‹ Œuvres de H. de BalzacChapitre 27 sur 58 · SINGULIERE BONNE FORTUNE · texte numérisé non relu

SINGULIERE BONNE FORTUNE

Henri de Marsay n'était pas un étourdi. Tout autre jeune homme aurait obéi au désir de prendre aussitôt quelques renseignements sur une fille qui réalisait si bien les idées les plus lumineuses, exprimées sur les femmes par la poésie orientale; mais , trop adroit pour compromettre ainsi l'avenir de sa bonne fortune , il avait dit à son fiacre de continuer la rue Saint-Lazare , et de le ramener à son hôtel.

Le lendemain , son premier valet de chambre nommé Laurent, garçon rusé comme un Fronlin de l'ancienne comédie, attendit aux environs de la maison habitée par l'inconnue l'heure à laquelle se distribuent les lettres. Afin de pouvoir espionner à son aise et rôder autour de l'hôtel, il avait, suivant la coutume des gens de police qui veulent se bien déguiser , acheté sur la place la défroque d'un Auvergnat, en essayant d'en prendre la physionomie. Quand le facteur , qui pour cette matinée faisait le service de la rue Saint-Lazare, vint à passer, Laurent feignit d'être un commissionnaire en peine de se rappeler le nom d'une personne à laquelle il devait remettre un paquet, et consulta le facteur. Trompé d'abord par les apparences, ce personnage, si pittoresque au milieu de la civilisation parisienne,

lui apprit que l'hôtel où demeurait la Fille aux yeux d'or appartenait à Don Hijos, marquis de San-Réal, Grand d'Espagne. Naturellement l'Auvergnat n'avait pas affaire au marquis.

— Mon paquet , dit-il , est pour la marquise.

— Elle est absente, répondit le facteur. Ses lettres sont retournées sur Londres.

— La marquise n'est donc pas la jeune fille qui...

— Ah ! dit le facteur en interrompant le valet de chambre et le regardant avec attention , tu es un commissionnaire comme je danse.

Laurent montra quelques pièces d'or au fonctionnaire à claquetle qui se mit à sourire.

— Tenez , voici le nom de votre gibier, dit-il en prenant dans sa boite de cuir une lettre qui portait le timbre de Londres et sur laquelle cette adresse :

Paquita Valdès ,

A mademoiselle

Rue Saint-Lazare, Hôtel de San-Réal.

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