‹ Œuvres de Guillaume de Machaut (volume 2)Chapitre 11 sur 61 · Prologue N° V (x · texte numérisé non relu

Prologue N° V (x

Ce n'est pas uniquement le souci de la versification qui a pu dicter au poète la répétition de ce même vers qu'il lui aurait certainement été facile de remplacer par autre chose. Pour reprendre ainsi, à des époques très différentes, au début aussi bien qu'à la fin de sa carrière poétique, cette même idée en termes absolument identiques, Machaut doit avoir quelque raison particulière. Notre passage du Remède de Fortune ne laisse aucun doute là-dessus : il s'agit évidemment pour Guillaume d'imposer à son époque la désignation de chanson baladée qui lui semble préférable au mot de virelai '. Mais

3i ont le vers de sept syllabes. Le décasyllabe ne paraît dans aucun des virelais de Machaut, mais on le trouve une fois, avant lui (?), chez Jehannot Lescurel.

1. Deschamps, disciple de Machaut, marque cette même préférence dans son/lrf de dictier (vu, p. 270); il parle de « chançoits baladées que aucuns appellent du temps présent virelays »; de même p. 281 : « cliançons baladées que l'on appelle virelais ». Donc, pour lui, chanson baladée est le terme correct.

T. II. d

L INTRODUCTION

pourquoi et dans quelle intention? Voilà ce qu'il s'agit d'examiner de plus près.

Le virelai, le mot aussi bien que la chose, sont antérieurs à Machaut; ils remontent au xme siècle. Le terme de virelai paraît déjà dans une pastourelle de Jean de Renti dont les poésies doivent être placées vers le milieu du xme siècle ' : le mot y désigne clairement une chanson destinée à accompagner la danse 2. Mais rien ne nous dit que ce mot ait déjà désigné une forme lyrique particulière comme au xive siècle. Les pièces du manuscrit d'Oxford n'offrent pas, en tous cas, la forme normale du virelai de Machaut. Apparenté certainement, et même peut-être emprunté, d'après M. P. Meyer3, à la dansa provençale, ce genre lyrique paraît dans le Nord de la France dans la seconde moitié du xin? siècle. On en trouve quelques spécimens avant Machaut parmi les pièces lyriques intercalées dans le Roman de Fauvel, dans les poésies de Jehannot Lescurel, et notamment parmi les ballettes du chansonnier d'Oxford, dont beaucoup répondent très exactement à la définition du virelai de Machaut, de Froissart et de Deschamps. Ces poèmes existaient donc, mais ils ne paraissent pas avoir porté une désignation spéciale : dans le Roman de Fauvel, le virelai est qualifié de ballade *; dans le recueil de Lescurel la table annonce

i. Spanke, Zwei altfran^œs. Minnesinger (1907), p. 1-6.

2. Spanke, loc. cit., p. 5i. Pour d'autres citations du mot vireli ou virelai au xiii° siècle, voy. O. Schultz, Literaturblatt fur germon, und roman. Philologie, VIII, 444; Jeanroy, Orig. de la poésie lyr?, p. 426, n. 3 et p. 527.

3. Romania, XIX (1890), p. 21-26. Voy. aussi Stengel, Zeitschr. .franc. Sprache und Literatur, XVI, p. 94-108.

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