 LES ANNÉES 1) 'APPRENTISSAGE
elle aurait eu peut-être le courage de souffrir une liaison pareille , pourvu que l’ordre intérieur de la maison n’en fût pas troublé ; du moins elle disait souvent qu’une femme qui gouverne bien son ménage peut passer à son mari tous ces petits caprices, et compter qu’il lui reviendra toujours.
La mère de Thérèse eut bientôt dérangé sa fortune, et sa fille en souffrit, car elle en reçut peu de secours. La vieille dame mourut, et lui légua le petit domaine et un joli capital. Thérèse sut d’abord s’accommoder à sa modeste situation. Lothaire lui offrit, par l’entremise de Jarno, une propriété de plus grande valeur : elle la refusa. . -
« Je veux, dit-elle, montrer, dans cette petite administration, que j’étais digne de partager la grande avec lui. Mais si, par l'effet des circonstances, je me trouve dans l’embarras pour moi ou pour les miens, je me propose de recourir tout d’abord, et sans scrupule, à mon noble ami. »
Rien ne reste moins caché et sans emploi qu’une sage activité. A peine Thérèse se fut-elle établie dans son petit bien, que les gens d’alentour recherchèrent sa connaissance et ses avis; et le nouveau propriétaire du domaine voisin lui fit entendre assez clairement qu’il ne tenait qu’à elle de recevoir sa main et la plus grande partie de son héritage. Elle avait rapporté ce détail à Wilhelm , et plaisantait quelquefois avec lui sur les mariages bien ou mal assortis.
« Rien ne fait tant causer le monde, disait-elle, que la nouvelle d’un mariage, qu’à sa manière de voir il peut nommer un mariage mal assorti ; et pourtant ceux de cette espèce sont beaucoup plus fréquents que les autres ; car, hélas ! au bout de peu de temps, la plupart des ménages vont assez mal. Le mélange des conditions dans les mariages ne mérite le nom de mésalliance qu autant qu’un des époux ne peut adopter la manière de vivre naturelle, accoutumée, et comme nécessaire, de l’autre. Les différentes classes de la société ont des genres de vie différents, qui ne se peuvent ni partager ni confondre, et c’est pourquoi il vaut mieux éviter ces alliances; mais il peut y avoir des exceptions et de très-heureuses. Il en est de même des mariages de jeunes filles et d’hommes âgés : en général ils sont malheureux, et pourtant j’en ai vu qui ont fort bien tourné.
Pour mon compte , je ne verrais d’union mal assortie que celle qui me condamnerait à l’oisiveté et à la représentation : j’aimerais mieux épouser un honnête fermier du voisinage. *
Wilhelm songeait à retourner chez Lolhaire, et il pria sa nouvelle amie de faire en sorte qu’il pût prendre congé de Lydie. Cette jeune fille passionnée se laissa persuader. 11 lui adressa quelques paroles affectueuses ; elle fit cette réponse :
* J’ai surmonté la première douleur. Lothaire me sera toujours cher, mais je>connais ses amis: je suis affligée qu’il soit si mal entouré. L'abbé serait capable de laisser , pour un caprice, les gens dans la détresse, ou même de les y plonger; le docteur voudrait tout mettre en équilibre; Jarno n’a point de cœur, et vous.... point de caractère! Poursuivez et faitesvous l’instrument de ces trois hommes! On vous chargera encore de mainte exécution. Dès longtemps, je le sais fort bien, ma présence leur était importune ; je n’avais pas découvert leur secret, mais j’avais observé qu’ils me cachaient quelque chose. Pourquoi ces chambres fermées, ces mystérieux corridors ? Pourquoi personne ne peut-il pénétrer dans la grande tour? Pourquoi me reléguaient-ils dans ma chambre, aussi souvent qu’ils pouvaient ? J’avoue que c’est la jalousie qui m’a conduite à cette découverte; je craignais qu’une heureuse rivale ne fût cachée quelque part : maintenant je ne le crois plus, je crois à l’amour de Lothaire, à ses loyales intentions, mais je crois aussi qu’il est trompé par ses artificieux et perfides amis. Si vous voulez qu’il vous soit justement redevable et que je vous pardonne vos torts envers moi, délivrez-le des mains de ces hommes! Mais puis-je l’espérer?,.. Ilemettez-lui cette lettre; répétez-lui ce qu’elle renferme, que je l’aimerai toujours, que je me fie à sa parole. Ah! s’écria-t-elle, en se jetant, tout éplorée, au cou de Thérèse, il est environné de mes ennemis. Us chercheront à lui persuader que je ne lui ai rien sacrifié. L’homme le meilleur aime à s’entendre dire qu’il est digne de tous les sacrifices, sans être obligé à la reconnaissance. *
Les adieux de Thérèse furent plus gais : elle exprima le vœu de revoir bientôt Wilhelm.
• Vous me connaissez tout entière, lui dit-elle. Vous m’avez
constamment laissé la parole : la prochaine fois , votre devoir sera de me montrer la même sincérité. »
Pendant son retour, notre ami eut tout le loisir de rêver à cétte nouvelle et radieuse apparition. Quelle contiance elle lui avait inspirée ! 11 songeait comme Mignon et Félix seraient heureux sous une telle surveillance. Puis il songeait à lui-mêine, et il sentait quelles délices on goûterait ii vivre auprès d’une femme si naturelle et si pure. Comme il approchait du château, la tour avec les nombreuses galeries ét les bâtiments accessoires le frappèrent plus qu’auparavant, et il résolut d’entamer ce sujet avec Jarno ou l’abbé, à la première occasion.