CECI EST MON TESTAMENT
Elle s'agenouilla comme devant une tombe, et baisa la main de son mari, qui s'éveilla soudain.
— Jules, mon ami, l'on accorde quelques jours aux criminels condamnés à mort, dit-elle en le regardant avec des yeux allumés par la fièvre et par l'amour : innocente, je ne t'en demande que deux.
SCENES DE LA VIE PARISIENNE
Laisse-moi libre pendant deux jours. Et attends! Après, je mourrai heureuse; du moins, tu me regretteras.
— Clémence, je te les accorde.
Et, comme elle baisait les mains de son mari dans une touchante effusion de cœur, Jules, fasciné par ce cri de l'innocence, la prit et la baisa au front, tout honteux de subir encore le pouvoir de cette noble beauté.
Le lendemain, après avoir pris quelques heures de repos, Jules entra dans la chambre de sa femme, obéissant machinalement à sa coutume, de ne point sortir sans l'avoir vue. Clémence dormait. Un rayon de lumière passant par les fentes les plus élevées des fenêtres tombait sur le visage de cette femme accablée. Déjà les douleurs avaient altéré son front et la rougeur de ses lèvres. L'œil d'un amant ne pouvait pas se tromper à l'aspect de quelques marbrures foncées et de la pâleur maladive qui remplaçait et le ton égal des joues et la blancheur mate du teint, deux fonds purs sur lesquels se jouaient si naïvement les sentiments de cette belle âme.
— Elle souffre ! se dit Jules. Pauvre Clémence, que Dieu nous protège !
II la baisa bien doucement sur le front. Elle s'éveilla, vit son mari, et comprit tout. Mais, ne pouvant parler, elle lui prit la main, et ses yeux se mouillèrent de larmes.
— Jesuisinnocente! dit elle en achevant son rêve.
— Tu ne sortiras pas ? lui demanda Jules.
— Non, je me sens trop faible pour quitter mon lit.
— Si tu changes d'avis, attends mon retour... dit Jules.
Et il descendit à la loge.
— Fouquereau , vous surveillerez exactement votre porte, je veux connaître les gens qui entreront dans l'hôtel, et ceux qui en sortiront.
Puis M. Jules se jeta dans un fiacre, se fit conduire à l'hôtel de Maulincour, et y demanda le baron.
— Monsieur est malade, lui dit-on.
Jules insista pour entrer, donna son nom ; et, à défaut de M. de Maulincour, voulut voir le vidame ou la douairière. Il attendit pendant quelque temps dans le salon de la vieille baronne, qui vint le trouver, et lui dit que son petit-fils était beaucoup trop indisposé pour le recevoir.
— Je connais, madame, répondit Jules, la nature de sa maladie, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; et je vous prie de croire...
— Une lettre à vous, monsieur ! de moi ! s'écria la douairière en l'interrompant, mais je n'ai point écrit de lettre... Et que m'y fait-on dire, monsieur, dans cette Ultre ?
— Madame, reprit Jules, ayant l'intention de venir chez M. de Maulincour aujourd'hui même, et de vous rendre cette lettre, j'ai cru pouvoir la conserver, malgré l'injonction qui la termine. La voici.
La douairière sonna pour avoir ses doubles besicles , et lorsqu'elle eut jeté les yeux sur le papier, elle manifesta la plus grande surprise, et dit :
— Monsieur , mon écriture est si parfaitement imitée, que s'il ne s'agissait pas d'une affaire aussi récente je m'y tromperais moi-même. Mon petit-fils est malade, il est vrai, monsieur; mais sa raison n'a jamais été le moindrement du monde altérée. Nous sommes le jouet de quelques mauvaises gens; cependant, je ne devine pas dans quel but a été faite cette impertinence... Vous allez voir mon petit-fils, monsieur, et vous reconnaîtrez qu'il est parfaitement sain d'esprit.
Et elle sonna de nouveau pour faire demander au baron s'il pouvait recevoir M. Desmarets. Le valet revint avec une réponse affirmative. Jules monta chez Auguste de Maulincour, qu'il trouva dans un fauteuil, assis au coin de la cheminée, et qui, trop faible pour se lever, le salua par un geste mélancolique. Le vidame de Pamiers lui tenait compagnie.
— Monsieur le baron, dit Jules, j'ai quelque chose à vous dire d'assez particulier pour désirer que nous soyons seuls.
— Monsieur, répondit Auguste, M. le commandeur sait toute cette affaire, et vous pouvez parler devant lui sans crainte.
— Monsieur le baron , reprit Jules d'une voix grave, vous avez troublé, presque détruit mon bonheur , sans en avoir le droit. Jusqu'au moment où nous verrons qui de nous peut demander ou doit accorder une réparation à l'autre, vous êtes tenu de m'aider à marcher dans la voie ténébreuse où vous m'avez jeté. Je viens donc pour apprendre de vous la demeure actuelle de l'être mystérieux qui exerce sur nos destinées une si fatale influence, et qui semble avoir à ses ordres une puissance surnaturelle. Hier, au moment où je rentrais, après avoir entendu vos aveux, voici la lettre que j'ai reçue.
Et Jules lui présenta la fausse lettre.
— Ce Ferragus, ce Bourignard, ou ce M. de Funcal est un démon !... s'écria Maulincour après l'avoir lue. Dans quel affreux dédale ai-je mis le pied ? où vais-je? J'ai eu tort, monsieur, dit-il en regardant Jules; mais la mort est, certes, la plus grande des expiations, et ma mort approche. Vous pouvez donc me demander tout ce que vous désirerez, je* suis à vos ordres.
— Monsieur, vous devez savoir où demeure l'inconnu; je veux absolument, dùt-il m'en coûter toute ma fortune actuelle, pénétrer ce mystère; et, en
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présence d'un ennemi si cruellement intelligent, les moments sont précieux.
— Justin va vous dire tout, répondit le baron.
A ces mots, le commandeur s'agita sur sa chaise. Auguste sonna.
— Justin n'est pas à l'hôtel, dit le vidame.
— Hé bien ! dit vivement Auguste, nos gens savent où il est. Un homme montera vite à cheval pour le chercher. Votre valet est dans Paris, n'estce pas ? On l'y trouvera.
Le commandeur parut visiblement troublé.
— Justin ne viendra pas, mon ami , dit le vieillard, il est mort. Je voulais te cacher cet accident, mais...
— Mort ! s'écria M. de Maulincour, mort !... Et quand, et comment ?
— Hier, dans la nuit. Il a été souper avec d'anciens amis, et s'est enivré sans doute. Ses amis, pris de vin comme lui, l'auront laissé se coucher dans la rue, et une grosse voiture lui a passé sur le corps...
— Le forçat ne Ta pas manqué!... Du premier coup, il l'a tué ! dit Auguste. Il n'a pas été si heureux avec moi , il a été obligé de s'y prendre à quatre fois.
Jules devint sombre et pensif.
— Je ne saurai donc rien ! s'écria l'agent de change après une longue pause. Votre valet a peutêtre été justement puni ! N'a-t-il pas outre-passé vos ordres en calomniant Mme Dçsmarels dans l'esprit d'une Ida, dont il a réveillé la jalousie aGn de la déchaîner sur nous ?
— Ah ! monsieur, dans ma colère, je lui avais abandonné Mme Jules.
— Monsieur ! s'écria le mari vivement irrité.
— Oh ! maintenant , monsieur, répondit l'officier en réclamant le silence par un geste de main , je suis prêt à tout. Vous ne ferez pas mieux que ce qui est fait, et vous ne me direz rien que ma conscience ne m'ait déjà dit. J'attends ce matin le plus célèbre professeur de toxicologie pour connaître mon sort. Si je suis destiné à de trop grandes souffrances, ma résolution est prise : je me brûlerai la cervelle !..
— Vous parlez comme un enfant ! s'écria le commandeur épouvanté par le sang-froid avec lequel le baron avait dit ces mots. Votre grand'mère mourrait de chagrin.
— Ainsi, monsieur, dit Jules, il n'existe aucun moyen de connaître en quel endroit de Paris demeure cet homme extraordinaire?
— Je crois, monsieur, répondit le vieillard, avoir entendu dire à ce pauvie Justin que M. de Funcal logeait à l'ambassade de Portugal, ou à celle du Brésil. M. de Funcal est un gentilhomme qui appartient aux deux pays. Quant au forçat, il est mort
et enterré. Votre persécuteur, quel qu'il soit, me paraît assez puissant pour que vous l'acceptiez sous sa nouvelle forme, jusqu'au moment où vous aurez les moyens de le confondre et de l'écraser; mais agissez avec prudence , mon cher monsieur. Si M. de Maulincour avait suivi mes conseils, rien de tout ceci ne serait arrivé...
Jules se retira froidement, mais avec politesse, et ne sut quel parti prendre pour arriver à Ferragus.
Au moment où il rentra, son concierge lui dit que madame était sortie pour aller jeter une lettre dans la boîte de la petite poste, qui se trouvait en face de la rue de Ménars.
Jules se sentit humilié de reconnaître la prodigieuse intelligence avec laquelle son concierge épousait sa cause, et l'adresse avec laquelle il devinait les moyens de le servir. L'empressement des inférieurs, et leur habileté particulière à compromettre les maîtres qui se compromettent, lui étaient connus; le danger de les avoir pour complices en quoi que ce soit, il l'avait apprécié; mais il ne put songer à sa dignité personnelle qu'au moment où il se trouva si subitement ravalé. Quel triomphe pour l'esclave incapable de s'élever jusqu'à son maître, de faire tomber le maître jusqu'à lui ! Jules fut brusque et dur; autre faute. Mais il souffrait tant ! Sa vie, jusque-là si droite, si pure, devenait tortueuse; et il lui fallait maintenant ruser, mentir... Et Clémence aussi mentait et rusait ! Ce moment fut un moment de dégoût. Perdu dans un abîme de pensées amères, Jules resta machinalement immobile à la porte de son hôtel. Tantôt s'abandonnant à des idées de désespoir, il voulait fuir, quitter la France, en emportant sur son amour toutes les illusions de l'incertitude. Tantôt, ne mettant pas en doute que la lettre jetée à la poste par Clémence ne s'adressât à Ferragus, il cherchait les moyens de surprendre la réponse qu'allait y faire cet être mystérieux. Tantôt il analysait les singuliers hasards de sa vie depuis son mariage, et se demandait si la calomnie dont il avait tiré vengeance n'était pas une vérité. Enfin, revenant à la réponse de Ferragus, il se disait :
— Mais cet homme si profondément habile, si logique dans ses moindres actes, qui voit, qui pressent, qui calcule et devine même nos pensées, Ferragus répondrat-il?... Ne doit-il pas employer des moyens en harmonie avec sa puissance? N'enverrat-il pas sa réponse par quelque habile coquin; ou, peut-être, dans un écrin apporté par un honnête homme qui ne saura pas ce qu'il apporte, ou dans l'enveloppe des souliers qu'une ouvrière viendra livrer fort innocemment à ma femme?... Si Clémence et lui s'entendent...
Et il se défiait de tout, et il parcourait les champs
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immenses , la mer sans rivage des suppositions , puis, après avoir flotté pendant quelque temps entre mille partis contraires, il se trouva plus fort chez lui que partout ailleurs, et résolut de veiller dans sa maison, comme un formica-leo au fond de sa volute sablonneuse.
— Fouquereau , dit-il à son concierge , je suis sorti pour tous ceux qui viendront me voir. Si quelqu'un veut parler à madame, ou lui apporte quelque chose, tu tinteras deux coups. Puis tu me monteras toutes les lettres qui seraient adressées ici , n'importe à qui...
— Ainsi, pensa-t-il en remontant dans son cabinet, qui se trouvait à l'entresol . je vais au-devant des finesses de maître Ferragus. S'il envoie quelque émissaire assez rusé pour me demander afin de savoir si madame est seule, au moins je ne serai pas joué comme un sot !
Il se colla aux vitres qui, dans son cabinet, donnaient sur la rue, et, par une dernière ruse que lui inspira la jalousie, il résolut de faire monter son premier commis dans sa voilure, et de l'envoyer à la Bourse en son lieu et place, avec une lettre pour un agent de change de ses amis, auquel il expliqua ses achats et ses ventes, en le priant de le remplacer. Il remit ses transactions les plus délicates au lendemain, se moquant de la hausse et de la baisse, et de toutes les dettes européennes. Beau privilège de l'amour ! il écrase tout, fait tout pâlir : l'autel, le trône et les grands-livres !
A trois heures et demie, au moment où la Bourse est dans tout le feu des reports, des fin-courant, des primes, des fermes, etc., M. Jules vit entrer dans son cabinet Fouquereau tout radieux.
— Monsieur, il vient de venir une vieille femme, mais soignée, je dis, et une fine mouche. Elle a demandé monsieur, a paru contrariée de ne point le trouver , et m'a donné pour madame une lettre que voici !
Jules décacheta la lettre, en proie à une angoisse fiévreuse. En la voyant, il tomba dans son fauteuil, tout épuisé. La lettre était un non-sens continuel ; il fallait en avoir la clef pour la lire.
— Va-l'en, Fouquereau.
Le concierge sortit.
— C'est un mystère plus profond que ne l'est la mer, à l'endroit où la sonde se perd!... Ah! c'est de l'amour. L'amour seul est aussi sngace, aussi ingénieux ! Mon Dieu ! je tuerai Clémence.
En ce moment, une idée heureuse jaillit dans sa cervelle avec tant de force qu'il en fut presque physiquement éclairé.
Aux jours de sa laborieuse misère, avant son mariage, Jules s'était fait un ami véritable, un demi Pinéja. L'excessive délicatesse avec laquelle il avait
manié les susceptibilités d'un ami pauvre et modeste, le respect dont il l'avait entouré, l'ingénieuse adresse avec laquelle il l'avait noblement forcé de participer à son opulence, sans le faire rougir, accrurent leur amitié. Jacquet resta fidèle à Desmarels, malgré sa fortune. Jacquet, homme de pr-obité, travailleur, austère en ses mœurs, avait fait lentement son chemin dans le ministère qui consomme à la fois le plus de friponnerie et le plus de probité. Employé au ministère des affaires étrangères, il y avait, en charge, la partie la plus délicate des archives. Jacquet était, dans le ministère, une espèce de ver luisant qui jetait la lumière à ses heures sur les correspondances secrètes, en déchiffrant et classant les dépêches. Placé plus haut que le simple bourgeois, se trouvant, aux affaires étrangères, tout ce qu'il y avait de plus élevé dans les rangs subalternes, il vivait obscurément, heureux d'une obscurité qui le meltait à l'abri des revers, content de payer, en oboles, sa dette à la patrie. Adjoint né de sa mairie, il obtenait, en style de journal, toute la considération qui lui était due. Grâce à Jules, sa position s'était améliorée par un bon mariage. Patriote inconnu, ministériel en fait, il se contentait de gémir, au coin du feu, sur la marche du gouvernement. Du reste, Jacquet était, dans son ménage, un roi débonnaire, un homme à parapluie, qui payait à sa femme un remise dont il ne profilait jamais. Enfin, pour achever la peinture de ce philosophe sans le savoir, il n'avait pas encore soupçonné, ne devait même jamais soupçonner tout le parti qu'il pouvait tirer de sa position, en ayant pour ami intime un agent de change, et le secret de l'Étal, tous les matins. Cet homme, sublime à la manière du soldat ignoré qui meurt en sauvant Napoléon par un quivive, demeurait au ministère. En dix minutes, Jules se trouva dans le bureau de l'archiviste, et Jacquet, lui avançant une chaise, posa méthodiquement son garde-vue en taffetas vert sur sa table, se frotla les mains, prit sa tabatière, se leva en faisant craquer ses omoplates, en se haussant le thorax, et dit :
— Par quel hasard ici ?
— Jacquet , j'ai besoin de toi pour deviner un secret, un secret de vie et de mort.
— Cela ne concerne pas la politique?
— Ce n'est pas à loi que je le demanderais, je ne le saurais pas, dit Jules. Non, c'est une affaire de ménage sur laquelle je te demande le silence le plus profond.
— Claude-Joseph Jacquet, muet par état. Tu ne me connais donc pas? dit-il en riant. C'est ma partie, la discrétion.
Jules lui montra la lettre en lui disant :
— Il faut me lire ce billet adressé à ma femme...
— Diable, diable! mauvaise affaire !... dit Jac-
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quet en examinant la lettre de la même manière qu'un usurier examine un effet négociable. Ah ! c'est une lettre à grille... attends.
Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.
— Niaiserie, mon ami ! c'est écrit avec une vieille grille dont se servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul , lors du renvoi des jésuites. — Tiens, voici.
Jacquet superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et Jules put alors facilement lire les phrases qui restèrent à découvert.
« N'aie plus d'inquiétudes, ma chère Clémence, notre bonheur ne sera plus troublé par personne, et ton mari déposera ses soupçons. Je ne puis l'aller voir. Quelque malade que lu sois, il faut avoir le courage de venir; cherche, trouve des forces ; tu en puiseras dans ton amour. Mon affection pour toi m'a contraint de subir la plus cruelle des opérations, et il m'est impossible de bouger de mon lit. Quelques moxas m'ont été appliqués hier au soir à la nuque du cou, d'une épaule à l'autre; et il a fallu les laisser brûler assez longtemps, tu me comprends ? Mais je pensais à toi, je n'ai pas trop souffert. Pour dérouter toutes les perquisitions de Maulincour, qui ne nous persécutera plus longtemps, j'ai quitté le toit protecteur de l'ambassade et suis à l'abri de toutes recherches, rue des Enfants-Rouges, n° 12, chez une vieille femme nommée Mme Etienne Grugel, la mère de celte Ida, qui va payer cher sa sotte incartade. Viens-y demain, à neuf heures du matin. Je suis dans une chambre à laquelle on ne parvient que par un escalier intérieur. Demande M. Camusat. A demain. Je te baise le front. »
Jacquet regarda Jules avec une sorte de terreur honnête, qui comportait une compassion vraie, et dit son mot favori : — Diable ! diabie ! sur deux tons différents.
— Cela te semble clair, n'est-ce pas ?.. . dit Jules. Eh bien ! il y a dans le fond de mon cœur une voix qui plaide pour ma femme, et qui se fait entendre plus haut que toutes les douleurs de la jalousie. Je subirai jusqu'à demain le plus horrible des supplices ; mais enfin demain, de neuf à dix heures, je saurai tout, et je serai malheureux ou heureux pour la vie. Pense à moi, Jacquet.
— Je serai chez toi demain à onze heures. Nous irons là ensemble, et je t'attendrai, si tu le veux, dans la rue. Tu peux courir des dangers; il faut près de toi quelqu'un de dévoué qui te comprenne à demi mot et que tu puisses employer sûrement. Compte sur moi.
— Même pour m'aider à tuer quelqu'un?
— Diable, diable!... dit Jacquet vivement, en
répétant pour ainsi dire la même note musicale, j'ai deux enfants et une femme...
Jules serra la main de Claude Jacquet, et sortit. Mais il revint précipitamment.
— J'oublie la lettre, dit-il. Puis ce n'est pas tout, il faut la recacheter...
— Diable, diable, tu l'as ouverte sans en prendre l'empreinte ! Mais le cachet s'est heureusement assez bien fendu; va, laisse-la-moi; je te la rapporterai secundum scripturam .
— A quelle heure?
— A cinq heures et demie...
— Si je n'étais pas encore rentré, remets-la tout bonnement au concierge, en lui disant de la monter à madame.
— Me veux-tu demain?
— Non. Adieu.
Jules arriva promptement à la place de la Rotonde du Temple; il y laissa son cabriolet, et vint à pied rue des Enfants-Rouges, où il examina la maison de Mme Etienne Gruget. Là devait s'éclaircir le mystère d'où dépendait le sort de tant de personnes. Là était Ferragus, et à Ferragus aboutissaient tous les fiis de cette intrigue. La réunion de Mmc Jules, de son mari, de cet homme, n'était-elle pas le nœud gordien de ce drame déjà sanglant, et auquel ne devait pas manquer le glaive qui dénoue les nœuds les plus fortement tissus?
Celte maison était une de celles qui appartiennent au genre des cabajoîitis. Ce nom très-significatif est donné par le peuple de Paris à ces maisons composées, pour ainsi dire, de pièces de rapport. Ce sont presque toujours, ou des habitalions primitivement séparées, mais réunies par les fantaisies de différents propriétaires qui les ont successivement agrandies; ou des maisons commencées, laissées, reprises, achevées, des maisons malheureuses qui ont passé, comme certains peuples, sous plusieurs dynasties de maîtres capricieux. Ni les étages ni les fenêtres ne sont ensemble, pour emprunter à la peinture un de ses termes les plus pittoresques; tout y jure, même les ornements extérieurs. Le cabajoutis est à l'architecture parisienne ce que le capharnaiim est à l'appartement, un vrai fouillis où l'on a jeté pêle-mêle les choses les plus discordantes.
— Madame Etienne ?... demanda Jules à une portière logée sous la grande porte, dans une de ces espèces de cages à poulets, petite maison de bois, montée sur des roulettes, et assez semblable à ces cabinets que la police a construits sur toutes les places de fiacres.
— Hein !... dit la portière en quittant le bas qu'elle tricotait.
A Paris, les différents sujets qui concourent à la physionomie d'une portion quelconque de cette mon-
strueuse cité, s'harmonient admirablement avec le caractère de l'ensemble. Ainsi portier, concierge, ou suisse , quel que soit le nom donné à ce muscle essentiel du monstre parisien , il est toujours conforme au quartier dont il fait partie , et souvent il le résume. Brodé sur toutes les coulures, oisif, le concierge joue sur les rentes dans le faubourg Saint- Germain ; le portier a ses aises dans la Chausséed'Antin; il lit les journaux dans le quartier de la Bourse; il a un état dans le faubourg Montmartre; la portière est une ancienne fille dans le quartier de la prostitution ; au Marais , elle a des mœurs, elle est revêche, elle a ses lubies.
En voyant M. Jules , la portière prit un couteau pour remuer la motte presque éteinte de sa chaufferette ; puis elle lui dit :
— VousdemandezMmeÉlienne? Est-ce Mme Etienne Grugel?
— Oui.
— Qui travaille en passementerie?
— Oui.
Alors la portière sortit de sa cage.
— Eh bien ! monsieur, dit-elle en mettant la main sur le bras de M. Jules, et le conduisant au bout d'un long boyau voûté comme une cave , vous monterez le second escalier, au fond delà cour. Voyezvous les fenêtres où il y a des géroflées? C'est là qu'est Mme Etienne.
— Merci , madame. Croyez-vous qu'elle soit seule ?
— Mais pourquoi donc qu'elle ne serait pas seule, cette femme? elle est veuve.
Jules monta lestement un escalier fort obscur, dont les marches avaient des callosités formées par la boue durcie qu'y laissaient les allants et venants. Au second étage, il vit trois portes, mais point de géroflées. Heureusement sur l'une de ces portes , la plus huileuse et la plus brune des trois, il lut ces mots écrits à la craie : Ida viendra ce soir à neuf heures,
— C'est là .... se dit Jules.
Il tira un vieux cordon de sonnette tout noir, à pied de biche, entendit le bruit étouffé d'une sonnette fêlée, et les jappements d'un petit chien asthmatique. La manière dont les sons retentissaient dans l'intérieur lui annonça un appartement encombré de choses qui n'y laissaient pas subsister le moindre écho, trait caractéristique des logements occupés par des ouvriers , par de petits ménages , auxquels la place et l'air manquent. Jules cherchait machinalement les géroflées, et finit par les trouver sur l'appui extérieur d'une croisée à coulisse , entre deux plombs empestés. Là des fleurs, là un jardin long de deux pieds, large desix pouces ; là, un grain de blé ! là , toute la vie résumée; mais là aussi tou-
tes les misères de la vie. En face de ces fleurs chétives et des superbes tuyaux du blé, un rayon de lumière, tombant là du ciel, comme par grâce, faisait ressortir la poussière, la graisse, et je ne sais quelle couleur particulière aux taudis parisiens, mille saletés qui encadraient, vieillissaient et tachaient les murs humides , les balustres vermoulus de l'escalier, les châssis disjoints des fenêtres et les portes primitivement rouges.
Bientôt une toux de cercueil et le pas lourd d'une vieille femme qui traînait péniblement des chaussons de lisière annoncèrent la mère d'Ida Gruget.
Elle ouvrit la porte, sortit sur le palier, leva la tête , et dit :
— Ah ! c'est M. Bocquillon ! Mais non ! Par exemple, comme vous ressemblez à M. Bocquillon? Vous êtes son frère, peut-être?.. Qu'y a-t-il pour votre service? Entrez donc, monsieur...
Jules suivit cette femmedans une première pièce, où il vit, mais en masse, des cages, des ustensiles de ménage, des fourneaux , des meubles, de petits plats de terre pleins de pâtée ou d'eau pour le chien et les chats, une horloge de bois, des couvertures , des gravures d'Eisen , de vieux fers entassés, mêlés, confondus de manière à produire un tableau véritablement grotesque , le vrai capharnaum parisien , auquel ne manquaient même pas quelques numéros du Constitutionnel.
Jules, dominé par une pensée de prudence, n'écouta pas la veuve Gruget qui lui disait :
— Entrez donc ici, monsieur, vous vous chaufferez.
Craignant d'être entendu par Ferragus , Jules se demandait s'il ne valait pas mieux conclure dans celte première pièce le marché qu'il venait proposer à la vieille.
Une poule qui sortit d'une soupente, en caquetant, le tira de sa méditation secrète. Il avait pris sa résolution. Alors il suivit la mère d'Ida dans la pièce à feu, où ils furent accompagnés par le petit carlin poussif, personnage muet, qui grimpa sur un vieux tabouret. Madame Gruget avait eu toute la fatuité d'une demi-misère en parlant de chauffer son hole , car son pot-au-feu cachait complètement deux tisons à peine rejoints. L'écumoire gisait à terre, la queue dans les cendres. Le chambranle de la cheminée, orné d'un Jésus de cire mis sous une cage carrée en verre bordé de papier bleuâtre, était encombré de laines, de bobines et d'oulils nécessaires à la passementerie. Jules examina tous les meubles de l'appartement avec une curiosité pleine d'intérêt, et manifesta malgré lui sa secrète salisfaction.
— lié bien! dites donc, monsieur, est-ce que vous voulez vous arranger de vies incubes? lui dit
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la veuve en s'asseyant sur un fauteuil de canne jaune qui semblait être son quartier-général. Il y avait à la fois son mouchoir, sa tabatière, son tricot , des légumes épluchés à moitié, des lunettes, un calendrier, des galons de livrée commencés, un jeu de caries grasses, et deux volumes de romans, tout cela frappé en creux. Ce meuble, sur lequel cette vieille descendait le fleuve de la rie, ressemblait au sac encyclopédique que porte une femme en voyage, et ou se trouve son ménage en abrégé, depuis leportrait du mari jusqu'à de l'eau de mélisse pour les défaillances, des dragées pour les enfants, et du taffetas anglais pour les coupures.
Jules étudia tout. Il regarda fort attentivement le visage jaune de 3Ime Gruget, ses yeux gris, sans sourcils, dénués de cils, sa bouche démcublée, ses rides pleines de tons noirs, son bonnet de tulle roux, à ruches plus rousses encore , et ses jupons d'indienne troués, ses pantoufles usées , sa chaufferette brûlée, sa table chargée de plats et de soieries, d'ouvrages en coton , en laine, au milieu desquels s'élevait une bouteille de vin. Puis il pensa :
— Cette femme a quelques passions, quelques vices cachés , elle est à moi.
— Madame, dit-il à haute voix, et en lui faisant un signe d'intelligence, je viens pour vous commander des galons....
Puis, baissant la voix :
— Je sais que vous avez chez vous un inconnu qui prend le nom de Camusal.
La vieille le regarda soudain, sans donner la moindre marque d'étonnement.
— Dites, peut-il nous entendre?.... Songez qu'il s'agit de votre fortune.
— Monsieur, répondit-elle, parlez sans crainte, je n'ai personne ici. Mais j'aurais quelqu'un là-haut qu'il lui serait bien impossible de vous écouter...
— Ah! la vieille rusée, elle sait répondre en normand! se dit Jules. Nous pourrons nous accorder.
— Evitez-vous la peine de mentir, madame, reprit-il. Et d'abord, sachez bien que je ne vous veux point de mal , ni à votre locataire malade de ses moxas , ni à votre fille Ida , couturière en corsets, amie de Ferragus. Vous le voyez , je suis au courant de tout. Rassurez-vous, je ne suis point de la police, et ne désire rien qui puisse offenser votre conscience. Une jeune dame viendra demain ici , de neuf à dix heures , pour causer avec l'ami de votre fille. Je veux être à portée de tout voir, de tout entendre , sans être ni vu , ni entendu par eux. Vous m'en fournirez les moyens, et je reconnaîtrai ce service par une somme de dix mille francs, une fois payée , et par six cents francs de rente viagère. Mon notaire préparera devant vous, ce soir, l'acte;
je lui remettrai votre argent , qu'il vous délivrera demain , après la conférence où je veux assister, et pendant laquelle j'acquerrai des preuves de votre bonne foi.
— Ça pourra-t-il nuire à ma fille, mon cher monsieur?
— En rien , madame. Mais, d'ailleurs, il parait que votre fille se conduit bien mal envers vous. Aimée par un homme aussi riche, aussi puissant que l'est Ferragus, il devrait lui être facile de vous rendre plus heureuse que vous ne semblez l'être.
— Ah! mon cher monsieur, pas seulement un pauvre billet de spectacle pour l'Ambigu ou pour la Gaieté, où elle va comme elle veut! C'est une indignité ! Une fille pour laquelle j'ai vendu mes couverts d'argent, que je mange maintenant, à mon âge, dedans du métal d'Alger, pour lui payer son apprentissage, et lui donner un état où elle ferait de l'or, si elle voulait! Car, pour ça, elle tient de moi! elle est adroite comme une fée, c'est une justice à lui rendre. Enfin, elle pourrait bien me repasser ses vieilles robes de soie , moi qu'aime tant à porter de la soie. Non , monsieur, elle va au Cadran Bleu dîner à cinquante francs par tête, roule en voiture comme une princesse , et se moque de sa mère comme de Colin-Tampon. Dieu de Dieu! quelle jeunesse incohérente que celle que nous avons faite! c'est pas notre plus bel éloge. Une mère, monsieur, qu'est bonne mère, car j'ai caché ses inconséquences, et je l'ai toujours eue dans mon giron à m'ôler le pain de la bouche... et lui fourrer tout... Eh bien non! Ça vient, ça vous câline, ça vous dit : — Bonjour, ma mère. Et voilà leurs devoirs remplis envers l'auteur de ses jours. Va comme je te pousse. Mais elle aura des enfants, un jour ou l'autre, et elle verra ce que c'est!...
— Comment elle ne fait rien pour vous!
— Ah ! rien , non, monsieur, je ne dis pas cela, si elle ne faisait rien, ce serait par trop peu de chose. Elle me paie mon loyer, elle me donne du bois, et trente-six francs par mois... Mais, monsieur, est-ce qu'à mon âge , cinquante-deux ans , avec des yeux qui me tirent le soir, je devrais encore travailler? D'ailleurs, porquoine veut-elle pas de moi? Je lui fais-t-y honte? qu'elle le dise tout de suite! En vérité, faudrait s'enterrer pour ces chiens d'enfants qui vous ont oublié rien que le temps de fermer la porte.
Elle tira son mouchoir de sa poche , et amena un billet de loterie qui tomba par terre , mais elle le ramassa promptement en disant :
— Quien, c'est ma quittance de mes impositions!
Jules devina soudain la cause de la sage parcimonie dont se plaignait la mère, et il n'en fut que plus certain de l'acquiescement de la veuve Gruget au marché proposé.
SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE
— Eh bien! madame, dit-iî, acceptez alors ce que je vous offre.
— Vous disiez donc , monsieur, dix mille francs de comptant, et six cents francs de viager.
— Madame, j'ai changé d'avis et vous promets maintenant dix-huit cents francs de rente viagère. L'affaire, ainsi faite, me paraît plus convenable à mes intérêts et aux vôtres. En effet, cinquante écus par mois, pendant le reste de vos jours, doivent vous dispenser de travailler, hein... Que vous en semble?
— Dame, oui, monsieur.
— Et vous irez à l'Ambigu-Comique, chezFranconi, partout.
— Ah ! je n'aime pas Franconi , rapport à ce qu'on n'y parie pas. Mais monsieur, si j'accepte , c'est que ça sera bien avantageux à mon enfant. Enfin, je ne serai plus à ses crochets. Pauvre petite, après tout , je ne lui en veux point de ce qu'elle a du plaisir. Monsieur, faut que jeunesse s'amuse ! Et donc , si vous m'assurez que je ne ferai de tort à personne....
— A personne, répéta Jules, mais voyons, comment allez-vous vous y prendre?
— Eh bien, monsieur, en donnant ce soir à M. Ferragus une petite infusion de létes de pavots, il dormira bien le cher homme !... Et il en a bon besoin , rapport à ses souffrances ; car il souffre , que c'est une pitié. Mais aussi, demandez-moi ce que c'est que cette invention à un homme sain, de se brûler le dos , pour s'ôler un lie douloureux qui ne le tourmente que tous les deux ans !... Pour en revenir à noire affaire , j'ai la clef de ma voisine, dont le logement est au-dessus du mien, et qui a une pièce mur mitoyen avec celle où couche Ferragus. Elle est à la campagne pour dix jours. Et donc , en faisant faire un trou, pendant la nuit, au mur de séparation, vous les entendrez et les verrez à votre aise. Je suis intime avec un serrurier, un bien aimable homme, qui fera cela , ni vu, ni connu.
— Voilà cent francs pour lui , soyez ce soir chez M. Desmarets, un notaire dont voici l'adresse. A neuf heures l'acte sera prêt, mais.... motus.
— Suffit, monsieur, au revoir, monsieur.
Jules revint chez lui, presque calmé par la certitude où il était de tout savoir le lendemain. En arrivant, il trouva chez son portier la lettre parfaitement bien recachetée.
— Comment le portes-tu? dit-il à sa femme, malgré l'espèce de froid qui les séparait. Mais les habitudes de cœur sont si difficiles à quitter.
— Assez bien. Jules, reprit-elle d'une voix coquelte, veux-tu dîner près de moi?
— Oui , répondit-il en apportant la lettre.
— Voici ce que Fouquereau m'a remis pour toi.
Clémence , qui était pâle, rougit extrêmement en apercevant la lettre, et cette rougeur subite causa la plus vive douleur à son mari.
— Est-ce de la joie? dit-il en riant. Est-ce un effet de Faltenle ?
— Oh ï il y a bien des choses, dit-elle en regardant le cachet.
— Je vous laisse , madame.
Et il descendit dans son cabinet où il écrivit à son frère ses intentions relatives à la constitution de la rente viagère destinée à la veuve Grugel.
Quand il revint, il trouva son dîner préparé sur une petite table, près du lit de Clémence, et Joséphine pour le servir.
— Si j'étais debout, avec quel plaisir jeté servirais, dit-elle quand Joséphine les eut laissés seuls. Oh! même à genoux, reprit-elle en passant ses mains pâles dans la chevelure de Jules. Cher noble cœur, tu as été bien gracieux et bien bon pour moi tout à l'heure. Tu m'as fait là plus de bien, par ta confiance, que tous les médecins de la terre ne pourraient m'en faire. Celte délicatesse de femme, car lu sais aimer comme une femme, toi... eh bien ! elle a répandu dans mon âme je ne sais quel baume qui m'a presque guérie. Il y a trêve, Jules, avance ta tète que je la baise.
Jules se leva, et ne put se refuser au plaisir d'embrasser sa Clémence. Mais ce ne fut pas sans une sorte de remords au cœur : il se trouvait petit devant celte femme qu'il était toujours tenté de croire innocente. Elle avait une sorle de joie triste. Une chasle espérance brillait sur son visage à travers l'expression de ses chagrins.
Us semblaient également malheureux d'être obligés de se tromper l'un l'autre, et encore une caresse, ils allaient tout s'avouer, ne résistant pas à leurs douleurs !
— Demain soir, Clémence.
— Non, monsieur, demain à midi, vous saurez tout, etvousvousagenouillerez devant voire femme. Oh! non, tu ne l'humilieras pas; non, tu es tout pardonné; non , tu n'as pas de torts. Ecoute : hier, lu m'as bien rudement brisée; mais ma vie n'aurait peut-être pas été complète sans cette angoisse : ce sera une ombre qui fera valoir des jours célestes.
— Tu m'ensorcelles!... s'écria Jules, et tu me donnerais des remords.
— Pauvre ami, la destinée est plus haute que nous, et je ne suis pas complice de ma destinée... Je sortirai demain.
— A quelle heure? demanda Jules.
— A neuf heures et demie.
— Clémence, répondit M. Desmarets, prends bien des précautions, consulte le docteur Méo.
— Je ne consulterai que mon cœur et mon courage.
SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE
— Je te laisse libre, et ne viendrai te voir qu'à midi.
— Tu ne me tiendras pas un peu compagnie ce soir?... je ne suis plus souffrante...
Après avoir terminé ses affaires, Jules revint près de sa femme, ramené par une attraction invincible. Sa passion était plus forte que toutes ses douleurs.