LX1I INTRODUCTION
la discussion, et qui introduit auprès de son maître les deux parties adverses. Au lieu du Dieu d'Amours, c'est le roi Jean de Luxembourg, personnage historique, réel et vivant, qui prononce le jugement. L'élément allégorique passe au second plan ; on ne le retrouve plus que dans les personnages dont se compose la cour du roi, dans lesquels le poète a personnifié les qualités et les vertus qu'il attribue à son seigneur (Amours, Jeunesse, Hardiesse, etc.). Les deux principaux interlocuteurs, la dame et le chevalier, ne sont, eux aussi, que de pures abstractions, comme l'Amant de Guillaume de Lorris. Mais les personnages du roi de Bohême et de son secrétaire placent le poème en pleine réalité. De même, le théâtre de l'action est transporté du royaume imaginaire du Dieu d'Amours dans le site bien réel de Durbuy, domaine appartenant au roi Jean, dont le poète donne une description très exacte. Dans de nombreux détails de mise en scène, on retrouve toujours le même souci de donner au récit une apparence de vérité et de réalité. C'est par exemple le cas pour la façon dont Machaut fait s'engager la discussion entre la dame et le chevalier : les deux personnages se rencontrent par hasard ; le chevalier, plein de courtoisie, salue la dame, mais celle-ci ne lui rend pas son salut. « Mise à raison » par le seigneur, elle s'excuse en alléguant le noir chagrin dans lequel elle est plongée au point de ne pas avoir remarqué l'acte poli de son interlocuteur. « Quelle que soit votre peine, madame, elle ne saurait égaler la mienne », lui répond l'autre, et la discussion s'engage tout naturellement. Plus loin, c'est la manière dont le poète entre lui-même en scène. Caché dans le « breuil » , il a entendu toute la conversation; voyant que les deux parties n'arrivent pas à se mettre d'accord, il aimerait