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pendant qu'elle dort « seulette en estrange contrée », et épouse la sœur cadette, Phedra. Ariane devient l'épouse de Bacus et roïne couronnée. Machaut, on le voit, a supprimé quelques détails. Il n'explique pas comment Ariane secourt Thésée, en lui donnant le moyen de sortir du Labyrinthe; peut-être, le poète français n'avait-il pas compris ce trait de la légende et n'avait-il su qu'en faire. Il ne dit rien non plus de l'histoire de la voile blanche et noire ; ce détail pouvait paraître inutile, quoiqu'il ne fût guère dans les habitudes de notre poète de s'arrêtera des scrupules de ce genre. Sur d'autres points il s'écarte nettement des données traditionnelles, communes aux auteurs anciens : au lieu du tribut annuel de sept jeunes gens et d'autant de jeunes filles, les Athéniens, d'après Guillaume, n'envoyaient qu'un homme tous les ans. Ce qui est plus significatif, c'est que Thésée, dans Machaut, est désigné par le sort pour se rendre en Crète, ce qui provoque l'étonnement de ses concitoyens, fait sur lequel le poète insiste tout particulièrement, quand au contraire les auteurs gréco-romains sont d'accord pour présenter le sacrifice de Thésée comme volontaire, à la suite du mécontentement du peuple athénien. Enfin, dans les textes latins, le dieu qui épouse Ariane est unanimement désigné par le surnom de Liber. On admettra difficilement que Guillaume ait été assez versé dans la mythologie romaine,pour substituer Bacus à Liber; il a déjà dû trouver ce nom dans la source où il a puisé. Cette source, nous ne la connaissons pas : parmi les anciens, aucun auteur ne présente les faits tels que les donne Machaut1.
i. Il est évident que seuls les auteurs latins peuvent être pris en considération. Les brèves allusions des œuvres d'Ovide (Me-
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C'est donc dans la littérature latine du moyen âge qu'il aura trouvé son récit des aventures de Thésée. Cependant, Ovide, dans laxe lettre des Héroïdes, traite de l'abandon d'Ariane par Thésée. Il est possible, par conséquent, que pour cet exemple encore, Machaut ait puisé à la source qui lui avait déjà fourni l'histoire de Didon et d'Énée.
3° Jason et Médée (v. 2770-2804). Benoît de Sainte- More, dans l'introduction de son Roman de Troie \ avait le premier en France fait connaître les aventures merveilleuses de Jason à la quête de la Toison d'or ; mais, pressé d'arriver à son véritable sujet, il avait interrompu le récit avant le dénouement tragique des amours de Jason et de Médée, se contentant d'en faire vaguement entrevoir la lamentable issue. Plus tard, Jean de Meun à son tour avait raconté les exploits de Jason qui « conquit par l'art de Médée
tamorph., VIII, 02 ss.\ Fastes, III, 45g ss.)ne pouvaient suffire à nos poètes du moyen âge. On trouve des récits plus détaillés chez les mythographes (Mythographi Vaticani, éd. Bode, 1834, I> 4-3; II, 124), dans le commentaire de Servius sur l'Enéide (III, 74; VI, 14; 28 ss.), dans les Fables d'Hygin (N. 41 et 42). C'est delà version de ce dernier que le récit de Guillaume se rapproche le plus, quoiqu'il y ait entre les deux quelques notables différences. Il faut remarquer que les Fables d'Hygin n'étaient pas tout à fait inconnues aux poèt&s français du moyen âge : l'auteur du Roman de Thèbes pourrait avoir exploité les fables 66 ss. et Benoît de Sainte-More paraît avoir puisé à la fable 92 des détails que ne lui fournissait pas sa source principale (voy. Grôber, Grundviss der roman. Phil., II, 1, 583 et 84); Risop, dans Florimont, constate des emprunts faits à la fable 192 (Abhandlungen fur Tobler, p. 441, n. 2). Cependant, il n'est pas certain qu'il s'agisse là d'emprunts directs aux œuvres d'Hygin ; ils pourraient bien avoir passé par quelque intermédiaire médiéval. 1. V. 715-2060 (éd. I... Constans, I, 1904).