‹ Œuvres de Guillaume de Machaut (volume 3)Chapitre 87 sur 113 · INTRODUCTION LXXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXXXV

qui est frappé de folie ne se sentent-elles vraiment que pendant le court instant qui marque la transition de l'état de santé à l'état de la maladie? Non, réplique le poète, la cause première, celle qui occasionne la maladie, est bien plus terrible et plus douloureuse. Et, comme preuve, il cite le cas du chien enragé dont la maladie est causée par un ver qui « la langue li perse ». Les bestiaires, ici encore, font défaut, et ce n'est que dans un passage interpolé d'un manuscrit de Brunetto Latini qu'on lit : « Par dessous la langue dou chien gist aucuns vermissiaus qui le fait enragier, et qui le puet oster, il le garist de la rage » ' . C'était bien là une opinion répandue autrefois notamment dans les cercles de chasseurs que certaine partie cartilagineuse de la langue du chien, de la forme d'un ver, était la cause de la rage, et on croyait en effet préserver les chiens de l'atroce maladie, en leur enlevant cette partie que le langage populaire appelle le ver sublingal. Or Mâchant, précisément dans notre poème^ se présente comme versé dans l'art de la vénerie, de même que dans le Dit de l'Alerion^ il se montre connaisseur delà chasse au vol. Habitué des cours, il fréquentait le monde des chasseurs et était au courant de leurs usages. C'est donc ainsi qu'il a eu connaissance de la croyance qui lui sert d'argument contre ses adversaires. Quant à l'histoire même qu'il raconte à ce propos, du chien instantanément guéri par l'opération et léchant les mains de l'opérateur en signe de reconnaissance, il l'a peut-être trouvée dans quelque ouvrage de médecine ou de vénerie; mais il se pourrait aussi qu'il s'agît là de quelque anecdote qui circulait oralement dans les milieux où se mouvait le poète.

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