XLVI INTRODUCTION
Le Jugement don Roy de Navarre ne se trouve que dans les manuscrits ABDEFMV.
Un premier groupe (a) est formé par les trois manuscrits A, F-G et M. Les manuscrits A et F-G sont les plus riches et les plus complets de tous; leurs leçons sont d'ordinaire les meilleures; ils semblent avoir été écrits l'un et l'autre du vivant du poète, peut-être même sous sa surveillance. Ils forment, par conséquent, la base de toute édition des œuvres de Machaut. Indépendants l'un de l'autre, ils remontent nécessairement à une source commune [a) qui pourrait bien être le manuscrit personnel de Machaut dont le poète nous parle dans le Voir Dit, c'est à-dire O, le manuscrit original. M oscille entre les deux, sans dépendre plus directement de l'un que de l'autre; dans quelques rares cas il s'écarte même complètement du groupe a et offre les leçons du second grand groupe (P), formant ainsi en quelque sorte un intermédiaire entre a et p. Il ne saurait, dans ces conditions, dériver directement de l'original ; il ne pourrait en provenir que par l'intermédiaire d'un manuscrit perdu, m.
Les autres manuscrits BDEKJ forment ensemble le groupe p. Parmi eux, les deux manuscrits B et D sont plus étroitement apparentés, sans cependant dériver l'un de l'autre. Ils ont une source commune [b) qui, quoique généralement d'accord avec EKJ, s'accorde aussi quelquefois avec le groupe a contre les autres manuscrits du groupe p. Comme m, b joue donc un rôle d'intermédiaire entre a et p, mais, différent en cela de m, il est plus près de j3. Le manuscrit B a subi plus tard, au xve siècle, des corrections de seconde main ; nous les désignons par BK On les reconnaît à l'encre plus foncée» Ces corrections ne tendent généralement qu'à un rajeu-
INTRODUCTION XLVll
nissement de rorthographe et de la flexion ; rarement, la leçon primitive a été changée, sauf dans le cas de fautes évidentes \
AT et /, de leur côté, sont étroitement apparentés l'un à l'autre. J dérive directement de K. Pour rétablissement du texte, ils peuvent compter pour un seul manuscrit, puisque J n'est que la reproduction pure et simple de K.
E est le plus complet des manuscrits du groupe ^ et, comme exécution, le plus beau de tous nos manuscrits; malheureusement, il est loin d'être le meilleur; ses leçons sont souvent mauvaises, sa valeur pour la constitution du texte est médiocre. Dans Tordre des pièces, il s'écarte parfois et de j3 et de a; dans ses leçons, il se rapproche beaucoup de K et de J. Il offre une parenté plus étroite encore avec le manuscrit//, dont il ne nous est resté qu'un fragment, j^ et /f ne dérivent pas l'un de l'autre; ils exigent l'admission d'une source commune [e). C'est cet e qui devait déjà offrir des leçons communes avec i^et /; aussi e qxK[J) font-ils supposer une source commune [k). Ce sont donc les groupes b et k avec leurs dérivés qui forment ensemble le groupe p.
Enfin le manuscrit C ne rentre dans aucun des deuxgroupes. Dans certaines parties il s'accorde avec a, dans d'autres avec j5. Dans l'ordre des pièces, il diffère absolument de tous les autres manuscrits ; il ne remonte en tout cas pas directement à l'original. Il ne semble pas avoir été copié d'âpres un seul manuscrit, mais plutôt avoir été composé de pièces isolées qui ont dû exister à
I. Le manuscrit F doit rentrer dans le groupe 6, à en juger par le contenu et l'ordre des pièces donnés par Mas Latrie. Il est en cela en tous points d'accord avec i?.
XLVIIÎ INTRODUCTION
côté des œuvres complètes de Machaut (les manuscrits P et i? en fournissent la preuve) et qui ont été réunies par quelque amateur de poésie dans un recueil c, d'où C est dérivé ; car l'uniformité d'exécution de C ne permet guère d'admettre que ce soit ce manuscrit lui-même qui ait été le premier recueil de ce genre.
Parmi les manuscrits qui ne contiennent que des œuvres isolées de Machaut, H est tout près de F^ comme nous l'avons établi plus haut déjà. R est apparenté à EKJj sans toutefois dériver de l'un de ces manuscrits. Nous devons, par conséquent, le rattacher à leur source commune k, peut-être, vu sa date assez récente, par un intermédiaire r. P se montre assez étroitement lié à C; mais des divergences assez sérieuses l'en éloignent suffisamment, pour nous obliger à admettre pour eux une source commune c, ce qui confirme le résultat de nos recherches sur C. Voici donc le tableau généalogique des manuscrits de Machaut :
Les signes a et p ne désignent pas nécessairement quelque manuscrit perdu qui serait la source commune des manuscrits conservés que nous plaçons sous ces lettres; ils servent plutôt à faire voir d'une façon plus nette les deux grands groupes de manuscrits que nous avons cru pouvoir reconnaître. De même ^, comme nous Tavons déjà dit, source d'où dérivent ^ etF-G,